Des arbres qui volent: la coupe par câble qui protège la forêt

par Olivier
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Des arbres qui volent: la coupe par câble qui protège la forêt
France

Charles Ingalls peut aller se rhabiller. Le bûcheron héroïque de La Petite maison dans la prairie, célèbre pour sa hache, a été dépassé par un métier profondément transformé. Autrefois réputé très dur et mal payé, le travail de bûcheron s’est modernisé avec l’arrivée d’engins mécaniques puissants : abatteuses et tracteurs offrent une meilleure rentabilité, une productivité accrue, une sécurité renforcée et des conditions de travail améliorées. Ce tableau presque parfait a toutefois un revers : ces machines sont extrêmement lourdes.

Avec leurs engins pesant plusieurs tonnes, les professionnels du bois tassent les sols et écrasent la végétation sous leurs roues. En été, on limite les dégâts en restant sur les pistes tracées. Mais en hiver, sur des sols gorgés d’eau qui ressemblent à de vieilles éponges, l’impact est beaucoup plus sévère. Le cocktail pluie, froid et neige rend parfois le travail impossible dans de nombreux bois et forêts. Sauf à recourir à une technique ancienne et moins invasive : la technique par câble aérien.

Dans la forêt de Camors, les troncs dansent en hauteur. Suspendus à un câble, ils planent et se déplacent à quelques mètres au‑dessus des sols détrempés de ce massif forestier situé près de Lorient (Morbihan). C’est là que Jean‑Baptiste Lefloch a installé son dispositif. « Les sols sont détrempés. C’est une tourbière dans laquelle on ne peut pas amener des engins, parce qu’ils sont trop lourds et qu’ils abîmeraient tout. Donc on utilise la technique du câble aérien », explique le patron.

Des câbles sur 300, 400 voire 500 mètres

Son entreprise, basée à Ergué‑Gabéric (Finistère), est spécialisée dans cette méthode exigeante qui réclame un long apprentissage. « Quelqu’un qui n’a jamais travaillé au câble, il va pleurer. Il faut apprendre à gérer les tensions, à travailler à la boussole pour réussir à tendre un câble sur 200 ou 300 mètres sans tout faire tomber », raconte‑t‑il. En France, les plus expérimentés parviennent même à faire voler des troncs sur 500 mètres. Deux écoles, l’une près de Tignes et l’autre dans le Finistère, forment les jeunes à cette technique par câble aérien, plus respectueuse du milieu.

Plus coûteuse que l’abattage conventionnel, la technique par câble aérien consiste à extraire les arbres en les suspendant jusqu’à un point de chute où ils sont ensuite chargés sur une remorque. « La mécanisation du métier a énormément apporté. Mais elle est lourde. Quand les remorques sont chargées, les porteurs peuvent atteindre 40, 50 voire 70 tonnes. Le problème c’est qu’en hiver, on ne pourrait jamais travailler. Pour intervenir dans la tourbière de Camors, il nous fallait une autre technique », explique Tristan Le Bourhis, agent de l’Office national des forêts (ONF) qui supervise ce chantier.

Plus respectueux de l’environnement

La solution du câble aérien est bien connue et très utilisée en montagne, lorsque la pente empêche l’approche des véhicules. Mais ces dernières années, elle s’est développée en plaine, notamment pour préserver la biodiversité. « Les entreprises d’exploitation forestière sont bien conscientes de leur impact sur l’environnement. Elles font de plus en plus attention », observe Jean‑Baptiste Lefloch. Avec le réchauffement climatique, les périodes pluvieuses s’allongent à l’automne et en hiver, rendant souvent impossible le débardage conventionnel.

L’inconvénient majeur reste le coût : « Souvent 50 % de plus sur la facture, voire plus. Mais quand on fait appel au câble, on vise des arbres de bonne qualité et des essences que l’on pourra mieux valoriser », précise le technicien de l’ONF. « C’est sûr que c’est plus cher. Mais ça permet de sortir le bois tout de suite et d’éviter qu’il ne s’abîme pendant des semaines ou des mois. Au final, on peut mieux le valoriser que s’il était resté là tout l’hiver », ajoute Jean‑Baptiste Lefloch. Propriétaires et exploitants l’ont bien compris : l’agenda de la société finistérienne est déjà complet jusqu’en 2027.

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