La Véritable Histoire d’Excalibur : Mythes et Réalités

par Olivier
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La Véritable Histoire d'Excalibur : Mythes et Réalités
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La vérité méconnue sur Excalibur

Par Becki Robins — Mise à jour : 26 sept. 2019, 22 h 53 (EST)

Excalibur, knight, swordShutterstock

Sauf si vous viviez vraiment sous une pierre — et sans doute pas une pierre avec une épée plantée dedans — vous avez forcément entendu parler du roi Arthur et de sa légendaire épée Excalibur. Difficile d’y échapper : entre la légende médiévale, les versions Disney, les réinterprétations de la culture pop, les films musicaux, les détournements comiques et les récits à travers les siècles, notre imaginaire a été saturé d’images du noble roi, des chevaliers de la Table ronde, de l’enchanteur à la longue barbe blanche et d’Excalibur elle-même. À force, on reconnaîtrait à peine l’histoire originelle.

Et puisque l’histoire d’Excalibur continue d’alimenter la fascination, voici quelques éléments oubliés sur le roi Arthur et son épée célèbre, des détails qui disparaissent souvent dans les versions modernisées. Pour les amateurs d’histoire médiévale, de mythologie et de légendes celtiques, ces nuances changent tout.

Excalibur n’est qu’un maillon d’une longue lignée d’« épées de pouvoir »

Figure with swordShutterstock

Aucune des réécritures de la légende du roi Arthur n’est réellement originale, puisqu’elles reposent toutes, au fond, sur la même histoire vieille d’environ un millénaire. Mais même le récit d’origine n’était pas entièrement inédit : l’idée d’une « épée de pouvoir » existe depuis très longtemps, bien avant qu’un roi noble, une arme enchantée et un magicien n’entrent en scène.

Selon l’Ancient History Encyclopedia, Excalibur n’est finalement qu’une variation tardive du Sword of Mars, l’épée surnaturelle manipulée par Attila le Hun, elle-même héritière de Crocea Mors, l’épée de Jules César, qui prolonge à son tour une tradition plus ancienne encore, celle de la harpe, l’arme légendaire associée au titan Cronos dans la mythologie grecque. La Bible évoque aussi une épée de puissance : après la chute de l’homme, Dieu fait garder l’entrée du jardin d’Éden par des chérubins armés d’une épée flamboyante, sans doute pour empêcher Adam et Ève d’y retourner. La mythologie japonaise raconte également que le dieu Susanoo découvrit une épée magique dans la queue d’un dragon, tandis que la tradition nordique attribue une arme merveilleuse à Sigmund puis à son fils Sigurd. Les épées de pouvoir ne sont donc pas une invention isolée : chaque version d’Excalibur recycle en réalité un très ancien motif mythique.

Son nom n’a pas toujours été « Excalibur »

Knight with a swordShutterstock

Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer Excalibur sous un autre nom. Peu importe la version de la légende du roi Arthur, l’épée demeure Excalibur. Pourtant, dans les premiers récits, elle portait d’autres appellations.

Dans les mentions les plus anciennes d’Arthur, l’épée n’est même pas toujours évoquée. Lorsqu’elle apparaît enfin, elle ne s’appelle pas encore « Excalibur ». Selon l’Ancient History Encyclopedia, l’un des premiers textes du début du XIIe siècle — ou peut-être du XIIIe selon les spécialistes —, Culhwch and Olwen, issu du recueil gallois des Mabinogion, est le premier à donner un nom à l’épée d’Arthur. Elle y est appelée « Caledvwich », dérivé du latin chalybs, signifiant « acier » ou « fer ». Ce n’est pas très poétique, mais c’est explicite.

En 1136, Geoffrey de Monmouth, dans son History of the Kings of Britain, la nomme « Caliburnus », un terme qui évoque une lame particulièrement dure, donc un nom plus prestigieux. Une traduction française transforme ensuite « Caliburnus » en « Chaliburn », puis le poète français Chrétien de Troyes modifie encore le nom en « Escalibor ». Lorsque l’histoire est finalement traduite en anglais, Chaliburn et Escalibor fusionnent pour donner « Excalibur ». Heureusement, plus personne n’a ensuite touché à ce nom, car il est agréable qu’au moins un élément de la légende arthurienne soit resté relativement stable.

Excalibur n’avait pas toujours de pouvoirs magiques

Magic swordShutterstock

La plus ancienne mention connue du roi Arthur figure probablement dans le poème gallois Y Gododdin, qui remonterait vers l’an 600. Arthur y est cité au passage, mais Excalibur n’apparaît pas du tout. C’est véritablement au XIIe siècle que Geoffrey de Monmouth transforme Arthur en figure centrale de son History of the Kings of Britain. Dans ce récit, Excalibur — alors appelée Caliburnus — ne possède pourtant aucun pouvoir surnaturel : elle est simplement décrite comme « la meilleure des épées, forgée sur l’île d’Avalon ».

Selon l’Ancient History Encyclopedia, Arthur accomplit bien des exploits quasi surnaturels avec l’aide de Caliburnus, mais l’épée reste davantage un instrument de victoire qu’une source autonome de puissance. Le texte précise : « Quiconque il touchait, invoquant Dieu, il le tuait d’un seul coup, sans jamais ralentir son assaut jusqu’à avoir abattu à lui seul quatre cent soixante-dix hommes avec son épée Caliburn. » Arthur apparaît donc comme un combattant redoutable, mais l’épée y est encore une arme, non un objet mythique aux effets merveilleux.

Excalibur est devenue bien plus qu’une simple épée

Elf with swordShutterstock

Les très vieux récits évoluent avec le temps, sans doute pour éviter que les auditeurs ne s’en lassent. Sans même parler des réécritures où l’histoire du roi Arthur finit par accueillir des personnages inattendus, les versions successives ont peu à peu changé Arthur : il n’est plus seulement un homme de guerre impressionnant avec une belle épée, mais un héros si extraordinaire qu’il semblerait presque doté de pouvoirs magiques. À partir de là, l’arrivée de Merlin, de la Dame du Lac et d’autres figures de la légende devient naturelle.

Les récits tardifs accordent aussi plus d’importance à Excalibur. À force d’être racontée et transformée, l’épée devient davantage qu’une arme : elle n’est plus seulement forgée sur l’île d’Avalon, elle est aussi présentée comme forgée par un elfe sur cette même île. Ses origines surnaturelles en font un personnage à part entière de la légende du roi Arthur. Lorsque Arthur agonise, il demande à Sir Bedevere — ou parfois à Sir Girflet, selon les versions — de jeter Excalibur dans le lac. Selon l’Ancient History Encyclopedia, ce motif se retrouve dans d’autres récits d’armes magiques : quand l’arme a accompli sa mission, elle doit retourner au royaume d’où elle provient.

L’Épée dans la pierre n’était pas Excalibur

The sword in the stoneShutterstock

Nous connaissons tous l’histoire : Arthur devient roi parce qu’il est le seul à pouvoir retirer une épée d’un rocher. Dans l’imaginaire moderne, ce geste suffit à légitimer son règne. Dans l’Amérique contemporaine, cela ne fonctionne pas vraiment — sauf, peut-être, quand la Californie a décidé de faire d’Arnold Schwarzenegger son gouverneur.

Dans les premières légendes, toutefois, Excalibur et l’Épée dans la pierre n’étaient pas la même arme. Il faut dire qu’on aimerait sans doute éviter d’emporter au combat une vieille lame émoussée, coincée dans un bloc de roche depuis des décennies, exposée à la pluie — et sans doute à bien pire. L’Épée dans la pierre n’a pas l’air d’être une arme particulièrement efficace, ce qui explique sans doute pourquoi Arthur reçoit ensuite une seconde épée des mains de la Dame du Lac.

Selon Ancient Origins, c’est Sir Thomas Malory qui, dans Le Morte d’Arthur en 1485, mélange pour la première fois les deux récits. Mais dans la plupart des traditions, l’Épée dans la pierre et Excalibur restent deux armes distinctes. Dans l’histoire de Malory, Arthur possède même deux épées, toutes deux appelées « Excalibur ». La première — celle extraite de la pierre — se brise pendant un combat contre le roi Pellinore. Peu après, Merlin conduit Arthur auprès de la Dame du Lac, et c’est là qu’il reçoit la seconde Excalibur.

Alors, d’où vient l’idée de l’Épée dans la pierre ?

The sword in the anvilHoward Pyle – Wikipedia

Excalibur est antérieure à l’Épée dans la pierre, cette dernière n’apparaissant qu’au XIIIe siècle dans un roman du poète français Robert de Boron. Dans ce texte, l’épée n’est pas retirée d’une pierre, mais d’une enclume. Les conteurs ultérieurs ont manifestement voulu éviter qu’on confonde le roi Arthur avec Bip Bip : l’enclume a donc été remplacée par une pierre.

Selon Ancient Texts, dans le récit de Robert de Boron, l’épée est fichée dans une enclume placée dans un cimetière d’église. Naturellement, tous les chevaliers du royaume veulent être celui qui la retirera, même si personne ne semble se demander sérieusement si être roi n’est pas une fonction plutôt dangereuse, dans la mesure où tout le monde essaie constamment de tuer le souverain.

Personne n’y parvient, sauf Arthur, qui réussit presque par accident, car il ne comprend même pas la signification de l’épreuve. Il cherche simplement une épée à remettre à son frère adoptif Kay, et l’épée dans l’enclume se trouve là, disponible. Arthur la tire donc de l’enclume et la donne à Kay, lequel s’écrie en substance : « Regardez-moi, j’ai sorti l’épée ! », parce que dans les anciens récits, tout le monde à l’exception du héros se comporte à peu près comme un imbécile. Kay est rapidement démasqué, Arthur répète l’exploit, puis devient roi. Et, bien plus tard, il finit par être tué. Moralité : mieux vaut laisser tranquilles les épées dans les enclumes.

Dans certaines histoires, Excalibur est maniée par Sir Gauvain

Sir GawainFrank T. Merrill – Wikipedia

Même au XIIe siècle, les auteurs se lassaient probablement déjà des multiples variantes de la légende arthurienne. Beaucoup ont donc tenté de distinguer leur version des récits plus anciens, sans l’aide de Whoopi Goldberg ni de MacGyver pour les rendre plus mémorables. Selon Vintage News, en 1160, Chrétien de Troyes a écrit une version intitulée Conte du Graal, dans laquelle Excalibur est maniée par le neveu d’Arthur et plus fidèle chevalier, Sir Gauvain.

Pour autant, il ne s’agit pas exactement d’un abandon volontaire de l’épée par Arthur. Dans le Vulgate Cycle, un autre ensemble de récits arthuriens publié environ un demi-siècle après Conte du Graal, Arthur prête Excalibur à Gauvain, puis Gauvain la prête à Lancelot afin qu’il puisse défendre Guenièvre. L’épée revient finalement à Arthur, qui s’en sert lors de sa bataille finale contre Mordred.

Ce n’est pas l’épée, c’est le fourreau

Sword in scabbardShutterstock

Dans la version de Sir Thomas Malory, Excalibur est certes exceptionnelle, mais ce n’est pas elle qui fait toute la grandeur d’Arthur. D’après l’Ancient History Encyclopedia, Merlin reproche même au roi de préférer l’épée au fourreau. « Vous êtes d’autant plus imprudent, dit-il, que le fourreau vaut dix fois l’épée. Tant que vous l’aurez sur vous, vous ne perdrez jamais de sang, même si vous êtes grièvement blessé. Gardez donc toujours le fourreau avec vous. » En clair, Merlin présente le fourreau comme une sorte de bouclier magique, à porter à la ceinture sans discussion.

Mais Arthur perd finalement l’épée et le fourreau à la fin de l’histoire : sa demi-sœur Morgane les lui dérobe, échange Excalibur contre une fausse, puis fait pencher la victoire du côté de son amant, qui affronte alors le roi. Lorsque l’épée se brise, Arthur comprend qu’il s’agit d’un faux, mais il parvient tout de même à vaincre l’homme de Morgane. Par vengeance, celle-ci jette ensuite le fourreau dans un lac. Arthur survit à ce combat, mais il sera plus tard tué par Mordred, en grande partie parce qu’il ne possède plus cette protection. Voilà ce qui arrive quand on néglige de garder le fourreau sur soi.

L’épée était quand même assez magique

Magic swordShutterstock

Au moment où les récits plus tardifs sont rédigés, Excalibur n’est plus une simple arme : c’est une légende. Dans l’histoire de Thomas Malory, l’épée aide Arthur à vaincre le roi Lot, non parce qu’Arthur est particulièrement habile à l’épée, mais parce que l’épée est extraordinaire en elle-même. En réalité, Arthur est durement battu par Lot avant d’avoir l’idée d’utiliser les pouvoirs spéciaux d’Excalibur.

Malory écrit : « Alors le roi Lot abattit le roi Arthur. À cet instant, ses quatre chevaliers le secoururent et le mirent à cheval ; puis il tira son épée Excalibur, et elle brilla si intensément aux yeux de ses ennemis qu’elle donnait une lumière semblable à celle de trente torches. Il les repoussa alors et tua beaucoup de gens. » On peut presque se demander pourquoi Arthur n’a pas commencé par là.

Selon Hanover College, Excalibur possédait d’autres qualités encore, au-delà de sa réputation de plus puissante lampe torche de l’histoire. Elle était censée être incassable et d’une finesse exceptionnelle, non parce qu’Arthur ou son écuyer la polissaient sans cesse, mais parce qu’elle était renforcée par la magie. C’est pourquoi, sur son lit de mort, lorsqu’Arthur demande à Sir Bedivere de jeter Excalibur dans le lac, ce dernier s’exclame en substance : « Quoi ? Je ne vais pas jeter une excellente épée dans un lac. » On comprend son hésitation, mais Arthur n’en aura plus besoin.

La jeune fille qui a trouvé Excalibur… en quelque sorte

Dozmary PoolShutterstock

Le personnage du roi Arthur a peut-être un fondement historique, mais la plupart des historiens s’accordent à dire qu’il est à 99,9 % fictif, ce qui fait d’Excalibur une création entièrement légendaire. Pourtant, selon Vintage News, un lac du nord-est des Cornouailles, au Royaume-Uni, nommé Dozmary Pool, est localement associé à la Dame du Lac et donc au dernier repos supposé d’Excalibur. Aujourd’hui, le lieu n’a plus rien d’impressionnant : loin d’être « sans fond », il ressemble à peine à une flaque, et il peut même s’assécher à certaines périodes de l’année.

En août 2017, une fillette de 7 ans a dit à son père avoir vu une épée au fond de Dozmary Pool. Son père a d’abord relativisé, mais en vérifiant, il a effectivement trouvé une épée d’environ 1,20 mètre dans la vase. Après l’avoir nettoyée, il a pensé qu’il s’agissait probablement d’un accessoire ou d’un jouet, et non d’une pièce ancienne. À notre connaissance, l’objet n’a jamais été soumis à une expertise officielle ; peut-être que, comme Bedivere, ce père préfère simplement garder une épée parfaitement correcte, qu’elle soit ou non Excalibur.

Au passage, les fouilles involontaires de jeunes filles semblent avoir la cote : en 2018, une enfant en Suède a retrouvé une véritable épée de l’âge du fer dans un lac. Peut-être que l’univers essaie de nous dire qu’il serait temps de laisser davantage de place au pouvoir des femmes.

Mais il existe bien une véritable épée dans la pierre

The real sword in the stoneYouTube

L’Épée dans la pierre n’est pas Excalibur, mais elle reste un élément essentiel de la légende arthurienne. Il vaut donc la peine de signaler qu’elle pourrait aussi avoir reposé sur un fait bien réel.

Il existe en effet une véritable épée fichée dans une véritable pierre. Si vous passez un jour en Toscane, en Italie, vous pouvez la voir dans la chapelle de Montesiepi, au sud-ouest de Sienne. Elle évoque remarquablement l’arme des légendes : une masse rocheuse d’où ne dépassent que la poignée, le manche en bois et une courte portion de lame. Selon Vintage News, les Italiens n’expliquent pas sa présence par Arthur, mais par un chevalier nommé Galgano Guidotti, qui aurait planté son épée dans la roche en renonçant à la guerre pour devenir ermite. Franchement, aucune des deux histoires n’est franchement banale, mais l’hommage à Guidotti est notable.

Longtemps, on a cru que cette épée était une supercherie. Or des analyses récentes l’ont datée du XIIe siècle, soit à peu près l’époque à laquelle Guidotti est censé l’avoir plantée là. Des recherches ont aussi révélé une vaste cavité sous l’épée, possiblement une tombe. Pour en être sûrs, il faudrait pourtant briser la pierre, ce qui ruinerait tout l’intérêt de l’Épée dans la pierre. Personne ne souhaite aller jusque-là.

L’épée de Bilbo, « Sting », s’inspire d’Excalibur

Bilbo Baggins and StingYouTube

Tous ceux qui se sont inspirés du roi Arthur et d’Excalibur n’ont pas eu l’impression de devoir reprendre toute la légende à l’identique en changeant simplement quelques détails. Certains auteurs ont puisé dans ce mythe pour en tirer autre chose, et J.R.R. Tolkien en est sans doute l’un des meilleurs exemples.

Bilbo Baggins, le héros du Hobbit, porte lui aussi une arme de pouvoir qui rappelle beaucoup celle d’Arthur. Comme Excalibur, « Sting » a été forgée par des elfes et, comme Excalibur, elle brille à proximité de ses ennemis. Bilbo la remet ensuite à Frodon pour sa propre quête, un geste qui rappelle la manière dont Arthur prête son épée à Gauvain dans certaines versions de la légende. Selon Avalon Revisited: Reworkings of the Arthurian Myth, la quête de Frodon fait elle aussi écho à celle d’Arthur : la destruction de l’Anneau unique devient sa propre version du Graal. Une leçon utile pour les romanciers et les scénaristes : on peut s’inspirer de la légende arthurienne sans la copier à l’identique.

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