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Janis Joplin reste gravée dans les mémoires comme une véritable reine du rock and roll. Si son talent brut et sa présence scénique y sont pour beaucoup, son appartenance tragique au célèbre « Club des 27 » — cette liste maudite de célébrités décédées à l’âge de 27 ans — a figé sa légende pour les générations futures.

Née le 19 janvier 1943 à Port Arthur, au Texas, la future star a connu des débuts modestes. Rejetant les normes pour embrasser le mode de vie hippie, elle ne s’intégrait pas parmi ses pairs. Après avoir déménagé à San Francisco et rejoint la scène musicale des années 60, elle devient la chanteuse de Big Brother & the Holding Company en 1966. Malgré le succès immense, sa vie fut ponctuée par l’addiction, la dépression et les drames de l’industrie musicale.
Tout s’est arrêté brutalement, quatre ans seulement après le début de son ascension, lors de son décès le 4 octobre 1970. Retour sur le déroulement de la dernière année de sa vie.
Une arrestation pour outrage et vulgarité

Après sa performance historique à Woodstock en août 1969, Janis Joplin surfait sur la vague du succès. Pourtant, trois mois plus tard, elle quittait un concert menottes aux poignets. Le 16 novembre 1969, lors d’un concert à Tampa en Floride devant 3 500 personnes, la police a tenté de discipliner la foule qui dansait, demandant à Joplin d’ordonner aux fans de s’asseoir. Elle a refusé catégoriquement, insultant les officiers et leur reprochant de ne pas avoir payé leur place.
Arrêtée après le spectacle pour langage vulgaire et indécent, elle a passé une heure au poste avant de repartir vêtue de son manteau de fourrure. Les charges ont finalement été abandonnées au nom de la liberté d’expression. En 2004, son « mugshot » a été vendu aux enchères pour environ 3 000 €.
Tensions avec les Rolling Stones

Janis Joplin entretenait une certaine animosité envers les Rolling Stones. Elle critiquait notamment le fait qu’ils chantent avec un accent américain alors qu’ils étaient britanniques. Selon certaines sources, elle serait même allée jusqu’à tartiner de chocolat les sièges d’un hélicoptère destiné au groupe.
Malgré cela, elle a assisté à leur concert au Madison Square Garden en novembre 1969. Lors de la première partie assurée par Ike et Tina Turner, Joplin, éméchée, a sauté sur scène pour chanter et danser brièvement avec Tina. Si le public a adoré ce moment spontané, les Stones n’ont pas apprécié l’intrusion et le lui ont fait savoir.
La quête d’un foyer stable

Épuisée par deux années de tournées incessantes, Janis a acheté une maison dans une zone boisée près de San Francisco en août 1969. Elle a passé l’année suivante à tenter d’en faire un véritable foyer, peignant les murs en violet et installant une chatière géante pour son Saint-Bernard. Elle espérait que la beauté et le calme des séquoias l’aideraient à combattre sa dépression et à rester loin des drogues.
Le combat pour la sobriété

L’abus d’alcool et d’héroïne inquiétait grandement l’entourage de la chanteuse. Malgré ses efforts pour se soigner fin 1969, elle rechutait rapidement. Ce qui lui a finalement permis de décrocher de l’héroïne pendant plusieurs mois fut un voyage au Brésil en février 1970. Initialement venue pour le Carnaval, elle est restée pour voyager à travers le pays. Cette escapade a agi comme une cure de désintoxication efficace, et elle est rentrée aux États-Unis sobre, un état qu’elle a maintenu quelque temps.
Une vie amoureuse complexe

Si Janis Joplin était une bête de scène sensuelle, elle redevenait une femme peu sûre d’elle une fois les projecteurs éteints. Durant sa dernière année, elle a eu plusieurs relations, notamment avec Kris Kristofferson et un jeune Américain rencontré au Brésil qui ignorait sa célébrité. Elle s’est même fiancée à Seth Morgan peu avant sa mort. Sa sexualité reste sujet à débat, certaines de ses proches, comme Peggy Caserta, affirmant qu’elle était bisexuelle et qu’elles avaient entretenu une liaison.
L’invention de l’alter ego « Pearl »

La personnalité exubérante qu’elle affichait sur scène était un rôle qui finissait par peser sur son identité réelle. Pour tenter de dissocier la star de la femme, elle a commencé à demander à ses proches de l’appeler « Pearl ». Ce surnom, qui donnera son titre à son album posthume, était une tentative de reprendre le contrôle sur sa vie privée, loin de l’image publique de « Janis Joplin ».
Une virée festive mémorable

Début 1970, Janis et Kris Kristofferson, avec qui elle a noué une connexion immédiate, se sont lancés dans une période de fête intense surnommée « The Great Tequila Boogie ». Bien qu’elle ne touchât plus à l’héroïne à ce moment-là, l’alcool coulait à flots. Cette période s’est conclue par une célèbre fête où un tatoueur a marqué Janis et ses amis. Elle s’est fait tatouer un petit cœur sur la poitrine, symbole réservé à ses proches.
Des tournées incessantes

Incapable de rester loin de son public, Janis a repris la route début 1970 avec son nouveau groupe, le Full Tilt Boogie Band. Elle a notamment participé à la tournée légendaire « Festival Express » à travers le Canada avec le Grateful Dead et The Band. Les critiques de l’époque décrivaient ses performances comme ayant la puissance d’un marteau-piqueur, générant assez d’électricité pour illuminer un stade entier.
Dernière apparition télévisée

Le 3 août 1970, Janis Joplin a donné sa dernière interview télévisée dans l’émission de son ami Dick Cavett. Malgré leurs personnalités opposées, ils s’appréciaient mutuellement. Lors de cet échange décontracté, ils ont abordé son voyage au Brésil, ses tatouages et sa prochaine réunion d’anciens élèves. Elle y a également interprété la chanson « Move Over ».
Hommage à Bessie Smith

Reconnaissante envers les chanteuses de blues noires qui l’avaient inspirée, Janis a posé un geste fort quelques mois avant sa mort. Elle a financé une pierre tombale pour la légendaire Bessie Smith, décédée en 1937 et enterrée dans une tombe anonyme faute d’argent. L’épitaphe choisie par Joplin et Juanita Green disait : « La plus grande chanteuse de blues au monde ne s’arrêtera jamais de chanter ».
Le dernier concert

Son ultime concert public a eu lieu le 12 août 1970 au Harvard Stadium de Boston, devant 40 000 personnes. Après de longs retards techniques, Janis, visiblement ivre après avoir consommé du Southern Comfort en coulisses, a livré une performance brute et chaotique, mais électrisante. Bien que physiquement marquée, elle a tout donné, improvisant les paroles oubliées.
Une réunion d’anciens élèves douloureuse

Le 14 août 1970, tenant sa promesse faite à la télévision, elle est retournée à Port Arthur pour sa réunion de lycée. Harcelée durant sa jeunesse pour sa différence, elle espérait peut-être une revanche. L’expérience s’est révélée maladroite et tendue face aux médias et aux anciens camarades. Sa sœur Laura a néanmoins estimé que cela lui avait permis de clore un chapitre et de relativiser sa place par rapport à son passé.
L’enregistrement final et la fin tragique

À l’automne 1970, Janis enregistrait son album « Pearl » à Los Angeles. Elle y a gravé sa dernière chanson, « Mercedes Benz », le 1er octobre. Cherchant à éviter l’alcool pour préserver sa voix et sa lucidité en studio, elle a malheureusement choisi de recommencer à consommer de l’héroïne pour gérer le stress, pensant pouvoir contrôler sa consommation.
Le 4 octobre 1970, Janis Joplin a été retrouvée morte dans sa chambre d’hôtel au Landmark Hotel. Elle avait succombé à une overdose accidentelle d’héroïne, dont la pureté inhabituellement élevée a été fatale. Elle avait 27 ans. Son héritage musical, lui, reste immortel.
