Savoir : le coût caché du lait d’amande

Pour approfondir notre volet «Savoir», examinons ce que révèle la popularité croissante du lait d’amande. À première vue, ce liquide végétal semble une solution simple pour les personnes intolérantes au lactose ou pour celles cherchant une alternative aux pratiques industrielles de l’élevage. Mais derrière ce choix apparemment vert se cache une série de conséquences environnementales et écologiques lourdes de sens.
L’un des impacts les plus médiatisés concerne les abeilles. Selon un article du Guardian, l’essor des vergers d’amandiers et la pratique généralisée de location de ruches pour la pollinisation ont été associés à des pertes massives d’abeilles : on estime que, sur la seule fin de 2019, plus de 50 milliards d’abeilles auraient péri. En concentrant les ruches dans des zones peu diversifiées sur le plan écologique, on expose ces insectes à des régimes alimentaires appauvris et à des stress sanitaires importants — certains spécialistes assimilent même la pratique à « envoyer des abeilles au front » (https://www.theguardian.com/environment/2020/jan/07/honeybees-deaths-almonds-hives-aoe).
Les pressions sur les ressources hydriques et les terres aggravent la situation. Quelques éléments essentiels à retenir :
- Consommation d’eau : produire une seule amande peut demander jusqu’à cinq litres d’eau. Avec 80 % de la production mondiale concentrée en Californie, région déjà soumise à de graves déficits hydriques, la demande en eau pour les cultures d’amandiers est devenue un problème environnemental majeur.
- Pompages profonds : pour compenser le manque d’eau, certains agriculteurs forent davantage dans les nappes phréatiques, provoquant un abaissement des niveaux d’eau et l’affaissement des terres. Le New York Times a documenté ces forages approfondis et leurs effets sur les propriétés voisines (https://www.nytimes.com/2015/06/07/business/energy-environment/california-farmers-dig-deeper-for-water-sipping-their-neighbors-dry.html).
- Conversion des terres : des dizaines de milliers d’hectares ont été convertis au profit des amandiers, y compris des zones auparavant classées zones humides, réduisant la diversité des habitats (https://www.forbes.com/sites/mallorypickett/2016/09/28/satellite-images-reveal-impact-of-almond-boom/#2973b71f4cd1).
- Pesticides et résidus : le programme de suivi des pesticides a détecté des résidus de plusieurs substances sur les amandes de Californie, dont certaines sont suspectées d’être cancérogènes et d’autres particulièrement nocives pour les abeilles ; des neurotoxines ont également été signalées (http://www.whatsonmyfood.org/food.jsp?food=AL).
Ces différents facteurs — mortalité apicole, consommation d’eau intensive, conversion d’habitats et usage de pesticides — forment un faisceau d’impacts qui relativise l’image souvent « propre » du lait d’amande. Pour limiter ces effets tout en conservant des alternatives au lait de vache, quelques pistes pratiques sont proposées par des experts en durabilité :
- Varier les substituts : alterner entre laits d’origine végétale (noix, avoine, soja) et laits d’animaux comme le lait de chèvre ou de brebis, parfois plus faciles à digérer pour certaines personnes.
- Privilégier l’agriculture certifiée biologique : cela réduit le risque d’exposition aux pesticides les plus nocifs.
- Se renseigner localement : vérifier, par exemple auprès de son café habituel, l’origine et la certification du lait d’amande utilisé (https://sustainability.ucsf.edu/1.713).
Si vous observez un essaim d’abeilles dans votre voisinage, évitez la panique : contacter un apiculteur local est souvent la meilleure façon de protéger à la fois les insectes et votre environnement (https://www.honeybeeswarmremoval.com/). Cette approche réfléchie permet d’assurer la préservation des pollinisateurs indispensables à nos écosystèmes, tout en invitant à repenser nos choix de consommation autour du lait d’amande.
