Dans la continuité des grandes questions de science sur le corps humain et la température minimale de survie, il faut d’abord reconnaître une idée reçue tenace : le froid semble parfois plus supportable que la chaleur extrême. Pourtant, lorsque les températures chutent, le danger s’installe vite. On peut se réchauffer avec des couches de vêtements, un feu ou des boissons chaudes, mais le corps finit par perdre sa capacité à compenser durablement. À l’inverse, une exposition prolongée à la chaleur, comme au froid, met en jeu des mécanismes physiologiques complexes qui peuvent devenir irréversibles.
Les décès liés aux conditions météorologiques montrent d’ailleurs que le froid n’est pas seulement un inconfort : il est bien plus meurtrier qu’on ne l’imagine. Une étude publiée dans The Lancet et relayée par The Lancet a analysé 74 millions de décès dans 13 pays, établissant que la mortalité liée au froid est environ 20 fois plus fréquente que celle causée par la chaleur. Pour mieux comprendre cette réalité, il faut examiner ce qui se passe dans le corps lorsque la température interne commence à chuter.
Au centre de cette question se trouve la température corporelle de base, qui doit rester autour de 37 °C. Dès qu’elle descend à 35 °C ou moins, l’hypothermie s’installe. Le cerveau, le cœur et d’autres organes vitaux fonctionnent alors plus difficilement. À 33 °C, des troubles de la mémoire peuvent apparaître ; à 28 °C, la perte de conscience devient possible ; et vers 21 °C, on entre dans une hypothermie profonde, généralement mortelle.
L’un des cas les plus frappants jamais documentés concerne Anna Bågenholm, une skieuse suédoise tombée dans un ruisseau gelé en 1999. Sa température corporelle a atteint 13,2 °C, soit l’un des taux les plus bas jamais observés chez un humain ayant survécu. Ce type de survie exceptionnelle reste rare, car lorsque l’eau contenue dans les cellules gèle, elle forme des cristaux capables de rompre les cellules et de provoquer des lésions fatales.

Le risque ne se limite pas aux grandes expéditions polaires ou aux chutes dans une eau glacée. Une personne en bonne santé, peu protégée contre le froid et sèche, peut développer une hypothermie en moins de dix minutes si la température descend à -34 °C. Mais le danger existe aussi dans des conditions bien moins extrêmes. Être mouillé, transpirer ou marcher sous la pluie accélère énormément la perte de chaleur, car le corps se refroidit environ 25 fois plus vite dans l’eau que dans l’air.
Selon les données reprises à partir de l’étude du Lancet par la CBC, 90 % des décès liés au froid enregistrés au Canada entre 1985 et 2012 se sont produits par temps seulement modérément froid. Autrement dit, la température minimale de survie ne dépend pas uniquement d’un record de froid extrême : l’humidité, l’exposition et la durée comptent tout autant. C’est pourquoi il est essentiel de rester au sec et habillé de façon adaptée lorsque la météo se dégrade.
