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Chaque année, plus de 320 000 tonnes de poissons sont pêchées en France, selon les estimations de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer). Dans les zones économiques exclusives françaises, un tiers de ces captures proviennent des chalutiers pélagiques.
Ces navires usines déploient d’immenses filets tractés en pleine eau pour maximiser leurs prises, sans réelle distinction des espèces ciblées. D’autres méthodes industrielles aggravent la situation : les chaluts de fond raclent les fonds marins à l’aide d’une drague, tandis que la pêche à la senne emprisonne des bancs entiers en les ramenant jusqu’à la surface.
Un écosystème marin sous haute tension
L’impact de ces techniques intensives est alarmant. Les populations de nombreuses espèces, telles que le maquereau, le saumon ou le cabillaud, s’effondrent faute de temps pour se renouveler. Ce déclin prive également les autres espèces marines concurrentes de leurs sources de nourriture.
Les dommages collatéraux affectent lourdement la faune sauvage. Dauphins, tortues et oiseaux marins se retrouvent régulièrement pris au piège des filets de manière accidentelle. Face à cette urgence, une trêve hivernale d’un mois a été instaurée dans le golfe de Gascogne. Cette fermeture temporaire a porté ses fruits : elle a permis d’épargner 60 % des dauphins concernés en un mois et d’amorcer la recrudescence de certaines populations de poissons protégées.
L’opacité du système des quotas
Pour limiter la surpêche, des quotas basés sur des évaluations scientifiques sont fixés par les autorités publiques européennes. En France, les captures autorisées pour le maquereau ont par exemple été drastiquement réduites de 70 %.
Cependant, l’association BLOOM, spécialisée dans la conservation marine, souligne une répartition très inéquitable. Sur les côtes françaises, seuls 3 % des navires accaparent la moitié des poissons pêchés. Les grands perdants de ce système restent les petits pêcheurs artisans.
L’attribution nationale est gérée par treize organisations de producteurs. La plus puissante d’entre elles, située à Boulogne-sur-Mer, détient à elle seule 44 % des quotas nationaux. Elle les alloue à seulement deux navires usines de plus de 80 mètres de long, capables d’extraire chacun jusqu’à 150 tonnes de poissons par jour. Bien que rattachés à la France, ces navires industriels appartiennent en réalité à des multinationales néerlandaises, accaparant des volumes qui auraient pu faire vivre un millier de petits pêcheurs artisans locaux.
Comment adapter sa consommation ?
Pour préserver les océans, il est essentiel de privilégier des méthodes de pêche sélectives et douces. La technique employée, comme la pêche à la ligne, reste le critère principal pour identifier un achat responsable.
- Privilégier les poissons pêchés localement sur les côtes françaises et éviter systématiquement la pêche au chalut. Des réseaux dédiés et des associations permettent aujourd’hui de se fournir directement auprès d’artisans pêcheurs engagés.
- Délaisser les poissons situés en haut de la chaîne alimentaire, notamment le trio saumon, thon et cabillaud, dont les stocks sont sous pression. Privilégier des espèces moins ciblées comme la dorade ou le tacaud.
- Garder un esprit critique face aux labels apposés sur les emballages, qui peuvent parfois s’avérer trompeurs.
- Intégrer davantage de repas végétalisés dans son alimentation quotidienne.
La résilience de la nature est prouvée dès lors que des mesures de protection fortes et durables sont appliquées. Les trêves de pêche montrent qu’il est encore possible d’inverser la tendance et de laisser le milieu marin se régénérer.
