Religion
Pour comprendre ce que la Bible dit sur les tatouages et les piercings, il faut d’abord revenir aux grands repères moraux du christianisme. Les Dix Commandements ont beau couvrir des principes essentiels — ne pas tuer, ne pas convoiter, rester fidèle à la loi divine —, ils restent silencieux sur bien des questions du quotidien. Ils ne disent rien, par exemple, sur l’alimentation, l’habillement ou sur le fait de se faire percer le nombril sans en parler à sa mère.
C’est alors vers le Livre du Lévitique que l’on se tourne. Dans l’Ancien Testament, ce texte rassemble de nombreuses prescriptions attribuées à Dieu, comme les aliments permis, les tissus à éviter ou encore certaines pratiques corporelles. C’est là que se trouve le passage le plus souvent cité dans les débats sur les tatouages et les piercings : en Lévitique 19:28, il est écrit : « Vous ne ferez point d’incisions dans votre chair pour un mort, et vous n’imprimerez point de figures sur vous. » Selon les traductions, la formulation varie légèrement, mais l’idée générale reste la même : les marques corporelles sont présentées de manière très défavorable.

Mais pour aller plus loin que cette lecture directe, il faut replacer le texte dans son contexte historique. Le mot « tatouage » n’apparaît pas dans les versions anciennes de la Bible, car il n’est entré que beaucoup plus tard dans la langue européenne. Il a été popularisé au XVIIIe siècle, depuis des langues polynésiennes, notamment grâce aux récits liés au capitaine Cook. Dans la Nouvelle Version Internationale, publiée en 1978, le même verset est rendu par : « Ne coupez pas votre corps pour les morts et ne marquez pas votre peau de tatouages. » Cette version moderne visait à rendre le texte plus accessible aux lecteurs contemporains, même si elle a suscité des critiques au fil du temps.
Le débat ne s’arrête pas là. Dans Ézéchiel 16, Dieu évoque des signes de parure corporelle, en disant : « Je mis un anneau à ton nez, des boucles à tes oreilles et une couronne magnifique sur ta tête. » Faut-il y voir une approbation divine du piercing au septum ? Certains pourraient le croire. Le même chapitre suggère aussi qu’un nouveau-né non frotté de sel serait le signe d’un parent négligent, preuve que les prescriptions bibliques peuvent surprendre par leur logique culturelle.

En réalité, la Bible a été rédigée sur plusieurs générations et reflète des époques, des traditions et des sensibilités différentes. Il n’est donc pas étonnant d’y trouver des points de vue parfois contradictoires sur les tatouages et les piercings, comme sur bien d’autres sujets de religion. Cela amène une question plus large : suivre strictement chaque règle biblique suffit-il à définir ce qu’est un bon chrétien ? Même certains responsables religieux rappellent que l’identité spirituelle ne se résume pas à l’apparence extérieure.
Dans un esprit plus nuancé, le pape François a d’ailleurs déclaré en mars 2018 à des personnes envisageant la prêtrise que les tatouages n’avaient rien d’effrayant et qu’ils pouvaient « signifier l’appartenance à une communauté », selon The Independent. Cette prise de position montre que, dans le monde chrétien contemporain, la question des tatouages et piercings est souvent abordée à travers le prisme de l’identité, de la foi et du lien social plutôt que par une interdiction uniforme.
Et si l’on s’interroge encore sur le sort de sa conscience, il faut bien admettre qu’il est presque impossible de respecter à la lettre toutes les prescriptions bibliques. Le Lévitique condamne aussi l’absorption de bacon, certaines coupes de cheveux, le mélange de semences dans un même champ ou encore certaines pratiques de divination. À ce rythme, mieux vaut reconnaître que la lecture de la Bible sur les tatouages et les piercings s’inscrit dans un ensemble beaucoup plus vaste de règles religieuses, parfois difficiles à appliquer dans la vie moderne.
