L’intérim ambigu de 1849

À la fin du premier mandat de James K. Polk, en 1849, le président se montra pressé de quitter la Maison-Blanche. Dans son journal, Polk confia qu’il se sentait « extrêmement soulagé » de se débarrasser des devoirs liés à la présidence et il avait l’intention ferme de mettre fin à son mandat exactement à midi le 4 mars 1849 — date d’investiture alors en vigueur.
Cependant, cette année-là l’investiture tomba un dimanche et le successeur élu, Zachary Taylor, homme profondément religieux, refusa d’être assermenté le jour du sabbat. Taylor et son vice-président prirent finalement le serment à midi le lundi 5 mars, laissant un vide constitutionnel apparent pendant vingt-quatre heures.
C’est dans cette brèche que s’insère la légende du « président pour un jour ». David Rice Atchison, sénateur du Missouri qui avait été choisi treize fois comme président pro tempore du Sénat, estima que cette fonction — prévue par la Constitution pour remplacer le vice-président en son absence — le plaçait dans la ligne de succession immédiate.
Le 2 mars 1849, le vice‑président George M. Dallas quitta le Sénat pour le reste de la session et Atchison fut de nouveau élu président pro tempore. À ses yeux, l’absence d’une investiture le 4 mars créait soit un interrègne, soit lui conférait la présidence en tant que président du Sénat. Il déclara néanmoins qu’il ne faisait « aucune prétention à la charge ».
Cependant, la réalité resta ambivalente :
- selon certains récits de presse, Atchison demanda le sceau présidentiel et signa un ou deux documents officiels ;
- des collègues plaisantèrent en affirmant qu’il pourrait même faire appel à l’armée pour empêcher l’arrivée au pouvoir du rival Zachary Taylor ;
- des historiens soutiennent au contraire qu’aucune investiture n’ayant eu lieu, il n’y eut tout simplement pas de président pendant ces 24 heures.
Atchison lui-même minimisa l’affaire, affirmant plus tard ne jamais avoir agi en tant que président. Il aimait néanmoins plaisanter en prétendant avoir conduit « la plus honnête administration que ce pays ait jamais eue ». Le cas d’Atchison reste un curieux exemple de zone grise constitutionnelle et illustre comment des protocoles cérémoniels peuvent générer des questions de succession.
Sa carrière prit par la suite une tournure plus sombre : après avoir quitté le Sénat en 1855, Atchison dirigea des milices pro-esclavagistes dans le territoire du Kansas et, au début de la guerre de Sécession, combattit pour la Confédération. Il mourut le 26 janvier 1886, à 78 ans ; sa pierre tombale porte l’épitaphe « President of the United States for One Day », rappel durable de cet épisode singulier.
