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Au fil des décennies, l’ignorance parfois surprenante du public a propulsé certains morceaux médiocres au sommet des classements. Qu’il s’agisse d’un titre décevant d’un groupe légendaire bénéficiant de son aura passée, comme les Beatles ou Chuck Berry, ou d’un gadget humoristique basé sur des jeux de mots douteux, ces succès cachent parfois une réalité moins glorieuse. Malgré leurs disques d’or ou de platine, ces chansons manquent souvent des qualités musicales que l’on attend de tels sommets.

My Ding-a-Ling – Chuck Berry
Il est surprenant de constater que le premier et unique numéro 1 de Chuck Berry n’est ni « Maybellene », ni « Roll Over Beethoven ». La légende du rock a dû attendre 1972 pour atteindre le sommet avec « My Ding-a-Ling », une chanson humoristique de bas étage. Le titre raconte l’histoire d’un petit garçon jouant avec ses clochettes, multipliant les doubles sens grivois sur ses parties génitales.
Même pour les amateurs d’humour potache, le morceau s’avère lassant, certaines versions live dépassant les quatre minutes. Cette plaisanterie douteuse est d’autant plus malaisante que Berry avait déjà eu des démêlés judiciaires pour des crimes sexuels. Un succès qui en dit plus sur les goûts changeants du public que sur le talent du musicien.
Hey Jude – The Beatles
Pour certains critiques, « Hey Jude » est une erreur impardonnable dans l’histoire du rock. Avec plus de sept minutes au compteur, c’est l’un des titres les plus longs jamais imposés aux auditeurs radio. Il dépasse même les six minutes de l’opéra rock « Bohemian Rhapsody », faisant paraître les cris de Janis Joplin à la fin de « Me and Bobby McGee » pour un simple instant.
Le plus flagrant reste que plus de la moitié de la chanson est occupée par la répétition incessante de la syllabe « na ». Il n’existe aucun consensus sur le nombre exact de fois où les Fab Four entonnent ce son, mais le résultat est perçu par certains comme un manque d’inspiration flagrant, le groupe continuant de chanter alors qu’il n’avait plus de paroles. La séparation des Beatles a peut-être sauvé l’écriture de futures chansons.
Aquarius / Let the Sunshine In – 5th Dimension
Depuis 1969, ceux qui préfèrent blâmer la lune plutôt que la réalité sociale ont leur hymne : « Aquarius / Let the Sunshine In ». Ce medley issu de la comédie musicale « Hair » est un mélange étrange de deux morceaux que les membres de 5th Dimension ont découvert par hasard. Paradoxalement, le groupe n’était même pas adepte d’astrologie.
Les paroles, évoquant la paix guidant les planètes et l’amour dirigeant les étoiles, sont aujourd’hui perçues comme particulièrement simplistes. Musicalement, la transition entre les deux chansons est brutale et manque de fluidité. Ce titre reste un exemple de l’époque « flower power » où l’optimisme béat l’emportait parfois sur la rigueur musicale.
Escape (The Piña Colada Song) – Rupert Holmes
Peu de chansons ont autant nui à la réputation d’un cocktail. Ce succès de Rupert Holmes raconte une histoire d’infidélité presque banale sur une mélodie qui rappelle la musique d’attente téléphonique. L’intrigue suit un homme, lassé de son mariage, qui répond à une petite annonce pour découvrir que sa prétendante n’est autre que sa propre femme, elle aussi en quête d’aventure.
Si l’idée se veut amusante, les échanges entre les époux révèlent des personnages peu attachants. Leurs critères de sélection, comme aimer les piña coladas ou faire l’amour sur des dunes de sable (une idée peu pratique en réalité), ne volent pas haut. Finalement, ces deux-là méritent sans doute d’être ensemble, épargnant ainsi leur médiocrité à d’autres partenaires.
Night Fever – The Bee Gees
À la fin des années 70, les Bee Gees ont dominé les classements mondiaux avec une efficacité redoutable. Pourtant, même pour leurs fans, « Night Fever » se distingue comme l’un de leurs titres les plus faibles. L’utilisation systématique du falsetto a mal vieilli et empêche toute puissance vocale ou nuance intéressante dans l’interprétation.
Les paroles confinent au non-sens total, évoquant un « feu dans l’esprit » ou le fait de « briller dans le noir ». Le morceau se termine par la répétition lancinante du titre, avant de conclure sur la phrase « Feels like forever » (On dirait que ça dure une éternité). Un sentiment que partagent volontiers ceux qui n’ont jamais succombé à la fièvre du disco.
