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À Vernon, dans l’Eure, le paysage évoque presque une toile impressionniste. Des nénuphars flottent paisiblement dans les mares, tandis que la Seine monte lentement suite aux pluies du début d’année et au passage de la tempête Nils. Si le niveau de l’eau atteint 4,11 mètres, la situation reste maîtrisée comparée à la crue majeure de 2018. Une différence notable explique cette résilience : l’existence du parc de la Fonderie, ouvert en 2021.
Situé sur le site d’une ancienne friche industrielle, cet espace vert de trois hectares a été spécifiquement conçu pour être inondable. Il joue un rôle crucial de tampon lorsque le fleuve sort de son lit, permettant de réduire les risques d’inondation pour la ville tout en offrant un espace de loisirs aux habitants.
Un modèle de résilience salué par Oxfam
Cette initiative figure parmi les exemples mis en avant par l’ONG Oxfam dans son rapport sur les villes résilientes, publié le 17 février 2026. Dans la perspective des élections municipales, l’organisation présente 24 solutions concrètes adoptées par des communes pour protéger leurs populations face au changement climatique.
Le parc de Vernon est cité aux côtés d’autres projets vertueux, tels que l’acquisition d’une ferme résistante à la sécheresse à Pons ou la végétalisation accélérée à Valence. Robin Ehl, chargé de campagne chez Oxfam France, souligne que ces aménagements répondent aux risques climatiques tout en améliorant le cadre de vie. Le site de Vernon propose ainsi des terrains de sport et des aires de jeux pour un investissement total de 2 millions d’euros.
Les inondations, premier risque naturel en France
Selon le ministère de la Transition écologique, plus de 17 millions de personnes sont exposées aux inondations en France. Il s’agit du premier risque naturel dans l’Hexagone, touchant environ 16 000 communes. Les projections financières sont lourdes : selon France Assureurs, le coût des sinistres pourrait atteindre 50 milliards d’euros sur la période 2020-2050, soit une augmentation de 81 %.
Face à ce constat, l’aménagement de Vernon prend tout son sens. Marie-Christine Ginestière, maire adjointe, explique qu’un jardin altéré et humide a été créé pour permettre à la Seine d’étendre ses crues sans causer de dommages. Alexandre Le Goff, assistant à la maîtrise d’ouvrage, précise que ce parc redonne du volume d’expansion au fleuve dans une zone où l’habitat s’est fortement densifié, diminuant ainsi les risques en aval.
D’un projet immobilier à un espace naturel
La transformation de cette ancienne fonderie, fermée en 1999, n’était pourtant pas le premier choix. En 2015, la municipalité envisageait d’y construire plus de 17 000 m² de logements. Cependant, en 2020, la ville a réorienté sa stratégie face à deux contraintes majeures révélées par les études : la pollution héritée de l’activité industrielle et le risque élevé d’inondations.
La viabilité économique du projet immobilier était également compromise par ces aléas climatiques qui limitaient la densité constructible. La ville a donc opté pour une politique de reconstruction de la ville sur elle-même, privilégiant la désimperméabilisation des sols. Ce choix stratégique permet aujourd’hui de réduire la part artificialisée de la vallée de la Seine, une nécessité alors que 17 % de cette zone dans l’Eure est bétonnée.
