Le vol de La Joconde au Louvre en 1911

par Olivier
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Le vol de La Joconde au Louvre en 1911

Que serait le musée du Louvre sans La Joconde ? Le vol de La Joconde au Louvre 1911 a failli rendre cette hypothèse possible. En août 1911, le chef-d’œuvre de Léonard de Vinci a été dérobé en plein jour et n’est réapparu que deux ans plus tard à Florence, transformant une toile déjà célèbre en véritable icône mondiale, selon l’historien d’art Jérôme Coignard.

La découverte du vol

L’alerte est donnée le mardi 22 août 1911 par le peintre Louis Béroud. Ce matin-là, venu croquer le Salon carré pour une future toile, il constate que la toile a disparu. Les gardiens évoquent d’abord une opération de prise de vue, mais la vérification montre rapidement qu’il n’en est rien. Le musée est fouillé de fond en comble : seul le cadre et la vitre de protection sont retrouvés dans un escalier de service. Il faut admettre l’évidence : La Joconde a été volée.

Douze gardiens dans le musée

Peu avant les faits, la sécurité avait pourtant été renforcée, notamment par un éclairage nocturne et un renforcement du gardiennage, rappelle Jérôme Coignard. L’affaire prend immédiatement une ampleur nationale : le préfet se saisit du dossier et la presse illustrée en fait ses gros titres. Les enquêteurs établissent rapidement que la disparition remonte à la veille, lundi, jour de fermeture du musée : les premières 24 heures décisives ont donc été perdues.

Un indice crucial est néanmoins relevé : une empreinte de pouce très nette sur la vitre qui protégeait la toile. Depuis 1903, la préfecture de police collecte les empreintes des personnes arrêtées, mais le système demeure artisanal : chaque fiche doit être vérifiée manuellement. L’empreinte est comparée à celles des quelque 250 employés du musée : aucune ne correspond. Plus tard, on découvrira que le voleur possédait déjà une fiche à la préfecture.

Apollinaire et Picasso dans le viseur

Dans un climat de montée des nationalismes, une atmosphère paranoïaque entoure l’enquête : la presse d’extrême droite évoque un « complot », certains affirment même que La Joconde se trouverait aux États‑Unis. Le 7 septembre, la préfecture annonce l’interpellation du poète Guillaume Apollinaire. Les soupçons pèsent notamment sur son secrétaire particulier, Géry Pieret, auteur quelques années plus tôt du vol de statuettes phéniciennes au Louvre, dont l’une avait été retrouvée chez Apollinaire et une autre chez Picasso.

Apollinaire passe cinq jours en détention à la prison de la Santé, Picasso est longuement entendu puis relâché. Les investigations finissent par montrer que ni l’un ni l’autre n’ont de lien avec le vol. L’enquête patine, et les magistrats pensent d’abord à un gang organisé : toutes les pistes mènent à des impasses.

« La Joconde » disparue à jamais ?

En février 1912, le Portrait de Baldassare Castiglione de Raphaël remplace La Joconde, alors considérée comme perdue à jamais. Selon Jérôme Coignard, si l’auteur n’avait pas tenté de la revendre, « on ne l’aurait jamais retrouvée ». En novembre 1913, un marchand d’art florentin est contacté par un homme qui souhaite lui vendre La Joconde, prétextant un acte de patriotisme pour « restituer » l’œuvre à l’Italie.

Le galeriste, sceptique — la toile ayant été achetée légalement par François Ier — prévient le directeur des Offices. Le rendez‑vous est une mise en scène : le vendeur est cerné par les carabiniers et, dans la caisse qu’il transporte, se trouve effectivement La Joconde, en parfait état.

Le vendeur n’est autre que Vincenzo Peruggia, un ouvrier italien travaillant à Paris comme peintre et miroitier. Connaissant bien le Louvre pour y avoir posé la vitre de protection, il maîtrise les fixations et avouera n’avoir eu aucune difficulté à s’emparer de l’œuvre : profitant d’une porte restée ouverte, il s’est introduit au petit matin et est ressorti avec le tableau dissimulé sous sa blouse. Probablement intimidé par l’ampleur médiatique, il a gardé la toile chez lui pendant près d’un an et demi.

« Il a pris grand soin de la toile, allant même jusqu’à faire une caisse en bois pour la protéger. Il n’y avait que deux petites égratignures sur le vernis lorsqu’elle a été récupérée. C’est incroyable quand on sait que ce tableau a voyagé en 3e classe entre Paris et Florence », rappelle Jérôme Coignard.

Jugé en Italie, Peruggia écope d’une peine clémente d’un an de prison, finalement réduite à sept mois, ses avocats plaidant le patriotisme et la « simplicité d’esprit ». La Joconde est exposée plusieurs semaines en Italie avant de revenir à Paris dans une remise en place solennelle le 1er janvier 1914.

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