Sur les rives de la Vilaine, les stigmates des récentes montées des eaux sont encore bien visibles. Près du moulin d’Apigné, en périphérie de Rennes, le niveau de la rivière a baissé, laissant derrière lui ce que les habitués appellent des « guirlandes de déchets ». Suspendus dans la végétation, accrochés aux ronces et aux arbustes, les morceaux de plastique et autres détritus parsèment le paysage. Si la pollution visuelle est indéniable, les riverains de longue date, à l’image des pêcheurs locaux, soulignent toutefois une petite amélioration. Depuis l’interdiction des sacs plastiques à usage unique en 2015, la quantité globale de ces amas polluants a diminué par rapport à l’omniprésence constatée dans les années 2000.
Un fléau de plastique complexe à ramasser
Le long du fleuve breton, la diversité des objets échoués est frappante. Coincés dans les rochers ou les grillages, on retrouve des canettes, des bâches déchirées, du polystyrène, et parfois même des objets insolites comme des matelas. Guillaume Lemaitre, membre de l’antenne locale de l’association Team River Clean, explique que les inondations ont un redoutable effet de dispersion. En débordant sur les trottoirs et les champs, l’eau étale les déchets sur de vastes étendues, rendant leur collecte particulièrement fastidieuse. Une fois dans l’eau, ces détritus posent un problème majeur : ils deviennent plus difficiles d’accès pour les bénévoles et menacent de libérer des substances toxiques dans l’environnement naturel.
Le rôle vital des crues pour les écosystèmes
Outre les déchets plastiques et matériels, les inondations charrient des pollutions invisibles, mais tout aussi destructrices. Les hydrocarbures, les eaux usées ou encore les résidus de pesticides agricoles sont dilués dans les flots. En Ille-et-Vilaine, seulement 3 % des cours d’eau affichent un bon état écologique, un constat alarmant corroboré par la baisse constante des populations de poissons observée par les pêcheurs depuis un demi-siècle.
Pourtant, malgré ce sombre bilan, les crues demeurent un phénomène indispensable. Jérémy Grandière, président de la Fédération de pêche d’Ille-et-Vilaine, rappelle que ces montées d’eau, bien que violentes, redonnent vie aux milieux aquatiques. Sans ces soubresauts naturels, les cours d’eau deviendraient stériles. Les embâcles formés par les arbres couchés et les branches arrachées créent des variations de courant cruciales pour la survie de la biodiversité. Le véritable défi consiste alors à nettoyer régulièrement ces barrages naturels de la pollution humaine qu’ils capturent inévitablement, afin de préserver l’équilibre de nos rivières.
