Rock : 5 albums autoproduits qui ont tourné au fiasco

par Sophie
0 commentaires
A+A-
Reset
Rock : 5 albums autoproduits qui ont tourné au fiasco
Royaume-Uni, États-Unis

L’histoire du rock est jalonnée de projets ambitieux portés par l’orgueil ou l’envie d’indépendance. De nombreux musiciens talentueux ont tenté l’aventure de l’autoproduction, pour finalement se heurter à des critiques acerbes ou à des échecs commerciaux retentissants. En cherchant à s’affranchir de l’influence des producteurs qui avaient façonné leur son, ces artistes ont parfois perdu le fil de ce qui faisait leur succès.

Qu’il s’agisse de Hugh Cornwell des Stranglers se passant de Martin Rushent ou des Rolling Stones rompant avec Andrew Loog Oldham, ces tentatives de prendre les pleins pouvoirs en studio ont souvent mené à des résultats déconcertants. Sans personne pour canaliser leur créativité, ces icônes ont parfois livré des œuvres que les critiques et les fans ont jugées indignes de leur talent.

Joe Strummer : le brouillard de Earthquake Weather

En tant que leader charismatique de The Clash, Joe Strummer a marqué l’histoire du rock avec une musique engagée et puissante. Pourtant, son album solo de 1989, Earthquake Weather, a laissé un goût amer. S’inspirant de ses travaux précédents pour des bandes originales, notamment les sonorités latines du film Walker, Strummer a livré un disque jugé informe et diffus.

La critique n’a pas été tendre. Le magazine Trouser Press a décrit l’album comme médiocre, affirmant que la production plate de Strummer avait étouffé toute trace de vie dans les chansons. Le célèbre critique Robert Christgau a même conseillé de l’éviter. Sur le plan commercial, le public est resté indifférent : ni l’album ni ses singles n’ont réussi à intégrer les classements. Strummer lui-même a admis plus tard une certaine perte de confiance durant cette période, se sentant incertain de la direction à prendre sans son partenaire d’écriture habituel, Mick Jones.

Hugh Cornwell : l’impasse de Wolf

Hugh Cornwell, figure de proue des Stranglers, a grandement contribué à populariser le groupe avec des titres emblématiques comme Golden Brown. En 1988, après quatorze ans au sein de la formation, il a souhaité expérimenter en dehors du cadre du groupe avec l’album solo Wolf. Le résultat fut une production plus légère, mais qui n’a pas convaincu.

Les critiques ont souligné que Wolf n’apportait rien de nouveau que les Stranglers n’auraient pu mieux faire. Le disque a été jugé daté, englué dans les standards de production trop lisses des années 80. Malgré un succès relatif pour le single Another Kind of Love dans les classements alternatifs américains, Cornwell n’a jamais persisté dans cette voie pop-dance légère, revenant à un style plus proche de ses racines sur ses albums suivants.

Bill Nelson et la rupture Red Noise

Dans les années 70, Bill Nelson s’était imposé comme un guitariste virtuose avec Be Bop Deluxe. Cependant, en formant le projet Red Noise pour l’album Sound-On-Sound, il a radicalement changé de cap en reléguant la guitare au second plan au profit de sonorités électro-punk frénétiques. Produit par Nelson lui-même avec John Leckie, l’album se voulait futuriste mais a fini par aliéner sa base de fans.

Le disque a été perçu comme dur, mécanique et dépourvu de la beauté mélodique qui caractérisait ses travaux précédents. Nelson a reconnu que la réaction du public et de la critique avait été désastreuse. Alors que ses précédents projets atteignaient les classements, Sound-On-Sound a été totalement ignoré par le marché américain, marquant la fin prématurée de cette nouvelle direction artistique.

Stiv Bators : une déconnexion pop inattendue

Stiv Bators est surtout connu pour l’énergie brute des Dead Boys et le style goth-punk des Lords of the New Church. En 1980, il a surpris tout le monde avec Disconnected, son unique album solo orienté pop-rock. Co-produit avec Thom Wilson, l’album proposait un rock de garage mélodique inspiré des années 60.

Cette parenthèse musicale n’a trouvé son public ni chez les fans du nihilisme punk des Dead Boys, ni chez les amateurs de pop classique. Malgré un certain charme excentrique, Disconnected a été un échec commercial total, ne parvenant jamais à entrer dans les charts, contrairement aux succès passés et futurs de Bators avec ses différents groupes.

The Rolling Stones : le chaos de Satanic Majesties

Les Rolling Stones sur scène
Les Rolling Stones lors d’une performance scénique historique.

Les sessions de Their Satanic Majesties Request, la première expérience d’autoproduction des Rolling Stones après le départ de leur manager Andrew Loog Oldham, ont été marquées par le désordre. Le bassiste Bill Wyman a raconté que chaque jour de studio était une loterie pour savoir qui viendrait et quelle serait la contribution réelle des membres présents.

Si l’album s’est initialement bien vendu en 1967, atteignant la deuxième place aux États-Unis, il a subi une réévaluation critique sévère au fil des décennies. Souvent critiqué pour son manque de chansons fortes et sa tentative maladroite d’imiter le style psychédélique des Beatles, l’album est aujourd’hui considéré comme l’un des points bas de leur discographie. Keith Richards lui-même n’a pas mâché ses mots, qualifiant plus tard ce disque de véritable naufrage artistique.

Suggestions d'Articles

Laisser un Commentaire