Sommaire
L’essentiel
- Le 25 mai 1990, cinq malfaiteurs braquent une succursale de la banque UBS à Genève. Ils maîtrisent deux gardiens, neutralisent les alarmes et emportent environ 31 millions de francs suisses, soit plus de 20 millions d’euros.
- Le coup a été monté par Michel Ferrari, le mari d’une secrétaire de direction de l’agence. Ils faisaient appel à des bandits corses, membres du gang de la Brise de mer.
- Le procès de quatre d’entre eux s’est tenu en juin 2004 à Paris. Les accusés ont tous été acquittés, faute de preuves matérielles et de témoignages directs.
Le casse
En ce printemps 1990, un vent de banditisme corse souffle sur Genève. Le 25 mai, au petit matin, cinq malfaiteurs armés pénètrent sans effraction dans une agence de l’UBS située dans le passage des Lions. Ils maîtrisent les deux gardiens, neutralisent les alarmes avec une étonnante rapidité et pillent les coffres sans laisser d’empreintes.
Le commando emporte 220 kg de billets, soit 31,4 millions de francs suisses (environ 20 millions d’euros). Les truands prennent ensuite la fuite à bord de deux voitures immatriculées en France. L’alerte est donnée vers 9h38 lorsqu’un employé aperçoit, derrière la porte vitrée de l’entrée du personnel, un gardien bâillonné.
Lorsque la police arrive, elle découvre quatre hommes menottés, le visage recouvert de scotch : un concierge et un manutentionnaire qui venait régler les pendules à l’heure d’été font partie des personnes neutralisées. Des dizaines de coffres ont été ouverts dans le secteur des valeurs étrangères. Les voleurs n’ont pas tout emporté : des liasses jonchent le sol. Les enquêteurs constatent que les malfaiteurs connaissaient les combinaisons des coffres et savaient où se trouvaient les clés. L’hypothèse d’une complicité interne s’impose.
Enquête et révélations
UBS propose une récompense de 3 millions de francs suisses pour tout renseignement conduisant à l’identification des auteurs. Un appel finit par aboutir : un entrepreneur niçois, Georges, désigne le cerveau du coup, Michel Ferrari, professeur de sport et mari d’une secrétaire de direction de l’agence. Interpellé le 29 mai en sortant d’une cabine téléphonique, Ferrari finit par avouer et désigne deux complices présumés : Laurent, un collègue de la banque, et Sébastien, un des vigiles.
Ferrari, qui a fait fortune dans les années 1980 en faisant transiter discrètement des valises d’or et d’argent entre la France et la Suisse, explique que son affaire devenait moins lucrative. L’idée lui vient alors de cambrioler l’agence où travaille son épouse. Laurent lui aurait signalé la faiblesse du dispositif de sécurité dans la salle des coffres. Ferrari contacta des malfrats corses via son ami Georges — le même Georges qui allait ensuite le dénoncer pour toucher la récompense. Ferrari et ses deux complices devaient recevoir la moitié du butin, soit environ 15 millions de francs suisses, mais ils n’en verront jamais la couleur. « J’avais trop confiance », confiera-t-il, ajoutant : « on a tous été lésés. »
Les Corses de la Brise de mer
Les enquêteurs remontent rapidement jusqu’à des bandits chevronnés, membres du gang de la Brise de mer. Ce groupe, décrit par des spécialistes comme la formation la plus performante du banditisme entre les années 1980 et 2000-2010, avait pris le nom d’un bar du vieux port de Bastia ouvert par Antoine Castelli, malfrat qui avait « fait ses classes » dans le milieu parisien des années 1960 et qui utilisait l’établissement comme zone de repli.
La Brise de mer comprend plusieurs générations. D’abord l’équipe dirigée par Francis Santucci, puis des figures telles que Richard Casanova, Dominique Rutily et les frères Guazzelli, qui formeront le noyau dur dans les années 1980-1990. « C’étaient des gens redoutables, dangereux et un peu intrépides, qui ne reculaient devant rien », souligne un spécialiste du banditisme. Le groupe s’est fait une réputation, notamment par des règlements de comptes et des actions violentes dans le milieu marseillais.
Procès et acquittements
Ferrari, qui fournit aux enquêteurs des noms de membres présumés de la Brise de mer — Jacques et Joël Patacchini, André Benedetti dit « Le Chinois », et Alexandre Chevrière — affirme même avoir été photographié en compagnie de deux d’entre eux dans les rues de Genève. Richard Casanova est présenté comme le véritable logisticien du coup : « quelqu’un qui préparait presque des braquages clé en main avec les voitures, les appartements de repli, les fausses identités », selon le spécialiste.
Des repérages auraient été effectués dans la banque deux mois avant le cambriolage. Dans les années qui suivent, les policiers interpellent plusieurs malfaiteurs corses. Le procès de quatre d’entre eux se tient à Paris en 2004, quatorze ans après les faits ; le dossier concernant Richard Casanova, alors en fuite, est disjoint. À la surprise générale, tous les prévenus sont acquittés. L’enquête, jugée longue et mal ficelée, n’a pas permis d’apporter de preuves matérielles suffisantes : les braqueurs étaient déguisés, il n’y avait pas de témoins directs, et la justice n’a pas pu établir la présence des accusés sur les lieux au moment du braquage.
Les années suivantes sont marquées par des règlements de comptes : quelques jours après le procès, Alexandre Chevrière est victime d’un guet-apens devant la maison de son fils à Mimet et est blessé mortellement quelques années plus tard. Richard Casanova est assassiné le 23 avril 2008 à Porto-Vecchio.
Le butin et l’héritage
Le butin du braquage n’a jamais été retrouvé. Certains observateurs notent toutefois qu’un nombre d’entreprises commerciales importantes se sont développées en Corse dans les années 1990, après le braquage de l’UBS, ce qui interpelle au regard des habitudes d’investissement du groupe dans des activités comme la restauration ou l’hôtellerie. Le gang, bien que désormais « un peu en perte de vitesse », a durablement marqué le paysage du banditisme hexagonal.
Ce dossier — qui mêle trahisons, complicités internes présumées et un recours opérationnel à des équipes corses — reste l’un des épisodes les plus emblématiques du braquage UBS Genève Corse et de l’histoire du banditisme en France.
