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Les années 1960 nous ont offert certains des plus grands noms de la musique, comme les Beatles, les Rolling Stones, les Beach Boys, Bob Dylan et Aretha Franklin. C’est aussi l’époque où le rêve de devenir une star de la pop, ou plus précisément de jouer dans un groupe de rock, a littéralement explosé. Dans le sillage de la Beatlemania, de nombreux adolescents à travers les États-Unis ont tenté de devenir des dieux du rock, donnant naissance à une multitude de groupes de garage rock. Beaucoup de ces formations furent éphémères et n’ont sorti qu’un ou deux singles pour un public local avant de se séparer ou de former d’autres projets.

Si ces artistes, tout comme ceux issus d’autres genres comme le folk ou la soul, n’ont souvent touché qu’une audience très limitée avant la fin de leur carrière, nombre de leurs disques ont depuis été redécouverts par les générations suivantes pour devenir des classiques culte. Les cinq chansons qui suivent ont totalement échoué à s’imposer dans les classements à leur sortie. Néanmoins, chacune d’entre elles illustre parfaitement l’audace joyeuse qui caractérisait les artistes à petit budget des années 1960.
Don’t Look Back — The Remains
Le titre « Don’t Look Back » du groupe de garage rock bostonien The Remains a été immortalisé grâce à son inclusion dans la célèbre compilation de 1972, « Nuggets: Original Artyfacts from the First Psychedelic Era, 1965–1968 », une porte d’entrée incontournable vers la scène alternative de cette décennie.
Porté par la performance charismatique du chanteur Barry Tashian, le morceau se distingue par ses sonorités de guitare chaudes et saturées, et un pont inoubliable invitant les auditeurs à s’opposer à ceux qui tentent de maintenir le statu quo, en pleine apogée de la contre-culture. Le chanteur y clame notamment que la vérité est la lumière et la voie à suivre, sur un titre qui se démarque par son absence d’amertume, contrairement à beaucoup de morceaux garage rock de l’époque.
Composée par Billy Vera, un autre rockeur des années 60, la chanson n’a pas réussi à devenir un tube malgré des paroles intelligentes et un arrangement accrocheur. Le groupe a pourtant eu l’honneur de faire la première partie des Beatles lors de leur tournée américaine en 1966, l’année même de la sortie de « Don’t Look Back », et de se produire dans le célèbre Ed Sullivan Show. Malgré un talent évident, The Remains n’a jamais su fédérer un large public. Le groupe s’était d’ailleurs déjà séparé avant même l’arrivée de son premier album studio chez les disquaires. Cet album, dont « Don’t Look Back » reste le titre phare, a finalement été réédité en 2007.
U.F.O. — Jim Sullivan
L’album « U.F.O. » de Jim Sullivan, sorti en 1969, est une écoute incontournable pour les amateurs de pépites obscures qui méritaient bien plus d’attention. C’est un joyau perdu qui en dit long sur l’époque à laquelle il a été créé, et la chanson titre en est sans doute le point culminant.
Le morceau « U.F.O. » est dense sur le plan des paroles, multipliant les références aux étranges obsessions de Sullivan, comme les extraterrestres. Cette écriture se marie efficacement avec l’instrumentation élégante du collectif The Wrecking Crew. Les envolées de cordes confèrent au morceau une profonde mélancolie, tandis que la voix chaleureuse de Sullivan l’ancre dans une tradition folk et country, contrastant avec l’étrangeté de son propos.
Après un second album infructueux en 1972, la carrière de Sullivan n’a jamais décollé. En mars 1975, il a quitté sa famille à Los Angeles pour tenter sa chance à Nashville, dans le Tennessee. Il n’y est jamais arrivé. Sa voiture a été retrouvée abandonnée à Santa Rosa, au Nouveau-Mexique, avec sa guitare sur le siège passager. Il n’a jamais été revu, et le mystère entourant sa disparition a donné une dimension presque prophétique aux paroles de « U.F.O. », alimentant les théories sur un potentiel enlèvement.
One Potato, Two Potato — The Elite
Au milieu des années 1960, The Elite était un groupe local respecté sur la très prolifique scène garage rock de Fort Worth, au Texas. « One Potato, Two Potato » est sans doute leur single le plus réjouissant, un morceau qui s’étend carrément sur les deux faces d’un disque 45 tours. D’une durée d’un peu plus de trois minutes et demie, la performance déborde d’une énergie juvénile. Elle alterne entre des comptines de cour de récréation, des onomatopées absurdes empruntées au titre « Surfin’ Bird » des Trashmen, des roulements de batterie frénétiques, des passages de guitare surf rock et des cris poussés par les membres du groupe.
The Elite s’est séparé après seulement quelques années d’existence. En 2004, le chanteur Rodger Brownlee confiait au Star Telegram qu’ils n’avaient jamais retrouvé un tel niveau d’exubérance et d’excitation dans leurs projets musicaux ultérieurs, comparant la fin du groupe à la perte d’un grand amour. À l’écoute de « One Potato, Two Potato », on comprend aisément à quel point l’expérience devait être amusante.
Egyptian Shumba — The Tammys
Au début des années 1960, les groupes féminins affichaient généralement une image lisse, posée et élégante. The Tammys, un groupe originaire de Pennsylvanie formé par les sœurs Gretchen, Cathy et Linda, proposait tout autre chose. Bien que leur musique n’ait pas atteint les classements nationaux, leur meilleur single, « Egyptian Shumba », s’est imposé au fil des ans comme un classique culte excentrique.
Soutenues par la star de la pop Lou Christie, qui les a aidées à enregistrer trois singles, les sœurs se sont démarquées avec ce titre au style vocal adolescent frénétique. Dans les refrains, les jeunes filles hurlent simplement à pleins poumons, comme si elles chahutaient à l’école.
Ces voix inattendues sont accompagnées d’une instrumentation aux fausses allures moyen-orientales, créant un contraste qui détruit toute véritable tentative d’exotisme. Le morceau reste extrêmement amusant et dansant, même si ses cris stridents risquent de fortement diviser l’assemblée si vous le passez en soirée.
Care of Cell 44 — The Zombies
Il semble aujourd’hui incroyable que « Care of Cell 44 » des Zombies n’ait pas réussi à intégrer les classements britanniques en 1967, ni les classements américains lors de sa sortie l’année suivante. Le morceau respire l’essence même des années 60 et possède le même pouvoir d’évocation que leur immense tube « Time of the Season ».
Ce titre pop exaltant aborde pourtant le thème inhabituel d’une lettre écrite à un être cher incarcéré en prison. Il a souvent été comparé au travail de Brian Wilson des Beach Boys et de Paul McCartney des Beatles, deux influences évidentes pour Rod Argent, le compositeur du groupe. La chanson bénéficie d’un arrangement ambitieux, avec de multiples ponts et des harmonies a cappella qui explosent en refrains entraînants. La voix pure et mélodique d’Argent s’associe à la ligne de basse exceptionnelle de Chris White pour offrir un groove irrésistible.
Bien qu’il n’ait pas été un succès immédiat, « Care of Cell 44 » a gagné en popularité l’année suivante grâce au triomphe de « Time of the Season », qui a ravivé l’intérêt pour le groupe juste au moment où les Zombies s’apprêtaient à mettre un terme à leur carrière.
