L’idée folle de Lytle S. Adams
Peu après l’attaque de Pearl Harbor, un inventeur peu conventionnel transforma sa colère en une proposition militaire pour le moins singulière : utiliser des chauves-souris comme vecteurs d’incendie. Cette initiative, qui allait entrer dans l’histoire sous le nom de projet des bombes à chauves-souris, mêle audace, naïveté technique et conséquences imprévues.

Le 7 décembre 1941 marqua un tournant. Lytle S. Adams, dentiste de Pennsylvanie et spéléologue amateur, rentra de ses explorations dans les cavernes du sud-ouest des États-Unis avec une idée macabre : exploiter le comportement des chauves-souris — leur tendance à se glisser dans les recoins et interstices des bâtiments — pour répandre le feu dans des zones urbaines ennemies.

Le concept, tel qu’il fut conçu, se déroulait en plusieurs étapes simples mais troublantes :
- capturer des chauves-souris et leur fixer de petits dispositifs incendiaires temporisés ;
- les plonger dans un état de torpeur artificielle (simulant l’hibernation) pour faciliter le transport ;
- les emballer dans des tubes en carton adaptés au largage aérien ;
- les larguer par avion au-dessus de zones bâties où les chauves-souris, réveillées, se disperseraient et se logeraient dans les structures, déclenchant des incendies simultanés.

À première vue, l’idée avait de quoi faire sourire. Pourtant, Adams n’était pas dépourvu d’influence : il avait obtenu l’attention de responsables civils et militaires grâce à d’autres propositions techniques, notamment une méthode permettant à des avions de récupérer une cargaison sans atterrir. Fort de cette audience, il présenta son plan aux autorités — qui, loin de le ridiculiser complètement, allouèrent près de deux millions de dollars au projet sur deux ans.
Le projet des bombes à chauves-souris prit fin en décembre 1943. L’abandon intervint après des incidents imprévus : des chauves-souris porteuses d’engins incendiaires s’échappèrent au cours d’essais, provoquant des incendies sur un site d’essai de l’armée de l’air et endommageant même la voiture d’un général. Par ailleurs, l’avènement et l’investissement massifs dans la bombe atomique rendaient ce genre d’arme expérimentale technologiquement et politiquement obsolète.
Après cet épisode, Adams se tourna vers d’autres inventions pour le moins originales — parmi lesquelles une idée de distributeur automatique de poulet frit — laissant derrière lui l’une des anecdotes les plus étonnantes de la Seconde Guerre mondiale, et un surnom durable pour son projet : bombes à chauves-souris.
