Découvrez les secrets étranges d’Hélène de Troie

par Olivier
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Découvrez les secrets étranges d'Hélène de Troie
Grèce

Dans l’histoire de Hélène de Troie, tout commence par un paradoxe : cette femme dont la beauté aurait déclenché la guerre de Troie n’était, en réalité, pas née à Troie. Sa légende s’est construite à partir de récits contradictoires, de versions rivales et de détails étonnamment étranges qui ont traversé les siècles. Marvels de la mythologie grecque, les origines d’Hélène mêlent royauté, enlèvements, dieux et métamorphoses, au point de rendre son histoire aussi fascinante que déroutante.

paris and helen of troy

paris and helen of troy

Jacques-Louis David/Wikipedia

Figure emblématique de la culture grecque, Hélène est devenue l’étincelle du plus célèbre conflit de la mythologie antique. Du jugement de Pâris aux serments des rois de Grèce, chaque épisode de son histoire a nourri des siècles de littérature, d’art et d’interprétations. Pourtant, derrière son image de femme fatale, se cachent des récits encore plus étranges : naissance miraculeuse, parenté divine, enlèvements successifs et culte religieux. Voici donc quelques-uns des faits les plus insolites à connaître sur Hélène de Troie.

Hélène de Troie n’était pas originaire de Troie

Si l’on s’en tenait à son nom, on pourrait croire qu’Hélène venait de Troie. En réalité, elle serait plus justement appelée Hélène de Sparte, car c’est là qu’elle serait née, qu’elle aurait grandi et qu’elle se serait mariée. Selon l’Encyclopaedia Britannica, elle n’est arrivée à Troie qu’au moment où le prince Pâris l’y conduisit, volontairement ou non selon les versions, après avoir remporté le concours de beauté divin en choisissant Aphrodite.

Son père présumé était le roi de Sparte, Tyndare, et son premier mari — qui était aussi, techniquement, son quatrième époux dans certaines traditions — régnait lui aussi sur Sparte. Le poète Stésichore rapporte que Tyndare aurait un jour oublié de faire un sacrifice à Aphrodite, ce qui aurait valu à ses filles une malédiction : quitter leurs maris et se remarier plusieurs fois. Cette destinée aurait touché Hélène, mais aussi ses sœurs Timandra et Clytemnestre, cette dernière allant jusqu’à tuer son époux dans son bain.

Hélène de Troie serait née d’un œuf

Tyndare n’était qu’un père « présumé », car, dans la logique changeante de la mythologie grecque, le véritable père d’Hélène était Zeus. Même si Tyndare l’éleva comme sa fille, il aurait peut-être deviné qu’il y avait quelque chose d’anormal : Hélène, Clytemnestre et deux de ses frères auraient éclos d’un immense œuf, ce qui reste une naissance peu conventionnelle pour un être humain.

Dans la version la plus connue, sa mère était Léda. Si vous avez déjà vu une œuvre représentant une femme et un cygne dans une posture très tendre, il s’agit probablement de Léda. Selon l’Encyclopaedia Britannica, cette princesse d’Étolie épouse Tyndare, puis reçoit un cygne dans ses bras, en réalité Zeus déguisé, venu la séduire. De cette rencontre naissent deux œufs contenant quatre enfants : Hélène et Pollux, issus de Zeus, ainsi que Clytemnestre et Castor, enfants mortels de Tyndare. Les anciens Grecs ne connaissaient pas la biologie moderne et croyaient à une forme de télégonie, selon laquelle un enfant pouvait, d’une certaine manière, avoir deux pères.

Hélène de Troie aurait peut-être éclos d’un œuf un peu différent

Le récit de Léda, du cygne et des œufs géants est sans doute le plus célèbre, mais il n’est ni le seul ni probablement le plus ancien. Bonne nouvelle pour qui cherche à simplifier : toutes les versions ou presque impliquent des métamorphoses en oiseaux et des naissances hors norme liées à des œufs gigantesques.

L’épopée presque entièrement perdue Cypria donne une autre origine : la mère d’Hélène serait en fait Némésis, déesse de la juste rétribution. Zeus voulut la séduire, mais elle s’enfuit en se transformant en oie. Zeus fit de même pour la poursuivre, et l’histoire prit évidemment une tournure très classique pour lui. Némésis pondit alors un œuf, transféré ensuite à Léda, qui l’éleva comme si elle découvrait un cadeau cosmique à l’intérieur d’un œuf géant.

En raison de la ressemblance entre le nom grec d’Hélène, Helene, et le mot désignant la lune, Selene, elle fut parfois associée à l’astre lunaire. Un disciple de Pythagore a même suggéré qu’Hélène était née dans une colonie lunaire avant que son œuf ne tombe sur Terre. L’idée expliquerait sa beauté surnaturelle, même si l’objection reste de taille : les habitants de la Lune seraient quinze fois plus grands que les humains.

Hélène de Troie n’était pas la seule célèbre de sa famille

Les frères et sœurs issus de l’œuf d’Hélène n’étaient pas moins fameux qu’elle. Sa sœur Clytemnestre, en particulier, occupe une place de choix dans la mythologie grecque. Elle épouse Agamemnon, roi de Mycènes et chef des armées grecques à Troie, mais leur union tourne au drame lorsque celui-ci sacrifie leur fille Iphigénie. Pendant les dix années de guerre, Clytemnestre s’unit à Égisthe et prépare le meurtre d’Agamemnon à son retour, dans la célèbre scène de la baignoire.

Le destin de Clytemnestre ne s’arrête pourtant pas là : ses enfants Oreste et Électre la vengent à leur tour, poursuivis ensuite par les terribles Érinyes, jusqu’à ce qu’Apollon et Athéna instaurent une forme nouvelle de justice, fondée non plus sur la vendetta mais sur un ordre plus stable. Toute cette lignée montre à quel point la famille d’Hélène de Troie est au cœur de la mythologie de la Grèce antique.

Ses frères Castor et Pollux, connus sous le nom de Dioscures, furent eux aussi des héros célèbres. Cavaliers, marins et athlètes remarquables, ils participèrent à plusieurs grandes aventures, dont la quête de la Toison d’or et la chasse au sanglier de Calydon. Lorsque Castor, mortel, fut tué, Pollux choisit de partager son immortalité avec lui : les deux frères alternèrent alors entre la vie et la mort. Pour les modernes, leur héritage le plus connu est peut-être leur présence dans le ciel, sous la forme de la constellation des Gémeaux.

Hélène de Troie fut enlevée par Thésée sur un simple pari

Le héros athénien Thésée est surtout célèbre pour avoir affronté le Minotaure dans le labyrinthe, mais sa vie fut remplie d’aventures bien plus étranges encore. Beaucoup de ces épisodes découlent de son amitié avec Pirithoos, roi des Lapithes, une relation faite d’exploits, de défis et d’escalades de paris presque absurdes.

Selon le mythographe Pseudo-Apollodore, après avoir massacré des centaures ivres lors d’un mariage, Thésée et Pirithoos décidèrent qu’il serait élégant d’épouser chacun une fille de Zeus. Thésée choisit Hélène, alors encore enfant, tandis que Pirithoos voulut arracher Perséphone, la reine des Enfers. Ces deux projets reposaient sur des enlèvements et constituaient, sans surprise, d’excellentes recettes pour le désastre.

Thésée emmena donc la jeune Hélène hors de Sparte et la confia à sa mère pendant qu’il descendait avec Pirithoos aux Enfers. Les deux rois y restèrent prisonniers un temps dans une chaise magique entourée de serpents ; Thésée fut finalement délivré par Héraclès, non sans perdre un morceau de cuisse, tandis que Pirithoos n’eut pas cette chance. Pendant ce temps, Castor et Pollux menèrent une expédition contre Athènes, récupérèrent leur sœur Hélène et ramenèrent aussi la mère de Thésée à Sparte, réduite en esclavage.

Les rois de Grèce durent promettre de ne pas tuer le mari d’Hélène de Troie

Lorsque Hélène fut enfin en âge de se marier, Tyndare se trouva face à un problème redoutable : comment choisir l’époux de la plus belle femme du monde ? Les prétendants étaient nombreux et prestigieux : Diomède, les deux Ajax, Philoctète, Patrocle, Ménélas et bien d’autres encore. Tyndare craignait à juste titre que favoriser l’un d’eux ne déclenche des violences réelles entre armées rivales.

Heureusement pour lui, l’un des prétendants était Ulysse, l’homme le plus rusé de Grèce. Sachant qu’il n’avait aucune chance dans cette compétition et préférant en réalité épouser Pénélope, il proposa un arrangement connu sous le nom de serment de Tyndare. Une fois le choix fait, tous les rois présents jureraient de défendre le mari élu si quelqu’un portait atteinte à son union ou à sa vie.

L’accord conclu, Tyndare choisit Ménélas comme gendre et héritier, tout en aidant Ulysse à obtenir la main de Pénélope. C’est ce serment qui rendra possible le rassemblement de mille navires lorsque Paris emportera Hélène, et qui transformera une affaire conjugale en l’un des plus grands récits de l’histoire mythologique.

Hélène de Troie aurait peut-être été Hélène d’Égypte

Même si Hélène n’était pas née à Troie, elle s’y est bien rendue, non ? Après tout, c’est bien le cœur de cette guerre de dix ans au cours de laquelle tant de héros grecs et troyens trouvèrent la mort. Pourtant, certaines traditions anciennes affirment autre chose. Selon plusieurs auteurs, et notamment Euripide, la Hélène qui se trouvait à Troie n’était qu’une image faite de nuages, tandis que la véritable Hélène avait été emmenée en Égypte par Hermès et y avait passé toute la guerre.

Dans la pièce Hélène d’Euripide, la reine spartiate apprend que son mari Ménélas s’est noyé au retour de Troie, ce qui laisse le champ libre au roi d’Égypte. Mais un inconnu échoué sur le rivage se révèle être Ménélas lui-même. Les deux époux se retrouvent, comparent les versions de cette étrange affaire de double Hélène, puis imaginent un stratagème pour tromper le roi d’Égypte et fuir vers Sparte, tandis que Castor et Pollux, ses frères divins, apparaissent pour empêcher un meurtre familial.

Cette version paraît complètement folle, mais l’historien Hérodote affirma avoir interrogé des prêtres égyptiens qui confirmaient la présence d’Hélène en Égypte. Dans le vaste univers de la mythologie grecque, il faudra donc accepter qu’autour d’Hélène de Troie, même les certitudes s’échappent comme un rêve.

De quel côté Hélène de Troie se trouvait-elle ?

L’un des grands désaccords entre les auteurs anciens concerne la loyauté d’Hélène. Si elle avait été enlevée contre son gré par Pâris, il serait logique qu’elle souhaite la victoire des Grecs pour retrouver Ménélas et leur fille Hermione. En revanche, si elle aimait réellement Pâris — par sentiment personnel ou sous l’influence d’Aphrodite — il serait compréhensible qu’elle veuille rester à Ilium, derrière les hautes murailles de la ville.

Dans l’Odyssée, Homère raconte qu’Hélène tenta de démasquer la ruse du cheval de Troie en tournant autour de l’objet et en imitant les voix des épouses des chefs grecs afin de les pousser à répondre. La ruse faillit réussir, mais Ulysse comprit ce qu’elle faisait et ordonna de faire taire ceux qui auraient pu se trahir.

Virgile, de son côté, affirme qu’Hélène resta fidèle aux Grecs. Dans le livre VI de l’Énéide, le fantôme de Déiphobe — prince troyen et troisième mari d’Hélène après la mort de Pâris — explique qu’elle sortit dans la ville sous prétexte d’un rite religieux seulement pour signaler la présence des Grecs cachés dans le cheval. Quoi qu’il en soit, ni Homère ni Virgile ne semblent avoir voulu laisser Hélène entièrement du côté de l’ennemi.

Hélène de Troie aurait pu être lynchée par des amateurs de cosplay

Selon plusieurs sources, dont le comédien Aristophane, Ménélas leva son épée contre son épouse infidèle lorsqu’il entra dans la Troie conquise, avant d’être désarmé par sa beauté. Dans la version la plus répandue, Hélène et Ménélas se retrouvent, se réconcilient et rentrent à Sparte, où Télémaque, le fils d’Ulysse, les croise dans l’Odyssée lors de sa quête de nouvelles sur son père. Ils vivraient ensuite ensemble, mourraient ensemble et seraient enterrés ensemble, dans une fin presque apaisée.

Mais le géographe Pausanias rapporte une tout autre tradition, transmise par les habitants de l’île de Rhodes. Selon eux, après la mort de Ménélas, Hélène fut chassée de Sparte par les fils de celui-ci, qui n’étaient pas aussi ses fils, puis se réfugia chez une amie à Rhodes. Ce qu’elle ignorait, c’est que cette « amie » lui imputait la mort de son propre mari, tombé dès le premier jour de la guerre de Troie.

La reine de Rhodes attendit que Hélène se baigne, puis envoya ses servantes déguisées en Érinyes, les démons de la vengeance. Avec de fausses ailes de chauve-souris, des masques de chien et des perruques de serpents, elles la saisirent hors de l’eau et la pendirent à un arbre, où elle mourut pour de bon — sans le moindre effet de hologramme cette fois.

Hélène de Troie fut honorée comme une déesse

Parce qu’elle était à la fois fille semi-divine de Zeus et épouse d’un roi légendaire, et parce qu’elle a peut-être d’abord existé comme une déesse avant d’être progressivement « abaissée » au rang d’héroïne mythique, Hélène de Troie fut honorée dans plusieurs régions de la Grèce antique. Son culte révèle combien l’histoire d’Hélène dépasse le simple cadre du récit guerrier pour rejoindre celui de la religion, des rituels et des croyances locales.

L’un de ses principaux sanctuaires était partagé avec Ménélas. D’après l’université de Warwick, le Menéléeion se trouvait à l’est de Sparte, dans la zone de Thérapné. Bien qu’il ait fini par être considéré comme le lieu de sépulture du couple légendaire, certains chercheurs pensent qu’il aurait d’abord été consacré à Hélène seule, vénérée comme déesse de la fertilité, avant que Ménélas ne soit associé plus tard au culte. Dans la région de Sparte, le culte d’Hélène se liait aussi à la gymnastique féminine et aux danses chorales.

Pausanias rapporte que les Rhodiens honoraient Hélène comme une déesse de la fertilité sous le nom d’Hélène Dendritis, « Hélène des arbres », avec pour sanctuaire l’arbre même où elle aurait été pendue. Il raconte aussi qu’un temple de l’acropole de Sparte conservait des fragments de coquille d’œuf attachés par un ruban, considérés comme les restes de l’œuf dont Hélène et ses frères et sœurs seraient sortis. Pausanias précise même qu’il s’était rendu sur place pour les voir de ses propres yeux.

Comment peindre la plus belle femme du monde ?

Si vous avez déjà tenté une œuvre de création — qu’il s’agisse d’une sculpture, d’une chanson ou d’un article d’histoire — vous avez sans doute ressenti la pression de donner forme à une image parfaite. Imaginez alors ce que signifiait peindre la plus belle femme ayant jamais vécu. C’est la mission qu’on confia au peintre grec Zénuxis, chargé d’imaginer Hélène de Troie pour décorer un temple d’Héra.

Vous connaissez peut-être Zénuxis pour l’histoire du concours de peinture où il représenta des raisins si réalistes que des oiseaux tentèrent de les picorer. Il demanda ensuite à son rival de tirer le rideau couvrant son tableau, avant de découvrir que le rideau était lui-même la peinture. Le premier tableau trompa des oiseaux, le second trompa un grand peintre : voilà pourquoi Zénuxis est resté dans la mémoire comme l’homme des raisins.

Selon une recension du College Art Association consacrée à un ouvrage sur le sujet, Zénuxis répondit à sa commande en affirmant que la perfection ne se trouvait pas dans la nature, et qu’aucun modèle unique ne convenait pour représenter Hélène. Il réunit donc cinq jeunes femmes, en combinant leurs plus beaux traits pour composer une seule figure, comme une sorte de Voltron érotique de l’Antiquité. La scène de Zénuxis choisissant ses modèles est elle-même devenue, à l’époque moderne, un motif artistique célèbre.

Hélène de Troie passe au système métrique

En 1604, le dramaturge anglais Christopher Marlowe écrivit une phrase sur Hélène de Troie devenue plus célèbre que bien des vers d’Homère. Dans Doctor Faustus, un démon prend les traits de la légendaire beauté et Faustus s’exclame : « Was this the face that launched a thousand ships? » Cette formule s’inspire des Dialogues des morts de Lucien de Samosate, mais elle est entrée si profondément dans la culture qu’on oublie souvent son origine précise.

Cette phrase a même servi de point de départ à l’une des plaisanteries les plus connues liées au système métrique. Comme le rappelle le blog Back of the Cereal Box, l’idée d’une unité de beauté fondée sur Hélène de Troie est souvent attribuée à Isaac Asimov, même si le mathématicien W. A. H. Rushton reçoit parfois le mérite. Si un Helen représente la quantité de beauté nécessaire pour lancer 1 000 navires, un milliHelen correspond à la beauté suffisante pour lancer un seul navire.

Vous tenez ainsi une mesure imaginaire, mais savoureuse, pour complimenter les esprits curieux et les amoureux de mythologie grecque. Dans l’histoire culturelle d’Hélène de Troie, même une plaisanterie scientifique finit par rejoindre la légende.

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