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Il est rare que les auditeurs se lassent de leurs morceaux préférés. Qu’on les écoute une ou vingt fois, le plaisir reste intact. Pourtant, les musiciens n’entretiennent pas toujours le même lien affectif avec leurs créations. Il n’est pas rare qu’ils finissent par mépriser certains de leurs plus grands succès, que ce soit dès leur sortie ou avec le temps.
C’est un véritable paradoxe : ces titres sont souvent ceux qui génèrent le plus de revenus et propulsent les artistes au sommet de la culture populaire. Cependant, à force de les composer en studio ou de les interpréter inlassablement en tournée, certains musiciens développent une relation complexe avec leur propre œuvre. Voici un tour d’horizon de ces artistes qui ne supportent plus leurs tubes planétaires.
Liam Gallagher d’Oasis — Wonderwall
Dès que l’on évoque Oasis, le titre « Wonderwall » vient immédiatement à l’esprit. Véritable hymne des années 90, cette chanson est devenue le morceau le plus célèbre du groupe. Pourtant, ne comptez pas sur Liam Gallagher pour en faire l’éloge. Connu pour son franc-parler brutal, le chanteur a un jour avoué être physiquement dégoûté à l’idée de l’interpréter.
En 2008, lors de la promotion de l’album « Dig Out Your Soul », il confiait à MTV News : « Je ne supporte pas cette chanson ! Chaque fois que je dois la chanter, j’ai envie de vomir. Le problème, c’est que c’était un énorme tube pour nous ». Si son avis semble s’être légèrement adouci avec le temps, il qualifiait encore le morceau de simplement « correct » en 2022.
Robert Plant de Led Zeppelin — Stairway to Heaven
Considérée comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre du rock, « Stairway to Heaven » possède une structure et des paroles poétiques que beaucoup de groupes envieraient. Pourtant, Robert Plant, le chanteur de Led Zeppelin, ne partage pas cet enthousiasme. Dès 1988, il expliquait au Los Angeles Times qu’il aurait « de l’urticaire » s’il devait chanter ce titre à chaque concert.
S’il reconnaît l’importance du morceau au moment de sa création en 1971, Plant estime qu’il appartient à une époque révolue. En 2024, il réitérait que ces paroles étaient celles d’un jeune homme de 23 ans et qu’elles ne résonnaient plus de la même manière pour lui aujourd’hui.
Thom Yorke de Radiohead — Creep

Le titre « Creep », sorti en 1993, est devenu malgré lui l’hymne de toute une génération. Pourtant, Thom Yorke a exprimé très tôt son malaise face au succès fulgurant de cette chanson. Il avouait à l’époque ne pas être satisfait des paroles, les jugeant médiocres, et avait l’impression que le groupe jouait une reprise tant le morceau ne lui semblait plus appartenir.
Pendant des années, Radiohead a craint d’être défini uniquement par ce single. Le groupe a même envisagé de se séparer avant de réussir à prouver qu’il était capable de produire des œuvres bien plus complexes et variées.
Kurt Cobain de Nirvana — Smells Like Teen Spirit
Le regretté leader de Nirvana n’était pas non plus un grand fan de « Smells Like Teen Spirit ». Son principal grief ? Le fait que cette chanson occulte tout le reste de la discographie du groupe. Cobain estimait que le public réagissait massivement au morceau simplement parce qu’il passait en boucle sur MTV.
Il portait un regard sévère sur la composition elle-même, la qualifiant de « riff cliché » et admettant qu’il essayait simplement de copier le style des Pixies au moment de l’écriture. Il lui arrivait même de peiner à terminer la chanson lors de certaines performances en direct.
Ann Wilson de Heart — All I Wanna Do Is Make Love to You
Bien que ce titre ait été un immense succès commercial pour Heart en 1990, atteignant la deuxième place des classements, Ann Wilson a souvent exprimé son mépris pour cette chanson. Le texte raconte l’histoire d’une femme qui séduit un inconnu pour tomber enceinte.
Wilson a expliqué qu’elle se voyait comme une conteuse et qu’elle ne pouvait pas interpréter de manière convaincante des paroles auxquelles elle ne croyait pas. Elle trouvait notamment que le texte original dévalorisait l’homme dans l’histoire. Elle a longtemps refusé de chanter ce titre sur scène avant de le réintroduire avec des paroles modifiées.
Chino Moreno de Deftones — Back to School
L’histoire de « Back to School » est celle d’une pression commerciale. Après la sortie de l’album culte « White Pony », la maison de disques a exigé un single plus formaté pour la radio. Chino Moreno a alors retravaillé le morceau « Pink Maggit » pour en faire une version plus nu-metal.
Le chanteur a qualifié plus tard cette décision d’erreur, se traitant lui-même d’idiot pour avoir cédé à la demande du label. Selon lui, la chanson a été calculée avec un seul objectif : devenir un succès commercial, ce qu’il regrette amèrement.
Lemmy de Motörhead — Ace of Spades
Incontournable du rock des années 80, « Ace of Spades » est le morceau indissociable de Motörhead. Pourtant, Lemmy Kilmister a fini par s’en lasser. Dans ses mémoires, il écrivait être « malade à en mourir » de ce titre.
Bien qu’il reconnaisse les qualités de la chanson, il regrettait que les fans ne pensent qu’à ce morceau alors que le groupe avait sorti de nombreux autres albums de qualité par la suite. Par respect pour son public, il a continué à la jouer chaque soir, tout en admettant personnellement qu’il en avait assez.
- Jonathan Davis (Korn) : Regrette « All in the Family », qu’il juge horrible et de mauvais goût.
- Graham Coxon (Blur) : Détestait le clip de « Country House » pour son imagerie sexiste.
- Pete Townshend (The Who) : Considère « Pinball Wizard » comme l’une de ses écritures les plus maladroites, écrite initialement pour séduire un critique fan de flipper.
- Jani Lane (Warrant) : A longtemps détesté « Cherry Pie », un morceau écrit en urgence pour satisfaire les exigences commerciales de son label.
