* Histoire
Cet acteur a bien failli devenir le vice-président de George H.W. Bush
Par Scott Williamson — Mis à jour le 5 février 2023 à 11 h 29 EST

Ces dernières décennies, la politique américaine a souvent vu des célébrités franchir la frontière entre notoriété publique et pouvoir, un passage devenu particulièrement visible dans le camp républicain. Avant même son entrée en politique, Donald Trump était déjà connu du grand public grâce aux tabloïds. Bien avant lui, Ronald Reagan avait ouvert la voie : acteur célèbre devenu gouverneur de Californie puis président des États-Unis. Arnold Schwarzenegger a lui aussi suivi une trajectoire comparable, avec une carrière politique en Californie marquée par un succès réel, malgré des scandales ultérieurs.
En 1988, George H. W. Bush, alors vice-président et candidat à la Maison-Blanche, a failli ajouter un nouveau nom célèbre à cette tradition. Selon l’ancien secrétaire d’État James Baker, interrogé par ABC, Clint Eastwood figurait parmi les prétendants envisagés pour la vice-présidence. À première vue, ce choix pouvait ressembler à une simple opération de communication, motivée par la seule force du nom. Mais Bush s’appuyait aussi sur un argument plus concret : l’expérience politique brève, mais remarquée, de Clint Eastwood comme maire républicain en 1986.
À Carmel, en Californie, Clint Eastwood s’était montré efficace dans ses fonctions. Il y avait défendu des politiques environnementales et soutenu l’extension des services publics, ce qui avait renforcé son image d’élu pragmatique. Dans le contexte de l’histoire politique américaine, cette candidature potentielle prend donc une autre dimension : elle ne reposait pas seulement sur la célébrité, mais aussi sur un profil capable de surprendre par sa diversité.

Si George H. W. Bush avait été davantage tenté par cette option, que serait-il advenu d’un Clint Eastwood à un pas de la présidence ? Beaucoup se souviennent de son intervention à la convention républicaine de 2012, lorsqu’il s’adressa à un fauteuil vide censé représenter Barack Obama. La séquence, largement moquée, avait suscité des interrogations sur son état d’esprit. Pourtant, en 2016, l’acteur a reconnu regretter cet épisode, rappelant combien son identité politique a évolué avec le temps.
Son positionnement, autrefois associé au Parti républicain lorsqu’il était maire, s’est progressivement transformé en une sensibilité libertarienne : conservatrice sur le plan économique, plus libérale sur le plan social. Il a soutenu John McCain, a entretenu des relations cordiales avec Barack Obama pendant un temps, puis a exprimé de l’optimisme au sujet de la première campagne de Donald Trump avant de s’en éloigner en 2020 en soutenant Michael Bloomberg, déçu par la gestion de Trump. Cette trajectoire illustre une figure politique difficile à enfermer dans une seule étiquette.
Dans cette perspective, si Clint Eastwood avait accepté en 1988, sa capacité à naviguer entre des sensibilités de droite et de gauche aurait peut-être influencé le débat public américain d’une manière plus nuancée. Cette hypothèse demeure bien sûr spéculative, mais elle nourrit un épisode fascinant de l’histoire politique des États-Unis, où le destin d’un acteur et celui d’une élection ont brièvement semblé pouvoir se rejoindre.
