Sommaire
Les Red Hot Chili Peppers comptent parmi les groupes les plus singuliers à avoir conquis le grand public. Formé à Los Angeles en 1983, le groupe s’est imposé comme un pionnier du rap rock et du funk metal, avant de rejoindre le cercle fermé des plus grands noms du rock mondial. Pourtant, cette ascension s’est faite au prix de luttes personnelles et professionnelles si lourdes qu’elles auraient pu briser des formations bien moins solides.
Au-delà de leur énergie scénique, de leurs morceaux souvent ensoleillés et de leur image décontractée, l’histoire des Red Hot Chili Peppers est traversée par la трагédie, la douleur et la mort. Derrière le succès, chacun des membres a dû affronter ses propres démons, tout en portant le poids de crises collectives qui ont marqué la trajectoire du groupe. Voici l’histoire tragique des Red Hot Chili Peppers.
La mort du guitariste Hillel Slovak

Pour beaucoup de fans, les Red Hot Chili Peppers se résument à Anthony Kiedis au chant, Michael « Flea » Balzary à la basse, Chad Smith à la batterie et, selon les périodes, à un guitariste qui change. De John Frusciante à Dave Navarro, puis de nouveau Frusciante, avant Josh Klinghoffer et d’autres noms moins connus, les guitaristes ont souvent occupé une place mouvante dans l’histoire du groupe. Mais aucun récit ne pèse autant que celui de Hillel Slovak, sans doute la plus tragique des figures liées à la guitare chez les Red Hot Chili Peppers.
En 1988, Hillel Slovak, alors âgé de 26 ans, est retrouvé sans vie dans son appartement. La cause du décès est une overdose d’héroïne. Sa disparition bouleverse profondément le groupe, car Slovak n’était pas seulement un membre fondateur : il avait aussi façonné l’identité musicale des débuts. Son jeu funk-rock a contribué à définir le son des Red Hot Chili Peppers, et Jack Irons, le batteur originel, quitte d’ailleurs le groupe peu après sa mort. Flea a lui-même confié avoir commencé la basse à la demande de Slovak, preuve de l’influence immense qu’il exerçait sur ses proches.
Flea et la crise des opioïdes

En 2018, Flea a pris la plume dans Time pour dénoncer la crise des opioïdes. Ce texte naissait d’une expérience intime : après s’être cassé le bras en snowboard, il a dû être opéré, puis a reçu un traitement à base d’OxyContin. Si le musicien a remercié son médecin d’avoir restauré sa capacité à jouer, il a aussi raconté comment cette prescription l’avait plongé dans un état de vide émotionnel et de dépression.
Le traitement recommandé était en réalité de quatre comprimés par jour, alors qu’un seul suffisait à calmer la douleur. Flea a choisi de limiter volontairement sa consommation et d’arrêter après un mois, tout en reconnaissant qu’il aurait facilement pu obtenir un renouvellement. Cette prise de parole visait à alerter sur la facilité avec laquelle des médicaments puissants peuvent conduire à la dépendance, voire à la mort, y compris chez des patients de tous les milieux. L’artiste y a aussi évoqué son passé de consommation, commencé dès l’enfance.
Chad Smith et la colère des supporters brésiliens

En 2013, Chad Smith s’est involontairement attiré les foudres de supporters brésiliens particulièrement passionnés. Lors d’un événement consacré à la batterie, il reçoit le maillot du Flamengo, un club local très populaire. Selon les images relayées à l’époque, le musicien s’amuse avec le maillot, le passe derrière lui dans un geste volontairement moqueur, puis le jette en arrière après avoir mimé un mouvement jugé insultant.
Ce qui devait sans doute rester une plaisanterie a été interprété comme une offense grave. La foule l’a immédiatement hué et des objets ont été lancés en sa direction. La vidéo a circulé largement sur Internet, jusqu’à provoquer de nouvelles tensions à la veille d’un grand concert des Red Hot Chili Peppers à Rio de Janeiro. Des messages menaçants ont alors circulé, promettant de venger l’honneur du club. Heureusement, ces menaces ne se sont pas concrétisées, mais l’épisode a laissé derrière lui une atmosphère tendue.
Anthony Kiedis et la véritable histoire de « Under the Bridge »

« Under the Bridge » est sans doute l’une des chansons les plus aimées des Red Hot Chili Peppers, et ses paroles évoquent la lutte d’Anthony Kiedis contre l’addiction. Pourtant, l’histoire réelle derrière le morceau est plus nuancée. La chanson décrit une période durant laquelle Kiedis, tout juste sorti de la consommation de drogues, se sentait de plus en plus isolé de ses compagnons de groupe, qui continuaient à consommer, mais aussi de la société en général.
Pour surmonter ce sentiment, il a erré dans Los Angeles, au point de développer un lien presque mystique avec la ville. Il a raconté avoir ressenti une forme de présence invisible, comme si l’esprit des collines et de la cité veillait sur lui. Mais la noirceur du morceau vient aussi d’un souvenir plus concret : dans sa quête désespérée de drogue, Kiedis a un jour tenté d’entrer en territoire de gang sous un pont, en se faisant passer pour le fiancé de la sœur d’un membre du groupe. Il considère encore cet épisode comme l’un des moments les plus bas de sa vie.
Les Red Hot Chili Peppers et l’arrestation après une agression

En 1990, les Red Hot Chili Peppers sont encore un groupe en pleine ascension, célèbre pour son énergie brute et ses débordements sur scène. Leur concert de Daytona Beach, filmé par MTV pendant les vacances de printemps, tourne mal et conduit à l’arrestation de deux membres du groupe. Pendant la prestation, Flea et Chad Smith franchissent la limite en agressant une spectatrice.
Selon les comptes rendus de l’époque, Flea saute de la scène, attrape une femme dans le public et la fait tourner sur ses épaules, tandis que Chad Smith lui tire le maillot de bain et lui assène une tape sur les fesses. Flea va ensuite plus loin en simulant un acte sexuel après lui avoir demandé d’en accomplir un. La victime, choquée, appelle à l’aide, et les musiciens sont rapidement évacués. Smith est poursuivi pour coups et blessures, tandis que les accusations visant Flea incluent coups et blessures, trouble à l’ordre public et incitation à un acte obscène.
Chad Smith, un serial briseur de couples

Chad Smith a toujours revendiqué un mode de vie plus modéré que celui de certains de ses camarades, préférant parfois l’alcool et le cannabis aux drogues dures. Le Guardian décrivait son enfance comme « ouvrière » plutôt que « tragique », ce qui lui a sans doute permis de garder les pieds sur terre malgré le chaos qui entourait souvent le groupe. Mais il avait une faiblesse bien à lui : il se décrivait lui-même comme un homme qui met fin aux relations.
En 2003, Smith avait déjà eu des enfants avec trois femmes différentes. Interrogé à ce sujet, il a fini par reconnaître son schéma affectif : il tombe facilement amoureux, mais s’impatiente vite. Plus tard, il a toutefois semblé trouver une stabilité durable en épousant Nancy Mack en 2004. Le couple est resté uni et a eu trois fils.
La descente aux enfers de John Frusciante

Après avoir quitté les Red Hot Chili Peppers pour la première fois en 1992, John Frusciante sombre très vite dans une spirale destructrice. Son départ était d’abord lié à un besoin de liberté artistique : il ne supportait plus la manière dont le groupe glissait, selon lui, vers une image de spectacle imposé. Mais une fois parti, sa créativité est rapidement étouffée par la dépression, puis par l’héroïne et la cocaïne qu’il consomme en grande quantité.
Frusciante s’enfonce volontairement dans une existence de toxicomane à plein temps, avec toutes les conséquences que cela suppose. Même Flea, pourtant habitué à fréquenter des personnes dépendantes, prend ses distances. La mort de son ami River Phoenix, décédé d’une intoxication aiguë à plusieurs drogues, ne change rien à sa trajectoire. Ce n’est qu’en 1998 qu’il comprend marcher vers une mort certaine et, après plusieurs tentatives, choisit enfin l’abstinence totale. Cette même année, il rejoint de nouveau les Red Hot Chili Peppers à la demande de Flea, après avoir survécu à cinq overdoses presque mortelles. Ses dents étaient alors dans un état tel que les soins nécessaires ont coûté 90 000 dollars. Il restera dans le groupe jusqu’en 2009.
L’enfance difficile de Flea

On imagine facilement qu’un musicien surnommé Flea n’a pas connu une enfance ordinaire, mais la réalité de Michael Balzary fut encore plus dure qu’on ne pourrait le croire. Le bassiste des Red Hot Chili Peppers a grandi dans un foyer marqué par la violence et l’alcoolisme. Son père a quitté la famille alors qu’il n’avait que six ans, et l’environnement offert par sa mère et son beau-père l’a longtemps laissé dans la peur.
Ce début de vie chaotique a enclenché une spirale qui l’a conduit très jeune vers des zones sombres. À 11 ans, il cherchait déjà refuge dans la rue, où il passait souvent ses nuits jusqu’à 4 heures du matin. Dans une tribune pour Time, il explique que c’est aussi à cette époque qu’il a commencé à fumer du cannabis, avant d’abuser de presque toutes les drogues qu’il pouvait trouver. Il s’est retrouvé mêlé à des dealers comme à la police, entouré de criminels armés, tandis que les overdoses faisaient partie du quotidien. Il a perdu trois de ses amis les plus proches avant qu’ils n’aient 26 ans, et il n’a réellement réussi à s’éloigner de ce mode de vie qu’à 31 ans. À 40 ans, seulement, il a pu envisager de pardonner à ses parents l’environnement dans lequel il avait grandi.
1992, l’année la plus tumultueuse des Red Hot Chili Peppers

En 1992, les Red Hot Chili Peppers sont à deux doigts d’atteindre une grandeur définitive, mais les tensions internes manquent de les faire éclater. Porté par le succès monumental de Blood Sugar Sex Magik, sorti en 1991, le groupe semble avoir tout pour devenir une référence absolue du rock. Mais John Frusciante, arrivé plus récemment, supporte mal la célébrité soudaine et se dispute régulièrement avec Anthony Kiedis au sujet de l’orientation du groupe.
Frusciante aurait confié à Kiedis que le groupe était devenu trop populaire et qu’il ne souhaitait pas forcément atteindre ce niveau de succès. Cette fracture entre le guitariste et le reste du groupe s’aggrave encore, d’autant que Kiedis est en rétablissement alors que Frusciante consomme de plus en plus de drogues. Lorsque Frusciante manque une performance importante à Saturday Night Live, Kiedis y voit un sabotage. Le point de rupture survient lors d’un voyage au Japon, quand le guitariste annonce soudainement au manager qu’il quitte le groupe. Les autres Chili Peppers parviennent à le convaincre de jouer le concert prévu ce soir-là, mais la prestation est désastreuse. Peu après, Frusciante disparaît, si vite que Rolling Stone doit même retoucher à la hâte une photo de couverture à son sujet.
La querelle d’Anthony Kiedis avec Mike Patton

Toute star du rock digne de ce nom a déjà croisé le fer avec un autre musicien, et Anthony Kiedis ne fait pas exception. Son adversaire fut Mike Patton, chanteur de Faith No More, connu pour son registre vocal impressionnant. Dans les années 1980, les deux groupes partageaient une sensibilité proche, mêlant funk et metal, et Faith No More avait même assuré la première partie des Red Hot Chili Peppers.
Lorsque les deux formations commencent à percer, Kiedis regarde le clip de « Epic » et s’offusque, persuadé que Patton imite ses gestes et son attitude. Il multiplie alors les piques publiques, avant qu’un silence relatif ne s’installe. La tension repart en 1999, lorsque Patton et son autre groupe Mr. Bungle sont retirés de plusieurs festivals. Patton découvre alors que cette éviction aurait été réclamée par Kiedis, qui aurait menacé de retirer les Red Hot Chili Peppers de l’affiche si Mr. Bungle restait programmé. Le contexte n’a sans doute rien arrangé : l’album California de Mr. Bungle sortait à peu près au même moment que Californication. Patton réagit en attaquant Kiedis dans la presse, et son projet Fantômas finit même par moquer ouvertement les Red Hot Chili Peppers sur scène. Avec le temps, toutefois, les choses semblent s’être apaisées. En 2010, Patton disait encore ne pas comprendre l’origine du conflit, tout en admettant qu’une accolade chaleureuse serait probable s’ils se recroisaient.
Leur idole Nick Cave déteste profondément les Red Hot Chili Peppers

Comme beaucoup de groupes, les Red Hot Chili Peppers ont leurs inspirations et leurs modèles. Leur choix peut surprendre : leur admiration la plus haute va à Nick Cave, dont l’univers sombre et gothique semble être l’exact opposé de leur esthétique funk-rock. Pourtant, le groupe — et Flea en particulier — le considère comme « le plus grand songwriter vivant » et admire sa discipline de travail.
Le problème, c’est que l’admiration n’est pas réciproque. Nick Cave semble détester ouvertement les Red Hot Chili Peppers, au point de les citer comme exemple de ce qui ne va pas dans la musique moderne. Il a prononcé l’une des insultes les plus cinglantes de l’histoire du rock en déclarant : « Je suis constamment près d’une chaîne hi-fi à dire : “C’est quoi ce foutu navet ?” Et la réponse, c’est toujours les Red Hot Chili Peppers. » Un jugement brutal, resté célèbre.
L’incendie Woolsey a retardé leur album et ravagé leur communauté

Beaucoup de groupes peinent à enregistrer un nouvel album, mais les obstacles rencontrés par les Red Hot Chili Peppers ont parfois pris une tournure bien plus grave qu’un simple retard de studio. En 2018, le groupe travaillait sur de nouvelles chansons lorsque l’incendie Woolsey a brusquement stoppé ses efforts. Ce feu de forêt, particulièrement destructeur, a été l’un des plus ravageurs jamais recensés dans les comtés de Los Angeles et Ventura.
Le lieu de travail du groupe a finalement été épargné, mais Chad Smith et Anthony Kiedis vivaient dans la région de Point Dume, durement touchée, où 70 maisons ont été détruites. Les Red Hot Chili Peppers ont ensuite contribué à l’effort collectif en participant à un concert caritatif au Hollywood Palladium afin de soutenir les victimes et la reconstruction de la communauté.
La mort de l’ancien batteur D.H. Peligro

Le 29 octobre 2022, le groupe punk emblématique Dead Kennedys annonçait sur Twitter la mort de son batteur D.H. Peligro. Selon Rolling Stone, Peligro faisait partie du groupe depuis 1981 et est décédé à 63 ans après une chute à son domicile, qui l’a conduit à se frapper mortellement la tête le 28 octobre.
Peligro avait été le deuxième batteur des Dead Kennedys, puis, après la séparation du groupe en 1986, il était devenu le deuxième batteur des Red Hot Chili Peppers. Il avait rejoint la formation funk rock en 1988 et composé trois titres avec elle, qui seront plus tard publiés sur l’album Mother’s Milk. Son passage chez RHCP fut cependant très bref, limité à deux mois en raison de problèmes de toxicomanie.
Dans l’hommage publié par Flea sur Instagram, le souvenir reste néanmoins profondément affectueux : « Nous avons pris tant de plaisir, tant de joie, à nous soutenir les uns les autres », écrivait-il. « Je t’aime de tout mon cœur. Tu étais le plus vrai des rockeurs, et une partie essentielle de l’histoire des RHCP. »
