Les vérités incroyables sur Midway révélées

par Olivier
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Les vérités incroyables sur Midway révélées
États-Unis

Si l’on peut retenir une chose des grandes productions historiques d’aujourd’hui, c’est qu’elles prennent souvent des libertés avec les faits pour donner plus d’ampleur au récit. Pourtant, avec Midway de Roland Emmerich, nombre de scènes semblent presque trop invraisemblables pour être vraies — alors qu’elles le sont, pour l’essentiel. C’est précisément ce mélange de rigueur historique et de spectaculaire qui fait de ce film de guerre un récit aussi fascinant pour les amateurs d’histoire que pour les passionnés de cinéma.

Selon Time, le projet visait à raconter correctement la bataille de Midway, à remettre en lumière un affrontement décisif souvent éclipsé, et à corriger les maladresses du film de 1976 consacré aux mêmes événements. Les scénaristes se sont appuyés sur des entretiens, des témoignages directs et des récits oraux d’anciens témoins, ce qui donne au film une densité rare. Et, sur bien des points, la réalité de Midway dépasse encore la fiction.

midway, nick jonas

L’affrontement spectaculaire de Bruno Gaido contre un bombardier japonais

La plupart des personnages de Midway s’inspirent de figures réelles, y compris Bruno Gaido, interprété par Nick Jonas. La scène où l’USS Enterprise est attaqué par des bombardiers japonais, puis visé par un appareil qui s’écrase presque sur le navire, paraît sortie d’un scénario hollywoodien. Gaido bondit alors dans un bombardier en piqué voisin et ouvre le feu, avant de dévier l’assaillant au dernier instant, au moment même où son propre avion est touché.

Le fait est pourtant authentique. D’après le Naval History and Heritage Command, Gaido a réellement couru vers un appareil stationné avant d’ouvrir le feu sur un bombardier japonais déterminé à percuter l’Enterprise. L’avion ennemi a bien endommagé le sien, arrachant la queue et le projetant sur le pont du porte-avions. La suite du récit prend une légère liberté dramatique, mais l’essentiel demeure exact : après avoir éteint un incendie déclenché par l’impact, Gaido aurait disparu un temps, craignant d’être sanctionné pour avoir quitté son poste. Retrouvé, il fut conduit devant l’amiral Halsey et promu sur-le-champ, comme dans le film.

Des torpilles défectueuses au cœur du front du Pacifique

Une armée, aussi courageuse soit-elle, ne peut tenir sans armes fiables. C’est ce qui rend encore plus frappant le fait que Midway montre des torpilles américaines qui fonctionnent mal, voire pas du tout. Le film insiste à plusieurs reprises sur leur manque d’essais et de fiabilité, allant jusqu’à montrer un impact direct sans explosion. Cela semble improbable, et pourtant c’était bien la réalité.

Selon The National Interest, la torpille Mark 14 était d’une inefficacité redoutable. Peu après Pearl Harbor, l’amiral Chester Nimitz — incarné dans Midway par Woody Harrelson — autorisa une offensive contre tous les navires japonais. Or, l’USS Seawolf tira sept torpilles sur un cargo : six manquèrent leur cible, et celle qui atteignit le navire n’explosa pas. Plus tard, le sous-marin Tinosa visa le pétrolier Tonan Maru No. 3 : les quatre premières torpilles n’eurent aucun effet, les deux suivantes endommagèrent le bâtiment, puis plusieurs autres échouèrent encore. Il fallut une série supplémentaire d’attaques avant qu’une torpille n’explose enfin, sans pour autant envoyer le navire par le fond. Les militaires connaissaient pourtant ces défaillances et envoyèrent malgré tout ces torpilles au combat, avec un taux d’échec d’environ 50 %, bientôt porté à près de 80 %.

Rochefort, ses chaussons et le renseignement qui a changé Midway

Dans Midway, Joseph Rochefort, joué par Brennan Brown, apparaît comme un analyste du renseignement discret, posé, brillant et un peu excentrique. C’est un contraste total avec le film de 1976, où Hal Holbrook en faisait un personnage plus bruyant, cigare aux lèvres et volontiers fantasque. Pourtant, le vrai Rochefort, visible sur l’image ci-dessous, avait bel et bien ce côté singulier, jusqu’aux chaussons et à la veste d’intérieur.

Selon Joe Rochefort’s War: The Odyssey of the Codebreaker Who Outwitted Yamamoto at Midway, ce choix vestimentaire répondait à une nécessité très concrète : le bureau était froid et humide, et chacun cherchait à rester au chaud. Rochefort était aussi un analyste de premier plan, celui qui comprit que les forces japonaises s’orientaient vers Midway. D’après History, il avait également pour habitude de contourner les circuits officiels afin de transmettre l’information à Edwin Layton, celui en qui il avait confiance. Les deux hommes étaient d’ailleurs liés par une longue amitié et avaient étudié ensemble la langue et la culture japonaises pendant trois ans. Comme dans le film, Washington douta d’abord de sa prédiction. Mais lorsque Rochefort fit envoyer un faux message signalant une pénurie d’eau à Midway à cause d’une panne d’évaporateur, les Japonais confirmèrent eux-mêmes que « AF » manquait d’eau : la stratégie avait fonctionné.

rochefort

Les plongeons insensés des pilotes au-dessus de l’océan

Midway est un film visuellement saisissant, qui place le spectateur au cœur des cockpits des bombardiers en piqué de la Seconde Guerre mondiale. Voir des pilotes s’enfoncer littéralement dans une pluie de feu pour frapper des navires de guerre géants semble presque irréel. Pourtant, ils l’ont fait.

Le Douglas SBD Dauntless, avion montré dans le film, était surnommé « Slow But Deadly », soit « lent mais mortel », rappelle The National Interest. À l’époque, l’aviation militaire restait très rudimentaire, et dès le milieu des années 1930, la Navy comme les Marines comprirent que le bombardement en piqué offrait une précision redoutable. Le Dauntless fut conçu pour cela, avec des volets fendus et des freins de plongée permettant des descentes à près de 80 degrés à des vitesses approchant 300 mph. Les attaques commençaient souvent à environ 12 000 pieds, et leurs effets pouvaient être dévastateurs. À Midway, ce furent ces appareils qui firent basculer la bataille : profitant d’un ciel brièvement dégagé, le commandant Clarence McClusky, incarné par Luke Evans, lança une poignée de bombardiers en piqué contre la flotte japonaise et endommagea mortellement trois des quatre porte-avions en à peine cinq minutes.

La détermination du raid de Doolittle pendant Midway

Le raid de Doolittle est présenté dans Midway comme une mission parallèle, presque en marge de l’action principale. On y voit Jimmy Doolittle, joué par Aaron Eckhart, et ses hommes décoller d’un porte-avions vers le territoire ennemi, sans certitude d’avoir assez de carburant pour rentrer. Leur objectif : porter un coup de force à Tokyo. Dans le film, Doolittle rejoint ensuite la Chine occupée par les Japonais où il retrouve des alliés heureux d’accueillir les Américains.

Là encore, l’épisode est véridique. National Geographic rappelle que la mission fut tenue si secrète que Roosevelt n’en fut même pas informé au départ, et que l’ensemble du 17e groupe de bombardement de l’US Army Air Corps se porta volontaire pour voler aux côtés de Doolittle, visible sur l’image ci-dessous. Les équipages s’exerçaient même à prononcer une phrase en chinois signifiant : « Je suis Américain ». Le plan prévoyait un décollage à environ 300 miles des côtes japonaises, mais, comme dans le film, les appareils durent partir beaucoup plus tôt. Repéré à 700 miles de distance, le groupe bénéficia peut-être de ce départ anticipé : selon le Naval History and Heritage Command, les commandants japonais connaissaient la faible autonomie des chasseurs américains et ne s’attendaient pas à un bombardement à si longue portée. Les 16 B-25 frappèrent cinq villes japonaises, 15 se posèrent ou s’écrasèrent en Chine, et un seul atteignit Vladivostok.

doolittle

La riposte japonaise contre les civils chinois

Le raid de Doolittle fut organisé en réponse à l’attaque de Pearl Harbor, et Midway n’en montre qu’un bref aperçu des conséquences. On y voit des alliés chinois guider Doolittle à travers une campagne reculée, avant d’être mitraillés par des avions japonais. Lorsqu’il demande quel est leur objectif, la réponse est glaçante : eux-mêmes.

Cette scène ne représente qu’un fragment des atrocités qui suivirent. En représailles au bombardement de Tokyo et à l’aide fournie aux aviateurs par des villageois et des missionnaires, le Japon tua environ 250 000 Chinois. Selon le Smithsonian, la plupart des alliés japonais n’en savaient même rien, et l’ampleur de cette vengeance n’a été pleinement comprise que lorsque des documents ont été redécouverts à l’université DePaul. Le bombardement de Tokyo eut lieu le 18 avril 1942, et les massacres commencèrent en juin. Un prêtre américain écrivit alors : « Ils abattaient tout homme, femme, enfant, vache, cochon, ou à peu près tout ce qui bougeait… Aucun des humains touchés n’a même été enterré ; on les laissait pourrir sur le sol… » Sur les 28 villes de la région où les Américains s’étaient posés, seules trois survécurent. Comme dans le film, les petits cadeaux offerts par les aviateurs à leurs sauveurs furent utilisés pour traquer des familles entières, tandis que l’unité 731, spécialisée dans la guerre bactériologique, semait la typhoïde, le choléra, la peste et l’anthrax sur son passage.

Un amiral écarté de Midway à cause d’une éruption cutanée

Le détail semble étrange au premier regard : l’amiral Halsey, joué par Dennis Quaid, se plaint d’une éruption cutanée, son état empire, et il reçoit l’ordre de quitter son poste pour l’hôpital. Même les amateurs d’histoire militaire du théâtre du Pacifique connaissent le nom du contre-amiral William F. « Bull » Halsey, alors pourquoi ce retrait soudain ? Était-il vraiment diminué par une simple réaction cutanée ?

Oui. D’après le US Naval Institute, il s’agit de l’un des rares cas où la maladie a influencé le commandement à un moment décisif. À l’échelle de l’histoire militaire, la place occupée par Halsey et Midway est telle que d’autres noms marquants sont souvent cités dans la même catégorie, comme Alexandre le Grand ou Napoléon. L’éruption était en réalité un psoriasis sévère, au point de perturber sa capacité à prendre des décisions. Dans le film, il est question de zona, mais la différence est importante : selon Healthline, le zona peut se transmettre d’une personne à l’autre, tandis que le psoriasis n’est pas contagieux, ne se guérit pas, et revient souvent par poussées.

La réussite improbable de Richard Best à Midway

Le pilote fougueux Dick Best, interprété par Ed Skrein, semble presque inventé pour donner au film un héros central. Pourtant, il a bien existé, et ses exploits sont tout aussi impressionnants que ce que montre l’écran. Le scénariste Wes Tooke aurait découvert son histoire dans un ouvrage de l’historien Barrett Tillman, qui écrivait que si les Jeux olympiques avaient inclus le bombardement en piqué, Best aurait remporté l’or, selon Time.

Lors de sa mort en 2001, à 91 ans, des articles de presse soulignèrent son action décisive, ainsi que celle de son escadron, dans le tournant de la bataille. Dans le film, Best enchaîne les coups au but contre plusieurs porte-avions, ce qui donne l’impression d’une réussite trop parfaite pour être réelle. Pourtant, selon le Smithsonian, c’est exact : Best et Dusty Kleiss furent les seuls pilotes à toucher plusieurs porte-avions différents pendant la bataille de Midway. Sa carrière s’acheva également comme le montre le film : après avoir respiré de la soude caustique issue d’une bouteille d’oxygène défectueuse, sa tuberculose se réveilla. Il reçut néanmoins la Navy Cross, la Distinguished Flying Cross et fut intronisé au Naval Aviation Hall of Fame.

La remise en état de l’USS Yorktown avant Midway

Lorsque l’on voit l’USS Yorktown après la bataille de la mer de Corail, son état paraît désespéré. En cale sèche, percée de trous béants, elle semble impossible à remettre en service avant longtemps. Pourtant, dans le film, elle reprend la mer presque aussitôt pour jouer un rôle crucial à Midway. Peu crédible ? Oui. Mais cela s’est bien produit.

Selon la US Navy, l’Yorktown rentra à Pearl Harbor avec la coque ouverte, des fuites de pétrole et des dégâts tels qu’on estimait qu’il lui faudrait au moins 90 jours pour redevenir opérationnelle. Une bombe de 551 livres avait traversé le pont avant d’exploser à l’intérieur, détruisant six compartiments, les systèmes d’éclairage sur trois ponts, le radar, la réfrigération, et éventrant plusieurs réservoirs de combustible. Sa coque était fissurée, ses ascenseurs hors service, et elle avait laissé derrière elle une traînée de dix miles de pétrole et de carburant. Pourtant, lorsque la préparation de Midway commença, l’amiral Nimitz leur donna trois jours pour la remettre à flot. Environ 1 400 ouvriers travaillèrent sans relâche pendant 72 heures, au point que l’île fut plongée dans plusieurs coupures de courant afin d’alimenter les ateliers de réparation. Comme demandé, l’Yorktown rejoignit Midway, où elle fut torpillée, chavira et coula après avoir lancé les avions qui contribuèrent à détruire l’un des porte-avions japonais, selon ThoughtCo.

Filmer Midway sous les tirs

La scène est jouée comme un moment d’incrédulité : John Ford est sur Midway, ordonne à son équipe de filmer des fragments de l’île, puis des avions japonais la mitraillent et il insiste pour qu’on continue à tourner malgré sa blessure. Tout cela est vrai.

D’après le Naval History and Heritage Command, Ford était en mission de reconnaissance lorsqu’il aperçut pour la première fois des appareils japonais. Le groupe revint sur l’île sans combat, puis, le lendemain matin, Ford se trouvait près de la centrale électrique lorsque l’attaque eut lieu. Il filma l’intégralité de la séquence et reçut bien, au milieu du combat, un éclat d’obus à l’épaule, selon le US Naval Institute. Les images furent publiées sous le titre The Battle of Midway en 1942, et Ford obtint non seulement un Oscar pour ce travail, mais aussi un Purple Heart pour sa blessure. Il fut particulièrement marqué par les Marines qu’il côtoyait durant l’affrontement. Âgés en moyenne de 18 à 22 ans, ils lui inspirèrent cette remarque : « Ce sont les gens les plus calmes que j’aie jamais vus… Je me suis dit alors : “Eh bien, si ces jeunes sont des Américains, alors cette guerre est pratiquement gagnée.” »

L’erreur fatale et le retard japonais à Midway

Dans Midway, les avions américains bénéficient d’un avantage décisif : le temps, le chaos et la confusion provoqués par un changement d’armement côté japonais. Et là encore, c’est bien ce qui s’est passé.

Selon le Smithsonian, la flotte aérienne japonaise était d’abord équipée de torpilles, adaptées à un combat contre les porte-avions américains. Le vice-amiral Chuichi Nagumo ordonna de réarmer les appareils pour une attaque contre Midway, ce qui signifiait remplacer les torpilles par des bombes. Le changement était encore en cours lorsque des observateurs signalèrent la présence de navires américains, obligeant soudain à revenir aux torpilles.

La suite fut plus que de la simple confusion : les avions japonais mirent du temps à décoller, et les munitions restèrent éparpillées sur les ponts des porte-avions, notamment sur le Mikuma, visible ici juste avant son naufrage. Cette cargaison explosible alimenta l’incendie déclenché par les bombardiers en piqué américains. À Midway, le désordre logistique japonais se transforma en catastrophe militaire.

La mort tragique de Bruno Gaido après Midway

Les spectateurs savent qu’un film de guerre emporte souvent avec lui les personnages auxquels on s’attache, et les morts y sont presque toujours brutales. Dans Midway, le mitrailleur Bruno Gaido et le pilote Frank O’Flaherty amerrissent après la perte de leur appareil, gagnent un canot de sauvetage, puis aperçoivent finalement un navire. Il s’agit d’un bâtiment japonais. Ils sont hissés à bord, Gaido refuse de livrer des informations, est ligoté à une ancre puis jeté à la mer, tandis que le sort d’O’Flaherty devient inévitable.

Gaido et O’Flaherty ont bien abandonné leur avion et ont été récupérés par l’IJN Makigumo, indique le Naval History and Heritage Command. On ignore précisément ce qui s’est passé à bord. Le Japon a longtemps affirmé avoir obtenu des renseignements de leur part, mais l’on pense aujourd’hui qu’ils ont subi la torture et fourni de fausses informations, suffisamment plausibles pour être crédibles. Devenus inutiles, ils furent attachés à des poids et jetés par-dessus bord. Leur disparition ne fut comprise qu’après la guerre, et, faute d’officiers directement reliés à leur mort, aucune poursuite pour crime de guerre ne fut engagée. En 1943, Gaido était encore porté disparu lorsque sa Distinguished Flying Cross fut remise à son père. Ce dernier déclara alors au Milwaukee Journal : « Je ne perds pas espoir. Bruno est encore en vie, peut-être sur une petite île. Il a toujours eu beaucoup de courage et savait se battre. »

midway memorial

Dans l’ensemble, l’histoire de Midway montre à quel point la bataille du Pacifique fut un enchaînement de décisions précipitées, d’exploits individuels et d’erreurs fatales. Entre renseignement, aviation de guerre et courage des équipages, ces événements ont façonné le cours de la Seconde Guerre mondiale et laissé une empreinte durable dans la mémoire historique.

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