Gloria Richardson : l’activiste radicale oubliée des droits civiques

par Sophie
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Gloria Richardson : l'activiste radicale oubliée des droits civiques
États-Unis

Lors de la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté, le 28 août 1963, Gloria Richardson devait être l’une des six femmes à prendre la parole en tant que combattantes pour la liberté. Pourtant, après avoir été appelée précipitamment sur scène suite à un oubli, son micro fut coupé après un simple « bonjour ». Cet incident symbolise sa vie de militante : malgré les pressions pour qu’elle modère son discours, elle refusa toujours le moindre compromis.

Pour Gloria Richardson, les droits humains fondamentaux n’étaient pas négociables. Elle n’hésitait pas à écarter les autres militants qui tentaient de tirer profit de ses efforts. Lors de ses premières actions à la tête du Comité d’action non-violent de Cambridge (CNAC), elle sollicita l’aide du révérend Martin Luther King Jr. On lui répondit qu’il ne viendrait qu’une journée, dans un délai de deux ans, moyennant un paiement d’environ 2 700 €. Plus tard, quand la Garde nationale intervint, King proposa soudainement sa venue. Richardson et le CNAC perçurent cela comme une insulte et déclinèrent son offre, affirmant pouvoir gérer la situation eux-mêmes.

Gloria Richardson face à une baïonnette
Gloria Richardson face aux forces de l’ordre lors des manifestations à Cambridge.

Les premières années de Gloria Richardson

Gloria St. Clair Hayes est née le 6 mai 1922 à Baltimore, dans le Maryland. Sa famille s’installa rapidement à Cambridge pour vivre chez ses grands-parents maternels, les St. Clair, une famille prospère. Son grand-père, Herbert St. Clair, fut le premier Noir à siéger au conseil municipal de Cambridge de 1912 à 1946. Malgré sa richesse et son influence politique, il restait exclu des événements sociaux réservés aux Blancs.

La jeunesse de Richardson fut marquée par la perte de son père, décédé d’une crise cardiaque qui aurait pu être évitée si des soins médicaux pour les personnes noires avaient été disponibles près de chez eux. Cette tragédie, ainsi que la mort prématurée de son oncle pour des raisons similaires, lui fit réaliser que le racisme était une question de vie ou de mort.

Un engagement précoce et des obstacles persistants

À l’âge de 16 ans, elle intègre l’université Howard à Washington D.C., où elle commence son militantisme en manifestant contre la ségrégation dans les commerces locaux. Diplômée en sociologie en 1942, elle tente de travailler pour le gouvernement fédéral. Cependant, malgré ses qualifications et les relations de sa famille, aucune agence, pas même le département des services sociaux du Maryland, n’accepta d’embaucher une travailleuse sociale noire.

De retour à Cambridge, elle se marie et a deux enfants avant de divorcer à la fin des années 1950. En 1961, alors qu’elle travaille dans la pharmacie familiale, elle constate quotidiennement les difficultés de survie des résidents noirs de la classe ouvrière, ce qui renforce sa détermination à agir.

L’émergence du mouvement de Cambridge

C’est par l’intermédiaire de sa fille adolescente, Donna, que Gloria Richardson s’implique davantage. Initialement guide pour les membres du Comité de coordination non-violent des étudiants (SNCC), Donna devient rapidement une figure de proue des piquets de grève quotidiens. Richardson décide alors de fonder le CNAC en 1962 avec d’autres parents.

Contrairement à d’autres organisations, le CNAC ne se limitait pas à la déségrégation. Ses objectifs incluaient la lutte contre les discriminations en matière de logement, d’emploi et de santé. Surtout, Richardson divergeait sur la tactique de la non-violence pure. Le CNAC adopta une posture plus confrontatrice, refusant de tendre l’autre joue en cas d’agression physique lors des manifestations.

Gloria Richardson et Robert F. Kennedy
Gloria Richardson lors des négociations avec le procureur général Robert F. Kennedy.

Le Traité de Cambridge et la loi martiale

Le mouvement de Cambridge, qui dura de fin 1961 à l’été 1964, fut marqué par une escalade de la violence. Face aux lancers de briques et de cocktails Molotov, le gouverneur du Maryland déclara la loi martiale en juin 1963. La Garde nationale fut déployée à Cambridge pour ce qui devint l’une des plus longues interventions militaires sur le sol américain depuis 1877.

En juillet 1963, Richardson rencontra le procureur général Robert F. Kennedy pour négocier une issue à la crise. Après neuf heures de discussions, ils parvinrent à un accord, surnommé le « Traité de Cambridge », prévoyant la déségrégation des écoles primaires et des lieux publics. Richardson resta toutefois prudente, refusant de qualifier cet accord de victoire tant qu’il restait soumis à un référendum. Elle appela au boycott de ce vote, affirmant qu’un citoyen de premier rang n’avait pas à quémander des droits humains fondamentaux.

Une fin de vie consacrée à l’égalité

En août 1964, après avoir été arrêtée trois fois et avoir survécu à deux tentatives de meurtre, Gloria Richardson démissionna de la présidence du CNAC. Elle se remaria avec le photographe Frank Dandridge et s’installa à New York. Elle y poursuivit son combat au sein du Conseil national des femmes noires, se concentrant sur l’égalité pour les femmes afro-américaines.

Gloria Richardson âgée
Gloria Richardson a continué de militer pour la justice sociale jusqu’à la fin de sa vie.

Bien qu’elle ne soit jamais retournée vivre à Cambridge, elle resta liée au mouvement local. Elle travailla jusqu’à sa retraite en 2012, à l’âge de 90 ans. Gloria Richardson s’est éteinte le 15 juillet 2021, à l’âge de 99 ans, laissant derrière elle l’héritage d’une femme dont la détermination inébranlable a forcé le changement social.

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