Histoire
Quand la faille de données Equifax, en 2017, a exposé les informations personnelles de plus de 145 millions d’Américains, un héros inattendu s’est dressé pour défendre les personnes touchées par ce scandale. À l’une des rares occasions où un oncle au sourire entendu n’avait rien de louche, le personnage du Monopoly, Rich Uncle Pennybags, « a ravi les spectateurs en tordant sa moustache, en s’essuyant le front avec un billet de 100 dollars et en faisant briller son monocle » lors d’une audition au Sénat consacrée à cette affaire, selon CBS.
Les observateurs les plus attentifs de Cracked rappellent pourtant que, contrairement à une croyance répandue, le véritable mascotte ne porte de monocle sur aucun de ses deux yeux. Mais cet accessoire hors de propos n’était pas l’élément le plus marquant de cette scène politique. L’homme du Monopoly était en réalité Amanda Werner, militante de l’association Americans for Financial Reform. Déguisée en Pennybags, elle protestait contre l’arbitrage বাধé, un mécanisme qui offre pratiquement aux entreprises une sorte de « carte pour sortir de procès sans frais », comme dans le jeu. Ce geste pouvait sembler paradoxal, puisque le Monopoly repose précisément sur l’accumulation de richesse au détriment des autres. Pourtant, il révèle surtout l’histoire profondément ironique de Rich Uncle Pennybags.

Le créateur de Rich Uncle Pennybags n’a pas eu la même chance que son personnage.
Selon The Daily Beast, Rich Uncle Pennybags a fait ses débuts dans le Monopoly en 1936, sous la forme d’un personnage présent sur les cartes Chance et Caisse de communauté. La School of the Art Institute of Chicago attribue la conception de cette mascotte iconique au caricaturiste politique Franklin « F.O. » Alexander, également à l’origine de Jake le prisonnier et de l’officier Edgar Mallory, celui du fameux « Allez en prison », pour le compte de Parker Brothers, qui avait racheté les droits du Monopoly en 1935, d’après Smithsonian.
Après avoir tiré profit du travail d’Alexander, Parker Brothers a monopolisé les bénéfices, et « l’artiste n’a jamais reçu un centime ». Cette situation donne au personnage un arrière-plan encore plus mordant : la figure du riche héritier est devenue une icône mondiale alors même que son créateur n’a pas été récompensé pour son apport au jeu de société.
Le jeu Monopoly est extrêmement ironique.

L’ironie devient encore plus forte lorsque l’on découvre que Pennybags a probablement été inspiré par le magnat J. P. Morgan, alors que le Monopoly lui-même dérive d’un jeu plus ancien conçu pour critiquer justement les barons voleurs comme lui. L’ancêtre du Monopoly s’appelait The Landlord’s Game. Breveté par Elizabeth « Lizzie » Magie en 1904, ce jeu reprenait des éléments familiers comme la prison ou l’achat de voies ferrées. Mais son objectif explicite était de « montrer les méfaits de l’accumulation de richesses énormes aux dépens des autres ».
En 1906, Magie affirmait : « Dans peu de temps, j’espère un très peu de temps, les hommes et les femmes découvriront qu’ils sont pauvres parce que Carnegie et Rockefeller, peut-être, ont plus d’argent qu’ils ne savent qu’en faire. » Plus d’un siècle plus tard, cette remarque continue de résonner avec une force singulière dans l’histoire du Monopoly et dans celle de sa mascotte devenue légendaire.
