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Tout au long des années 1970, puis après d’inattendues retrouvailles au milieu des années 1990, The Eagles ont enregistré une quantité impressionnante de musique. Si de nombreux morceaux sont devenus d’immenses succès, d’autres sont restés dans l’ombre. En fusionnant la country, le folk et l’Americana avec le rock, le groupe a profondément influencé le paysage musical de la décennie grâce à un son unique, imprégné d’une atmosphère détendue typique de la côte ouest américaine.

Aujourd’hui encore, il suffit de se brancher sur une station de radio dédiée au classic rock pour entendre l’un de leurs tubes incontournables des années 70, à l’image de « Take It Easy », « Witchy Woman », « One of These Nights », « Hotel California » ou encore « Heartache Tonight ».
Véritable supergroupe, The Eagles s’appuyait sur la contribution de chacun de ses membres pour l’écriture des chansons. Cette dynamique a engendré une tension créative qui a finalement conduit à la séparation de la formation en 1980, mais elle a également permis la création d’un vaste répertoire. Voici quelques morceaux méconnus qui illustrent parfaitement l’esprit country-rock du groupe. Bien qu’ils n’aient pas rencontré le succès à leur sortie ou qu’ils n’aient jamais été diffusés à la radio, ils mériteraient largement leur place sur une compilation des plus grands succès.
Outlaw Man
Le deuxième opus du groupe, « Desperado », sorti en 1973, est un album concept explorant le Far West et la psychologie des hors-la-loi qui l’habitaient. Contrairement à l’intemporel « Tequila Sunrise », la chanson titre, aujourd’hui célèbre et adorée, n’a jamais été choisie comme single. De son côté, « Outlaw Man » a fait un véritable flop, plafonnant à une modeste 59e place dans les classements pop.
Il est possible que les fans n’aient pas été préparés à une approche aussi audacieuse. Jusqu’alors, et tout au long de l’album « Desperado », The Eagles s’étaient positionnés comme un groupe de pop-rock doux aux accents country. « Outlaw Man », en revanche, s’inscrit pleinement dans le concept de l’album en proposant un son résolument plus rock. Le morceau se distingue par des guitares électriques saturées bien mises en avant et par la voix assurée et menaçante de Glenn Frey, qui chante à la première personne. Naviguant quelque part entre l’énergie de Led Zeppelin et la sensibilité du groupe America, « Outlaw Man » aurait tout à fait eu sa place sur un album de la fin des années 70, enregistré après l’arrivée du génie de la guitare blues, Joe Walsh.
Saturday Night
Si « Desperado » se voulait être une œuvre conceptuelle, le groupe en a perdu le fil conducteur, du moins sur le plan des paroles, avec « Saturday Night ». Alors que la majeure partie de l’album évoque la vie dans l’Ouest américain près d’un siècle plus tôt, ce titre jette un regard doux-amer sur les années 1950 et 1960, époque où les membres de la formation étaient des adolescents insouciants. Musicalement, le titre reste cohérent : il est porté par une mandoline évoquant une vieille guitare espagnole ou une musique de saloon, mais les paroles baignent dans la nostalgie.
The Eagles sont souvent associés au genre non officiel du « dad rock », ce rock classique et détendu des années 70 particulièrement apprécié par la génération des baby-boomers. Aujourd’hui, « Saturday Night » pourrait trouver un écho encore plus fort auprès de ce public qu’en 1973. Soutenu par des harmonies vocales véritablement envoûtantes, Don Henley s’interroge sur la fuite du temps. Il se demande comment il a pu devenir adulte si rapidement, alors que ses souvenirs de soirées de jeunesse, passées entre amis et petites amies, lui semblent encore si tangibles et électriques.
How Long
En 1994, après quatorze années de séparation, The Eagles se sont reformés pour la tournée et l’album live « Hell Freezes Over », au cours desquels ils ont principalement interprété leurs anciens morceaux. Il a fallu attendre 2007 pour que le groupe réunifié propose un véritable album studio, intitulé « Long Road Out of Eden ». Les chiffres de vente ont été colossaux, atteignant les 7 millions d’exemplaires, mais ils restaient relativement modestes pour un nouveau disque de l’une des formations les plus populaires de tous les temps. Ce résultat s’explique peut-être par le fait que Walmart était l’unique point de vente physique proposant l’album.
Il est impossible de savoir combien de fans n’ont même pas été informés de cette sortie. Ce problème a été aggravé par le fait que le titre « How Long » n’a bénéficié d’aucune diffusion majeure à la radio et n’a jamais figuré dans le classement du Hot 100. C’est d’autant plus regrettable que cette piste est un joyau typique du groupe, caché à la vue de tous.
Le morceau ne montre aucun signe de rouille, bien que les musiciens ne se soient pas retrouvés en studio depuis près de trois décennies. « How Long » donne l’impression d’entendre des professionnels chevronnés s’amuser ensemble, fiers de constater qu’ils ont toujours l’étincelle. Glenn Frey et Don Henley se partagent le chant principal : le premier conserve une voix pleine d’âme et de texture, tandis que le second atteint toujours ces notes aiguës et plaintives avec aisance. Les harmonies de l’ensemble du groupe sont d’une précision redoutable, et Joe Walsh y glisse un solo de guitare sans le moindre effort. Le résultat final rappelle incontestablement « Take It Easy », le tout premier succès du groupe paru en 1972.
