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Pour la toute première fois en 2025, le nombre de producteurs engagés dans l’agriculture biologique a enregistré une baisse. D’après l’Agence Bio, le solde entre les nouvelles installations et les arrêts s’établit à -0,6 %, ce qui représente une perte de 386 exploitations. Bien que ces données nécessitent encore une consolidation, l’observatoire national de l’agriculture biologique y voit un signal d’alarme qu’il convient de prendre au sérieux.
Un marché fragilisé par l’inflation et les « déconversions »
La chute de la consommation de produits issus de l’agriculture biologique, amorcée dès 2022 en raison de l’inflation, a eu des répercussions directes sur le secteur. Bien qu’une timide reprise ait été observée en 2024 avec une hausse de 0,8 % en valeur, et qu’elle semble se confirmer en 2025 à hauteur de +3,5 %, les dégâts structurels sont bien réels.
Cette contraction prolongée du marché a engendré un véritable mouvement de « déconversion ». De nombreux agriculteurs, mais aussi des transformateurs, ont fait le choix difficile de renoncer à ce mode de production exigeant qui proscrit les pesticides et les engrais de synthèse. Cette désaffection s’illustre de manière frappante par les millions d’euros de fonds européens dédiés au bio qui n’ont finalement pas été consommés.
Le difficile maintien des objectifs environnementaux
Face à cette situation, une période de rééquilibrage entre l’offre et la demande est attendue pour le premier semestre 2026. Les acteurs institutionnels estiment qu’il est indispensable de stabiliser le marché avant de relancer des campagnes incitant massivement à la conversion, un processus particulièrement long qui exige souvent plusieurs années pour l’obtention de la certification officielle.
Ce recul se traduit également par une baisse continue des surfaces agricoles dédiées au bio, et ce pour la deuxième année consécutive. Les premières estimations indiquent que cette tendance négative devrait se poursuivre. Ce repli éloigne inexorablement l’objectif légal de la France d’atteindre 21 % de surfaces biologiques d’ici 2030, alors que ce chiffre stagnait péniblement à 10,1 % en 2024.
Un paradoxe inquiétant pour l’avenir de la filière
Les représentants de la profession pointent du doigt un paradoxe majeur : alors que la demande des consommateurs montre des signes de redémarrage, les exploitations demeurent extrêmement vulnérables et la production globale diminue. Le risque à moyen terme est de faire face à une pénurie de produits biologiques sur les étals de distribution.
Pour contrer cette dynamique, la filière réclame des politiques publiques fortes et des financements ambitieux. Pourtant, l’enveloppe allouée au fonds pour l’avenir du bio a été amputée en 2025, après des menaces de suppression totale de la part du gouvernement. Ce niveau de financement réduit sera malheureusement maintenu en 2026, freinant ainsi les efforts en faveur de la transition agroécologique.
