Science
Des gens vivent-ils vraiment en Antarctique ?
Fatigué de vivre toujours au même endroit, à revoir les mêmes paysages jour après jour ? Il existe pourtant un continent presque entièrement inhabité, loin de tout, où l’on peut réellement s’installer pour un temps : l’Antarctique. C’est la terre la plus australe de la planète, si froide qu’elle dépasse même l’imaginaire du pôle Nord, souvent associé à l’Arctique. Dans ce décor extrême, la vie humaine n’est pas impossible, mais elle reste exceptionnelle et étroitement liée à la recherche scientifique.

En réalité, des personnes vivent bien en Antarctique, au sens strict du terme. Le CIA World Factbook indique qu’environ 4 400 personnes y séjournent pendant l’été austral, et qu’un quart d’entre elles, soit environ 1 100 personnes, y restent durant l’hiver. Il n’existe évidemment pas de population autochtone antarctique : ce sont donc presque exclusivement des chercheurs, des scientifiques et du personnel de soutien, tous mobilisés autour de la science en Antarctique.
Si l’on veut passer du temps sur ce continent glacé, deux possibilités existent. La première consiste à consacrer une grande partie de sa vie à la recherche scientifique, puis à postuler via une organisation comme le United States Antarctic Program (USAP), qui emploie environ 3 000 personnes par an. Toutes participent soit à des travaux de recherche, soit à l’appui logistique nécessaire aux scientifiques.
La seconde option, si l’on souhaite seulement voir l’Antarctique, passe par des vols d’observation autorisés au-dessus du continent. Une société comme Antarctica Sightseeing Flights en Australie a obtenu l’approbation des pays signataires du Traité sur l’Antarctique pour organiser ces survols. Cela permet d’approcher visuellement ce territoire unique, sans pour autant y vivre durablement.
Mais même pour ceux qui y séjournent, la vie quotidienne en Antarctique reste rude. Le USAP mentionne une température moyenne annuelle de zéro degré Fahrenheit, avec des minimales pouvant descendre jusqu’à -58 degrés Fahrenheit en hiver. Le froid n’est pas le seul défi : les conditions météorologiques peuvent isoler les bases pendant des jours, des semaines, voire des mois, comme le raconte aussi un article de The Atlantic.
L’isolement pèse également sur le moral. Plusieurs bases ne comptent qu’un petit nombre d’occupants, appelés à cohabiter en permanence, dans un environnement fermé et exigeant. Cette promiscuité peut provoquer des tensions, voire des drames. Selon Smithsonian, un chercheur russe a attaqué un collègue en 2018 lors d’une crise émotionnelle à la station Bellingshausen, sur l’île du Roi-George, et a ensuite été accusé de tentative de meurtre après l’avoir poignardé, bien que la victime ait survécu.
L’article précise aussi que le vol de biens reste rare, simplement parce qu’il n’y a pas grand-chose à dérober. En revanche, l’alcool pose problème et alimente parfois les conflits. Ainsi, si l’on peut bien vivre en Antarctique au sens technique du terme, ce continent n’offre pas des conditions de vie confortables. Son environnement intact et spectaculaire semble bien mieux convenir aux manchots qu’aux humains.
