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Le festival CanneSeries s’est imposé comme une vitrine majeure pour la création audiovisuelle mondiale, réunissant des œuvres venues d’horizons aussi divers que la France, l’Iran ou le Royaume-Uni. Au-delà de la compétition, une question fondamentale anime les créateurs : existe-t-il encore une identité propre à chaque pays à l’heure de la mondialisation des contenus ?
La persistance d’une signature nationale
Pour Isabel Coixet, réalisatrice espagnole et présidente du jury, la réponse est affirmative. Selon elle, l’origine d’une production se devine souvent dès les premières secondes. Une ambiance sonore inquiétante oriente immédiatement le spectateur vers une fiction nordique, tandis qu’un décor de banlieue évoque spontanément le style britannique. Cette « patte » nationale se manifeste à travers l’image, l’environnement et le rythme de la narration.
Vincent Elbaz, membre du jury, souligne par exemple la spécificité des productions danoises. Ces dernières se distinguent par une approche proche du cinéma, prenant le temps d’installer le récit et les personnages sur la durée. À l’inverse, l’industrie américaine se caractérise par une profusion et une diversité de styles rendant toute généralisation difficile.
L’influence des plateformes de streaming
Malgré ces identités marquées, une tendance à l’uniformisation émerge sous l’impulsion des géants du secteur comme Netflix, Disney+ ou HBO. Isabel Coixet observe que les plateformes tendent à imposer des formats et des mécaniques narratives similaires. Qu’il s’agisse d’un drame coréen ou d’une telenovela sud-américaine, les procédés de construction des personnages et les sujets abordés finissent par se ressembler.
Cette standardisation se traduit également par des codes visuels récurrents, tels que l’usage systématique de plans de drone. Le mode de consommation a également évolué : autrefois conçues comme des rendez-vous hebdomadaires, les séries sont désormais pensées pour le visionnage boulimique, avec une narration plus rapide destinée à capter l’attention immédiatement.
Une richesse culturelle à préserver
La sélection de CanneSeries démontre toutefois que la diversité reste un atout majeur. La présence de séries iraniennes ou de productions venues de Côte d’Ivoire et du Burkina Faso permet de bousculer une vision parfois trop centrée sur l’Europe. Pour les créateurs, le défi consiste désormais à nourrir leur œuvre d’influences internationales tout en préservant la singularité de leur regard local.
