Un signal radio étrange ne s’explique toujours pas près du centre de la Voie lactée

Un signal radio étrange ne s’explique toujours pas près du centre de la Voie lactée

Six détections entre janvier et septembre 2020, un signal plus brillant qu'une étoile, plus irrégulier qu'un pulsar, sans contrepartie en X ni en infrarouge. L'identification reste ouverte.

Antennes du radiotélescope australien ASKAP, dans l’ouest de l’Australie, avec la Voie lactée en arrière-plan
Les antennes du radiotélescope australien ASKAP, à l’observatoire de Murchison, pointées vers le centre de la Voie lactée. Crédit : Alex Cherney / CSIRO.

Au début de l’année 2020, un radiotélescope australien a enregistré à six reprises, près du centre de la Voie lactée, une source qui s’allume et s’éteint sans rythme clair. Quatre ans après les premières données, les auteurs d’une étude publiée en 2024 dans The Astrophysical Journal et relayée cet été par BBC Sky at Night Magazine affirment n’avoir toujours pas trouvé d’explication.

L’objet s’appelle ASKAP J173608.2-321635. Il a été détecté pour la première fois en janvier 2020, puis retrouvé à plusieurs reprises jusqu’en septembre de la même année, par le relevé VAST (Variables and Slow Transits) du radiotélescope ASKAP, opéré par l’agence scientifique australienne CSIRO dans l’ouest du pays. « C’est l’une des sources les plus variables que nous ayons vues dans ce relevé », explique au magazine britannique Ziteng Wang, doctorant à l’Université de Sydney et auteur principal de l’analyse.

Trois étrangetés empilées qui ne collent à aucun objet connu

Ce qui frappe les radioastronomes n’est pas la découverte d’un signal de plus : les sursauts et les pulsars sont détectés en continu. C’est la combinaison de trois propriétés rares dans le même objet.

Le signal est très polarisé. Sur des milliers de sources détectées dans le relevé, seule une dizaine présentait cette caractéristique. « C’est comme si la source émettait sa lumière à travers un filtre polarisant », illustre Ziteng Wang. Cette signature revient chez certains pulsars et magnétars, mais elle est rare ailleurs.

Son intensité change sans périodicité nette. Le signal peut chuter en une journée, ou rester brillant pendant plusieurs semaines, sans cycle prévisible. « Nous ne savons pas quand la source redeviendra brillante. C’est gênant », reconnaît l’équipe, qui n’a pu programmer de suivi qu’au hasard de ces réveils.

Il n’a pas de contrepartie dans les autres longueurs d’onde. Les chercheurs ont pointé vers la position les radiotélescopes Parkes et MeerKAT pour chercher des pulsations courtes, et les satellites Neil Gehrels Swift et Chandra ainsi que le télescope optique Gemini pour des émissions X ou infrarouges. Aucune ne correspond. Pour un pulsar ou un magnétar actifs, cette absence serait inattendue.

Ce que les chercheurs ont éliminé

Dans un article publié dans The Astrophysical Journal, Ziteng Wang et ses coauteurs passent en revue les explications classiques. Une étoile variable aurait un signal polarisé et variable, mais le « nouveau » objet est bien trop brillant en radio pour l’être : les étoiles connues de cette catégorie n’atteignent pas ce niveau. Un pulsar classique émettrait des impulsions brèves régulières, qui n’ont pas été vues. Un magnétar, lui, presque toujours détectable en X, ne l’a pas été non plus. Une étoile à flare (sursaut), comme le système EV Lac, suit des hausses bien identifiées ; ce n’est pas le cas ici.

Les chercheurs examinent aussi l’hypothèse d’un GCRT, un « transitoire radio du centre galactique » : une catégorie d’objets eux-mêmes non identifiés, qui s’allument et s’éteignent près du cœur de la galaxie, sans équivalent en X ni en lumière visible. Le signal d’ASKAP partage leurs caractéristiques, mais sa « fenêtre » d’activité, plus longue que ce qui est habituellement observé pour les GCRTs, laisse les auteurs prudents : « Nous ne savons même pas si tous les GCRTs partagent une origine commune, donc il est difficile de conclure. »

Une famille qui s’éclaircit, sans livrer tous ses secrets

Depuis la publication initiale, la famille des transients radio longs (long-period radio transients) s’est étoffée : une douzaine de cas aujourd’hui, dont la diversité semble plus grande que ce qu’on imaginait. En juin 2026, une équipe internationale également menée depuis l’Université de Sydney a annoncé dans Nature Astronomy avoir résolu l’un d’entre eux. ASKAP J1745−5051, un autre signal capté par ASKAP, s’est révélé provenir d’une naine blanche arrachant de la matière à une étoile compagne plus petite — une « variable cataclysmique » — selon un cycle qui se répète toutes les 1,4 heures. C’est la première identification confirmée de cette catégorie.

Ce résultat, promu par le CSIRO, ne rend pas compte pour autant de ASKAP J173608.2-321635 : le signal n’a pas la même périodicité, ni la même signature de mécanisme d’accrétion, et aucune contrepartie optique ou X n’y a été trouvée. Les chercheurs restent donc face à un objet qui ne ressemble qu’à lui-même, dans une famille dont on commence tout juste à reconnaître les contours. Toujours sur le calendrier des grands relevés observationnels, le dossier DESI publié par Obscura le 3 juillet 2026 (Détection d’anisotropies cosmiques à l’échelle du gigaparsec) complétait la même semaine la carte des structures à très grande échelle.

Le Square Kilometre Array en ligne de mire

L’article de BBC Sky at Night Magazine souligne que le futur Square Kilometre Array (SKA), en construction en Australie et en Afrique du Sud, sera particulièrement adapté pour traquer ce type de signal. Sa sensibilité doit permettre de détecter davantage d’épisodes, de préciser les temps d’allumage et d’extinction, et de cartographier la position avec la précision nécessaire pour qu’un télescope optique puisse identifier une contrepartie éventuelle lorsque la source se réveille.

En attendant, l’équipe de Ziteng Wang continue à observer ASKAP J173608.2-321635 chaque fois que la source se rallume et à mobiliser d’autres instruments quand c’est possible — sans calendrier, puisque personne ne sait commander le prochain flash. Pour citer l’article original : « it is troublesome ».

Ce que cet article montre, en pratique

  • Un signal radio peut rester non identifié pendant plusieurs années, même avec plusieurs radiotélescopes, deux observatoires X et un télescope infrarouge pointés dessus. Les limites sont observationnelles : on ne détecte rien tant que la source est en sommeil.
  • La catégorie des transients radio longs, connue depuis peu, continue d’élargir la liste des objets que le « catalogue classique » ne sait pas classer. Les solutions avancées pour les uns (naines blanches accrétantes) ne s’appliquent pas mécaniquement aux autres.
  • L’identification scientifique d’un objet atypique dépend d’un travail de longue haleine, alliant relevé systématique, observations ciblées multi-longueurs d’onde et instruments de nouvelle génération. Aucun communiqué n’aura raison de cette chronologie.

Sources

  • Ziteng Wang et al., étude originale sur ASKAP J173608.2-321635, The Astrophysical Journal, 2024 ; compte rendu vulgarisé et entretien avec l’auteur publiés dans « Scientists have detected strange radio signals beaming out from the heart of our Galaxy », BBC Sky at Night Magazine, 1er juillet 2026 — skyatnightmagazine.com.
  • Kovi Rose et al., identification d’ASKAP J1745−5051, Nature Astronomy, juin 2026 ; communiqué institutionnel « Student astronomer discovers ‘Rosetta stone’ for mysterious cosmic signals », CSIRO, juin 2026 — csiro.au.
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