Pourquoi le coût des études a-t-il explosé aux États-Unis ?

par Olivier
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Pourquoi le coût des études a-t-il explosé aux États-Unis ?
États-Unis

Les racines de l’explosion du coût des études

Student debt concept

Pour saisir pourquoi le coût des études a flambé, il faut revenir aux transformations économiques et politiques du XXe siècle. Selon le National Center for Education Statistics, le prix moyen d’une université publique de quatre ans, ajusté à l’inflation, est passé de 3 859 $ en 1985-1986 à 19 488 $ en 2015-2016 ; dans le privé, il est passé de 9 228 $ à 39 534 $ sur la même période (nces.ed.gov). Parallèlement, la hausse des salaires n’a pas suivi : d’après Forbes, le prix des études a crû près de huit fois plus vite que le salaire moyen depuis la fin des années 1980.

Les conséquences sociales de ce renchérissement sont frappantes. Des enquêtes ont révélé des milliers d’étudiants sans domicile fixe et des millions d’Américains endettés sur plusieurs décennies : plus de 44 millions d’emprunteurs pour un encours total dépassant 1,75 trillion de dollars (Education Data Initiative), et plus de 3 millions de personnes de plus de 60 ans remboursant encore des prêts étudiants en 2019 (CBS).

Plusieurs tournants historiques expliquent cette trajectoire. À la fin du XIXe siècle, l’enseignement supérieur était souvent considéré comme un bien public : les diplômés formaient des enseignants, des religieux et des responsables locaux, et la société finançait largement leur formation (The Conversation). Mais dès les années 1900, des mécènes et intérêts privés plaidèrent pour que l’étudiant assume davantage le coût, amorçant la fin de l’ère de l’accès gratuit.

En 1927, John D. Rockefeller et d’autres personnalités influentes encouragèrent la suppression des bourses généralisées et la généralisation du paiement des frais par les étudiants, posant les fondations d’un système où l’éducation devint progressivement un investissement individuel plutôt qu’un bien collectif.

Le rôle des politiques publiques a aussi été déterminant :

  • La loi G.I. de 1944 a massivement ouvert l’accès à l’enseignement supérieur aux vétérans, provoquant une augmentation rapide des effectifs et une plus grande implication de l’État dans le financement des études (History).
  • À partir des années 1970 et 1980, des modifications législatives ont libéralisé l’accès aux prêts étudiants et limité la capacité des emprunteurs à effacer leurs dettes par faillite. Ces changements, dont certains portés par des élus tels que Joe Biden, ont contribué à la croissance exponentielle des prêts étudiants (The Intercept).

Un autre facteur structurel est l’évolution du marché du travail. Les projections montrent qu’une part croissante d’emplois exige une formation post‑secondaire : en 2020, on estimait que seulement 36 % des offres n’exigeront pas d’études supérieures (Georgetown CEW). Les accords commerciaux et la désindustrialisation ont par ailleurs réduit les emplois accessibles sans diplôme, renforçant la pression sociale à faire des études pour obtenir un emploi stable ou mieux rémunéré (Economic Policy Institute).

La démocratisation des inscriptions a aussi modifié la donne : l’afflux d’étudiants issus de familles modestes s’est concentré dans des établissements moins sélectifs, publics de second rang, établissements à but lucratif et collèges de deux ans. Ces institutions investissent souvent moins dans l’enseignement et l’accompagnement, avec des taux d’obtention de diplôme nettement inférieurs :

  • Environ 39 % des étudiants des collèges de deux ans terminent dans un délai de six ans, contre 67 % dans des établissements peu sélectifs à quatre ans (Pew Research Center).
  • Les établissements à but lucratif ciblent souvent les plus vulnérables, facturent davantage et offrent des diplômes de moindre valeur sur le marché du travail, ce qui accroît le risque de défaut de paiement (NPR).

Les dérives de certains acteurs privés ont aggravé la crise. Des enquêtes ont lié la quasi-totalité des demandes de fraude de prêts étudiantes en 2017 aux établissements à but lucratif, et des cas de pratiques commerciales choquantes ont été documentés — recrutement mensonger, diplômes délivrés sans formation complète, et ciblage des bénéficiaires du G.I. Bill (CBS, Reuters, PBS).

Les réponses institutionnelles ont parfois été insuffisantes ou contestées. Des dispositifs de réparation pour étudiants victimes de fraude ont été remis en question, et des changements réglementaires ont affaibli les protections, ce qui a rendu plus difficile l’annulation de dettes contractées auprès d’établissements frauduleux (NPR, The Intercept).

Enfin, des coûts périphériques — manuels scolaires, codes d’accès numériques et fournitures — pèsent lourd : certaines études ont estimé à plus de 1 200 $ par an la note liée aux manuels et ressources, tandis que d’autres enquêtes trouvent des montants inférieurs mais rappellent que les dépenses combinées matériels/technologie approchent souvent le millier de dollars (CBS, Inside Higher Ed, Atlas Obscura).

Ces éléments — décisions politiques, transformation du marché du travail, pratiques commerciales prédatrices et coûts annexes — s’imbriquent pour expliquer l’explosion du coût des études. Le constat éclaire pourquoi le fardeau de la dette étudiante est devenu une question centrale de société et d’économie.

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