La régulation des espèces jugées nuisibles en France soulève de sérieuses questions de rentabilité. Selon une étude menée par le Muséum national d’histoire naturelle et publiée dans la revue Biological Conservation, l’abattage de ces animaux s’avère économiquement inefficace.
Les chercheurs soulignent que l’élimination des renards, mustélidés et autres corvidés engendre un coût annuel faramineux, estimé entre 103 et 123 millions d’euros. À titre de comparaison, les dégâts matériels et agricoles causés par ces mêmes espèces ne s’élèvent qu’à 23 millions d’euros par an. Détruire ces animaux coûte ainsi près de huit fois plus cher que d’indemniser les dommages économiques qu’ils provoquent.
Une politique d’élimination sans effet sur les effectifs
Au-delà de l’aspect purement financier, l’étude met en lumière l’inefficacité de cette destruction massive sur le contrôle réel des populations. L’analyse de cinq espèces d’oiseaux classées comme susceptibles d’occasionner des dégâts montre que leurs populations nicheuses ne diminuent pas malgré les campagnes d’abattage récurrentes. Des conclusions similaires avaient déjà été tirées lors d’études antérieures concernant le renard roux.
Actuellement, un arrêté ministériel datant d’août 2023 classe plusieurs animaux dans cette catégorie controversée des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD). On y retrouve notamment la belette d’Europe, la fouine, la martre des pins, le renard roux, le corbeau freux, la corneille noire, la pie bavarde, le geai des chênes et l’étourneau sansonnet. Une révision de cette liste est attendue d’ici la saison estivale.
Vers une refonte du système de régulation
Le statut juridique de ces animaux est régulièrement attaqué par les associations de protection de l’environnement. En mai 2025, le Conseil d’État a d’ailleurs exigé du gouvernement le retrait de la martre des pins de cette liste rouge, marquant un tournant juridique important.
La pression en faveur d’un changement de paradigme s’accentue également au sein des institutions. Un rapport de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable, publié fin 2024, recommande vivement une refonte totale de l’approche française. Ce document préconise notamment de ne pas reconduire l’arrêté actuel lors de son échéance prévue en 2026, appelant à repenser durablement notre cohabitation avec la faune sauvage.
