Rien ne laissait présager le succès fulgurant de « Murder Most Foul », l’œuvre épique de Bob Dylan parue en 2020. Avec une durée frôlant les 17 minutes, ce titre s’impose comme le plus long de l’immense répertoire du prix Nobel de littérature. Il s’agissait de sa première composition originale en huit ans, l’artiste s’étant longuement consacré à l’interprétation de standards américains après la sortie de son album « Tempest » en 2012. Malgré des millions d’albums vendus au cours de sa carrière, Dylan n’avait jamais atteint la première place d’un classement Billboard avant ce coup d’éclat réalisé à l’âge de 78 ans.

Un record historique pour une icône de la folk
Cette sortie surprise s’est hissée au sommet du classement Billboard Rock Digital Song Sales, portée par plus de 10 000 téléchargements dès sa première semaine. Bien qu’il bénéficie d’un immense respect critique et d’une base de fans dévoués, Bob Dylan n’avait jamais accompli un tel exploit avec un single auparavant. Dans les classements pop, il avait atteint la deuxième place à deux reprises : une première fois en 1965 avec « Like a Rolling Stone », puis en 1966 avec « Rainy Day Women #12 & 35 ». Bien que « Murder Most Foul » ne soit pas un titre formaté pour les radios commerciales, cette performance souligne l’influence persistante de l’artiste.
Un chef-d’œuvre de fin de carrière
Le titre de la chanson, emprunté au « Hamlet » de Shakespeare, a reçu un accueil enthousiaste de la part du public et de la critique. Publié au début de la pandémie de COVID-19, alors que Dylan devait interrompre sa célèbre tournée « Never Ending Tour », le morceau a été présenté comme ayant été enregistré il y a un certain temps. Ce décalage temporel a permis d’éviter une association directe avec l’actualité sanitaire immédiate, bien que certains auditeurs y aient vu des parallèles involontaires.
Plutôt que le présent, « Murder Most Foul » explore le passé. Dylan s’intéresse ici à l’assassinat du président John F. Kennedy en 1963, un événement charnière de l’histoire américaine et de la décennie à laquelle le chanteur est le plus souvent associé. Sur un accompagnement de violoncelle, de piano et de percussions, l’artiste dissèque les répercussions de ce meurtre. Il entremêle des références à la culture populaire et d’autres moments sombres de l’histoire pour illustrer la résilience de l’Amérique face à son passé sanglant.
Considéré comme l’un de ses textes les plus poétiques et allusifs, le morceau clôture son album studio acclamé, « Rough & Rowdy Ways ». Il continue de susciter l’intérêt des spécialistes de l’œuvre de Dylan, qui tentent encore d’en décrypter toutes les subtilités, signe indéniable d’un futur classique de son répertoire.
