Crise chez Grasset : 170 auteurs quittent la maison d’édition

par Sophie
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Crise chez Grasset : 170 auteurs quittent la maison d'édition
France

La maison d’édition Grasset traverse une zone de turbulences sans précédent. À la suite du limogeage de son président Olivier Nora, plus de 170 écrivains ont signé une pétition annonçant leur départ de l’institution désormais contrôlée par le groupe de Vincent Bolloré. Si la formule « nous ne signerons pas notre prochain livre chez Grasset » semble limpide, la réalité juridique et contractuelle s’avère bien plus complexe pour ces auteurs en rupture de ban.

Un lien contractuel différent du salariat

Contrairement à une idée reçue, un auteur ne démissionne pas comme un salarié classique. Comme le rappelle l’écrivain Guillaume Dasquié, dont le prochain ouvrage est attendu pour octobre, les auteurs sont liés à leur éditeur par des contrats d’édition, souvent signés titre par titre. Cependant, le droit d’auteur français offre une protection particulière : le droit moral. Ce dernier pourrait permettre de rompre un contrat si l’on estime que la nature ou l’identité de la maison d’édition a radicalement changé.

Le sort des livres en cours d’écriture

Pour les auteurs ayant signé pour un texte non encore remis, la marge de manœuvre est réelle mais coûteuse. Ils peuvent invoquer leur droit moral pour ne pas livrer le manuscrit, à condition de rembourser l’intégralité des avances sur droits déjà perçues. Une autre solution consiste à trouver une nouvelle maison d’édition prête à racheter les droits auprès de Grasset. Toutefois, Guillaume Dasquié souligne une réalité économique difficile : peu de maisons d’édition ont les reins assez solides pour accueillir simultanément des dizaines de nouveaux auteurs et compenser les avances versées.

Le casse-tête des ouvrages déjà publiés

La situation se corse pour les livres figurant déjà au catalogue. Anthony Passeron, auteur du roman « Jacky », exprime son souhait de récupérer son texte et de le voir disparaître du catalogue de Grasset. Pour lui, le départ des auteurs doit s’accompagner de celui de leurs œuvres. Cette vision n’est pas partagée par tous, notamment pour des raisons de conservation de l’œuvre et de complexité juridique.

Sandrine Treiner, aujourd’hui directrice éditoriale chez Flammarion et autrice chez Grasset, plaide pour une approche plus nuancée. Elle suggère un accord collectif qui permettrait de sauvegarder le passé tout en actant une rupture franche avec la direction actuelle. Pour une maison d’édition, le « fonds » (les livres déjà publiés) représente une ressource vitale, rendant le retrait massif d’ouvrages difficilement envisageable pour l’entreprise.

Vers une clause de conscience pour les auteurs ?

Face à cette crise, une proposition émerge des discussions entre signataires : la création d’une clause de conscience pour les écrivains. Ce dispositif, qui existe déjà pour les journalistes, permet de quitter un média avec des indemnités en cas de changement de ligne éditoriale ou de propriétaire. L’écrivaine Laure Limongi estime que la situation actuelle impose des transformations majeures dans la structure des contrats d’édition.

Au-delà des enjeux idéologiques et financiers, les auteurs insistent sur l’impact humain de leur décision. Guillaume Dasquié rappelle que les écrivains entretiennent des liens profonds et durables avec les équipes éditoriales. Le départ massif des signatures phares fragilise directement les salariés qui œuvrent quotidiennement au sein de la maison Grasset.

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