Voile : la course au large s’inspire du succès de la Formule 1

par Sophie
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Voile : la course au large s'inspire du succès de la Formule 1
France

L’image du marin solitaire, hirsute et taciturne, vivant en communion avec les étoiles après des mois en mer, semble appartenir au passé. Aujourd’hui, les bateaux de course vont plus vite que le vent et les poissons, transformant radicalement la perception de la course au large. Ce changement est porté par l’émergence de nouveaux formats médiatiques, à l’image des séries documentaires comme « Ultim, au-delà des limites » sur Prime ou « Vendée Globe, seuls autour du monde » présenté par France TV.

Le modèle « Drive to Survive » appliqué à la voile

Ce renouveau médiatique s’inspire directement du succès de la série Netflix sur la Formule 1. Pour les acteurs du secteur, l’objectif est clair : attirer les sponsors grâce à une exposition accrue. Julie Coutts, directrice générale d’OC Sport, souligne les similitudes avec la F1, notamment la performance humaine, la haute technologie et les enjeux financiers. Selon elle, le storytelling autour des rivalités et des secrets techniques peut donner une dimension inédite à ce sport.

Thomas Ruyant, skipper de renom, confirme que ce format apporte un coup de jeune nécessaire. Il se réjouit de voir des acteurs comme Red Bull s’engager dans la production de contenus mettant en avant l’envers du décor. Justine Mettreux, huitième du dernier Vendée Globe, tempère toutefois en s’interrogeant sur l’impact réel de ces séries par rapport au phénomène Netflix, tout en saluant le gain de visibilité pour la discipline.

Des cockpits fermés et des bateaux volants

L’esthétique de la voile a radicalement changé en une décennie. Avec l’avènement des foils, les monocoques et les trimarans Ultim « volent » désormais sur l’eau, atteignant des vitesses proches de 100 km/h. Les cockpits sont protégés ou totalement fermés, et les skippers, souvent casqués, pilotent face à des écrans rétroéclairés. Cette évolution rend le sport plus violent, physique et engagé, ce qui se traduit par des images spectaculaires à l’écran.

Frédéric Joly, de Mediawan, explique que la voile est un sport incroyablement puissant qui a été peu raconté sous cet angle. Au-delà de la compétition pure, ces séries cherchent à narrer une aventure humaine capable de toucher un public plus large que les seuls passionnés de nautisme.

Le succès du SailGP et la question de la poésie

Parallèlement aux courses au large, le championnat SailGP a déjà imposé son style depuis 2021. Avec des catamarans ultra-rapides évoluant près des côtes et des manches très courtes, ce format privilégie le spectacle immédiat et les collisions spectaculaires. Bien que très différent des courses de 80 jours, le SailGP prouve que la voile peut devenir un produit médiatique rentable et visuel.

Cependant, certains marins historiques comme Jean-Paul Mouren rappellent que la voile conserve une part de poésie absente de la F1. Pour lui, l’homme affrontant la nature reste le cœur du récit. Même si les skippers deviennent des ingénieurs et les équipiers des vidéastes, il restera toujours une place pour l’élégance et l’aventure humaine. C’est sans doute cette authenticité, mieux marketée, qui permettra à la course au large de conquérir de nouvelles audiences.

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