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Être roi ou reine procure sans doute un certain prestige, mais il existe un échelon encore supérieur : celui d’empereur. Seuls souverains à pouvoir surpasser, et parfois commander aux rois, les empereurs et impératrices se situent au sommet absolu de la pyramide du pouvoir. Comme on peut l’imaginer, une telle position signifie souvent qu’il n’y a personne pour contredire, calmer ou empêcher ces dirigeants de faire ce qui leur plaît, même lorsque leurs désirs sont imprudents, cruels ou totalement bizarres.
Certains héritent de leur titre, subissant parfois les conséquences de la consanguinité et de l’isolement du monde réel qui ont rendu d’autres familles royales étranges. D’autres s’emparent du pouvoir par la force, se déclarant empereurs dès qu’une opportunité se présente. Or, le genre de personne qui décide de s’autoproclamer empereur est rarement d’un naturel calme et conciliant. Certains des comportements les plus étranges de l’histoire proviennent de ces trônes impériaux, souvent avec des résultats désastreux.
Élisabeth de Russie

Fille de Pierre le Grand, la charmante Élisabeth avait initialement été écartée de la succession. En 1740, le tsar nominal était le nourrisson Ivan VI, dont la mère commit l’erreur de menacer d’envoyer la joyeuse Élisabeth au couvent. Populaire auprès de la garde impériale, Élisabeth renversa le jeune Ivan et s’empara du trône.
Bien qu’elle valorisât la famille en théorie, elle se montrait dominatrice avec la sienne. Elle ne se maria jamais officiellement en tant qu’impératrice, bien que des rumeurs évoquent une union secrète avec un paysan à la belle voix. Elle fit venir son neveu d’Allemagne, le désigna comme héritier et le maria à une princesse allemande (la future Catherine la Grande). À la naissance de leur enfant, Élisabeth s’appropria le bébé pour l’élever elle-même.
Peu intéressée par la gestion de la Russie, elle laissa son gouvernement travailler pendant qu’elle faisait la fête. Grande et séduisante, elle aimait porter des vêtements masculins et organisait régulièrement des « bals de métamorphose » où le travestissement était obligatoire. Si elle brillait en tenue d’homme, ses courtisans semblaient souvent mal à l’aise. Une fois, suite à une coiffure ratée l’obligeant à se raser la tête, elle contraignit toutes ses dames de compagnie à se raser également par solidarité forcée.
Élisabeth d’Autriche (Sissi)

Élisabeth, impératrice d’Autriche et reine de Hongrie, prouve que la beauté et la richesse ne garantissent pas le bonheur. Épouse du jeune empereur François-Joseph en 1854, elle fut aimée de son mari et de son peuple, particulièrement en Hongrie, mais fut poursuivie par le malheur jusqu’à son assassinat en 1898.
D’une vanité maladive, elle refusa d’être photographiée après l’âge de 30 ans et de poser pour des peintres après 40 ans. Ayant donné naissance à un héritier mâle, elle considéra son devoir accompli et cessa d’avoir des enfants. Sans rôle politique défini ni affinités avec la cour de Vienne, elle combla son vide existentiel par une activité frénétique.
Sissi faisait de l’exercice de manière obsessionnelle pour garder sa ligne et dormait enveloppée de viande de veau crue pour préserver sa peau. Ses soins capillaires duraient des heures, durant lesquelles elle apprenait le grec. Elle écrivait également beaucoup de poésie, avec pour instruction de ne pas la publier avant les années 1950. Ses voyages incessants la menèrent finalement à Genève, où un anarchiste la poignarda mortellement, faute d’avoir trouvé sa cible initiale.
Julien l’Apostat

Julien devint empereur romain par un coup de chance en 360 après J.-C., lorsque ses troupes le proclamèrent Auguste à Paris. La mort soudaine de son rival, l’empereur Constance, lui permit d’accéder au trône sans guerre civile. Julien, qui se voulait philosophe, portait une barbe fournie pour ressembler aux penseurs grecs, un style alors démodé.
Une fois au pouvoir, il lança son grand projet : faire reculer le christianisme, qu’il jugeait trop récent pour être sérieux. Il sacrifiait personnellement des animaux, chassait les chrétiens de l’armée et tentait d’agir comme une sorte de « pape païen ». Il ordonna même la reconstruction du Temple de Jérusalem pour contrarier les chrétiens et installa des statues de Bacchus dans les églises.
Malheureusement, ces préoccupations religieuses ne le préparèrent pas à la guerre contre la Perse. Après une invasion initiale réussie, il rencontra une résistance féroce et mourut, frappé par une lance, mettant fin au règne du dernier empereur païen de Rome.
Guillaume II d’Allemagne

Monté sur le trône en 1888, Guillaume II était un homme difficile, incarnant les traits prussiens les plus négatifs : autoritaire, pointilleux et nationaliste. Bien que son bras gauche fût atrophié à la naissance, expliquer sa personnalité complexe uniquement par ce handicap serait réducteur.
Impulsif et mauvais stratège, il laissa l’alliance avec la Russie s’effondrer, poussant cette dernière vers la France. Son comportement erratique faillit déclencher des guerres à plusieurs reprises avant 1914. Il provoqua des crises diplomatiques majeures, notamment au Maroc, et insulta les Britanniques dans une interview, les qualifiant de « fous ».
Lorsque la Première Guerre mondiale éclata, il ne fut qu’une figure de proue sans réelle autorité stratégique. Il perdit son trône à la fin du conflit et vécut en exil aux Pays-Bas jusqu’à sa mort en 1941.
Maximilien et Charlotte du Mexique

En 1861, la France envahit le Mexique pour y installer un État client dirigé par Maximilien de Habsbourg et son épouse Charlotte de Belgique. Le couple royal se retrouva dans une situation impossible qu’ils gérèrent avec une grande excentricité.
Le Mexique ne voulait pas d’eux, et la guerre civile faisait rage. Maximilien, plus intéressé par les papillons et les femmes que par le pouvoir, tenta de légitimer son règne en « adoptant » le petit-fils de l’ancien empereur mexicain Agustin Ier, tout en exilant la famille de l’enfant. Finalement renversé, il fut fusillé, demandant à ses bourreaux d’épargner son visage.
Charlotte, rentrée en Europe pour chercher de l’aide, sombra dans la folie. Persuadée qu’on voulait l’empoisonner, elle devint la seule femme à dormir au Vatican pour sa protection. Après la mort de son mari, elle vécut recluse, accompagnée d’une poupée habillée à l’effigie du défunt empereur.
Hirohito du Japon

L’empereur Hirohito est un cas particulier, moins par sa personnalité que par sa position. Considéré selon la tradition comme un descendant de la déesse du soleil, cet homme timide passionné de biologie marine n’utilisait que rarement son autorité.
Bien que son rôle exact durant la Seconde Guerre mondiale fasse débat, il n’intervint publiquement qu’à la toute fin pour annoncer la capitulation à la radio, utilisant un langage de cour si complexe que le peuple eut du mal à comprendre qu’il s’agissait d’une reddition.
L’année suivante, il renonça officiellement à sa divinité, devenant l’un des rares humains à affirmer positivement ne pas être un dieu. Il conserva son trône, voyagea en Europe et aux États-Unis, où il visita Disneyland et rencontra Richard Nixon, une fin de parcours étonnante pour le descendant du soleil.
Commode

Marc Aurèle, empereur philosophe, commit l’erreur de désigner son fils Commode comme héritier. Vaniteux et violent, Commode développa une obsession pour Hercule, s’habillant de peaux de lion et combattant dans l’arène contre des animaux ou des humains handicapés par des costumes.
Son identification au héros mythologique devint telle qu’il fit modifier le Colosse de Néron à son image et frappa des pièces au nom d’« Hercule Commodien ». Il tenta même de rebaptiser Rome « Colonia Commodiana ».
Son comportement erratique effraya tellement son entourage que sa maîtresse et ses serviteurs tentèrent de l’empoisonner. L’opération ayant échoué, ils envoyèrent un athlète l’étrangler dans son bain.
Le tsar Ferdinand Ier de Bulgarie

Choisi faute de mieux pour diriger la Bulgarie, le prince Ferdinand instaura une police secrète avant de s’autoproclamer tsar en 1908. Lors de la procession de son couronnement, il tomba même de cheval.
Bisexuel et peu discret sur ses mœurs dans un pays conservateur, Ferdinand était un homme tragiquement vaniteux. Il était fier de sa barbe, complexé par son nez, et avait mis au point un numéro de charme pour les journalistes incluant des accessoires comme des oiseaux empaillés. Ses choix diplomatiques désastreux placèrent la Bulgarie dans le camp des perdants lors de la Première Guerre mondiale, entraînant son abdication.
Jacques Ier d’Haïti

En 1804, Jean-Jacques Dessalines proclama l’indépendance d’Haïti après une révolte d’esclaves réussie contre la France. Cependant, ses ambitions personnelles transformèrent rapidement la libération en tyrannie lorsqu’il se couronna Jacques Ier, empereur d’Haïti.
Son règne de deux ans fut brutal. Il ordonna le massacre de la population blanche et instaura un système de travail forcé pour les anciens esclaves afin de maintenir l’économie de plantation, un comble pour un mouvement de libération. Il fut assassiné en 1806, mais reste vénéré dans le vaudou haïtien comme un esprit puissant (loa).
Anne de Russie (Anna Ivanovna)

Nièce de Pierre le Grand, Anne accéda au trône russe en 1730. Aigrie et autoritaire, elle déchira les conditions imposées par la noblesse pour gouverner en monarque absolue, s’immisçant cruellement dans la vie privée de ses sujets.
Son acte le plus célèbre reste le mariage forcé de son bouffon (un noble déchu) avec une femme âgée, organisé dans un palais entièrement construit en glace. Le couple dut passer la nuit de noces dans ce bâtiment gelé, gardé par des sentinelles pour les empêcher de sortir. Heureusement pour la cour, l’impératrice mourut l’année suivante.
Bokassa Ier de Centrafrique

Jean-Bédel Bokassa, ancien soldat de l’armée française, prit le pouvoir en République centrafricaine par un coup d’État en 1965. En 1976, il décida de transformer sa république en empire, se réclamant d’une descendance pharaonique.
Son couronnement en 1977 fut une cérémonie d’un faste obscène, coûtant environ 45 millions de dollars (une somme astronomique représentant le budget annuel du pays), en grande partie financée par la France. Il y portait une toge romaine incrustée de perles et siégeait sur un trône en or massif en forme d’aigle, imitant Napoléon.
L’empire ne dura que trois ans. Après des rapports accablants sur sa brutalité envers les civils, la France aida à le renverser. Condamné à mort par contumace, il revint plus tard dans son pays, passa quelques années en prison et mourut libre en 1996.
