Combien de temps peut-on survivre sans nourriture ?

par Olivier
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Combien de temps peut-on survivre sans nourriture ?
Royaume-Uni, Irlande

Contexte historique et limites physiologiques de la faim

Bobby Sands mural

Au croisement de l’histoire et de la science, la grève de la faim de Bobby Sands illustre à la fois un acte politique extrême et une mise à l’épreuve des capacités humaines à survivre sans nourriture. En 1981, le journal Hindustan Times rapporta que la Première ministre Margaret Thatcher laissa périr un membre du Parlement, Bobby Sands, alors qu’il s’affaiblissait dans la prison H‑Block d’Irlande du Nord. Les détenus y vivaient dans des conditions dégradantes : isolement prolongé, dénuement des matériaux de lecture et conforts élémentaires retirés.

Sands démarra une grève de la faim de 66 jours, ne consommant que de l’eau et du sel, pour protester contre ces traitements. Dix grévistes de la faim succombèrent au terme de ces actions collectives. Son geste s’inscrivait dans une tradition de résistance non violente, inspirée notamment par Terence McSwiney, mort après une grève de la faim de 74 jours en détention (UPI). McSwiney affirmait : « Ce ne sont pas ceux qui peuvent infliger le plus, mais ceux qui peuvent le plus souffrir, qui dureront. »

Bobby Sands

Ce n’est pas tant la durée que la masse corporelle qui compte

Sur le plan physiologique, l’organisme réagit rapidement au manque d’apport alimentaire. Selon analyses médicales, il ne faut souvent que huit heures pour que le métabolisme commence à se réorienter face à l’absence de nourriture. Les études expérimentales sur la durée avant la mort par famine sont rares, car ce type de recherches soulève des enjeux éthiques majeurs.

Les observations issues d’accidents — personnes ensevelies ou piégées — apportent toutefois des repères :

  • Privées d’eau et de nourriture, les victimes ont généralement succombé entre 8 et 21 jours selon une revue de cas (Archiv Fur Kriminologie, 2009).
  • Un individu ayant accès à l’eau mais privé de nourriture peut tenir environ deux mois, durée proche de celle observée lors de certaines grèves de la faim.
  • Des documentations médicales sur des grèves de la faim indiquent souvent une issue avant 40 jours en raison des complications graves (BMJ).

Plusieurs facteurs influencent la survie sans nourriture :

  • La masse corporelle et les réserves de graisse : plus elles sont élevées, plus la durée avant l’épuisement est longue.
  • Un indice de masse corporelle critique semble exister : environ 13 chez l’homme et 11 chez la femme, en deçà duquel la survie devient improbable.
  • Le sexe joue un rôle physiologique : les femmes conservent mieux les protéines et possèdent en moyenne une réserve de graisse plus importante, ce qui leur confère un avantage relatif.
  • L’obésité, paradoxalement, peut prolonger la capacité à survivre en offrant davantage de « carburant » avant que l’organisme n’attaque les muscles.

Ces données historiques et médicales permettent de mieux comprendre les limites biologiques de la privation alimentaire et éclairent la complexité du phénomène de grève de la faim, situé à l’intersection de la résistance politique et des mécanismes métaboliques.

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