Science : que deviennent réellement les corps non enterrés ?
Qu’on le veuille ou non, chacun finit par mourir ; il vaut donc la peine de se demander ce que deviennent nos restes ensuite. Pendant la plus grande partie de l’histoire humaine, la réponse était simple : l’inhumation. Enterrer les morts profondément sous terre permettait de les éloigner des vivants, tout en respectant une pratique funéraire devenue la norme pendant des siècles.
Mais l’enterrement traditionnel recule. L’embaumement est particulièrement nocif pour l’environnement, et en 2016 la crémation est devenue, pour la première fois aux États-Unis, la manière la plus courante de traiter les dépouilles. Pourtant, brûler un corps demande beaucoup d’énergie et produit d’importantes quantités de dioxyde de carbone. Là encore, l’option n’a rien d’idéal pour qui cherche des funérailles écologiques. Face à cela, de nouvelles solutions apparaissent, plus vertes, parfois surprenantes, et parfois franchement déroutantes.
Chez les générations les plus jeunes, les choix autour des corps non enterrés devraient devenir de plus en plus nombreux. Certaines pratiques visent à réduire l’empreinte carbone, d’autres à réinventer le rapport entre science, écologie et rites funéraires. Voici donc ce qui arrive réellement aux corps qui ne finissent pas sous la terre.

Le compostage humain est l’une des alternatives les plus prometteuses à l’enterrement classique. L’État de Washington a fait la une en 2019 en devenant le premier à légaliser la « réduction organique naturelle », une manière élégante de parler de compostage d’un corps humain. Le processus, aussi appelé compostage humain, compostage du corps ou recomposition, consiste à transformer un défunt en terre fertile.
Concrètement, après le décès, le corps est placé dans un contenant spécialement conçu, avec des copeaux de bois, de la luzerne et de la paille. Les micro-organismes prennent ensuite le relais et décomposent lentement les tissus. Environ sept semaines plus tard, les restes sont تبدیلés en près d’un mètre cube de compost riche en nutriments, pouvant être rendu à la famille ou utilisé pour enrichir des sols dans un cadre de conservation.
Cette solution séduit aussi par son bilan environnemental : elle consomme environ huit fois moins d’énergie que la crémation et permet d’éviter l’émission d’une tonne métrique de dioxyde de carbone par corps composté. Pour ceux qui cherchent des funérailles écologiques, c’est une option devenue emblématique.
La cryonie, elle, relève presque de la science-fiction. Apparue dans les années 1960, elle repose sur l’idée qu’un corps conservé juste après la mort pourrait, un jour, être réanimé ou au moins suffisamment préservé pour que ses souvenirs et sa personnalité soient récupérés. Le 12 janvier 1967, un professeur de psychologie mort d’un cancer du foie est devenu la première personne cryoconservée, ouvrant la voie à ce domaine encore très controversé.
Lorsque la cryonie est choisie, le sang est remplacé par des mélanges contenant des composés antigel et des agents de préservation des organes, puis le corps est conservé dans l’azote liquide. L’objectif n’est pas seulement de garder le tissu intact, mais surtout de préserver le cerveau. Même les partisans de cette pratique admettent qu’une résurrection à la Lazare est improbable ; ils espèrent plutôt qu’un futur très avancé permettra de numériser une personnalité à partir d’un cerveau suffisamment intact.
Tout le monde n’y croit pas. Certains chercheurs considèrent qu’il s’agit d’un espoir irréaliste, bien au-delà des promesses réelles de la technologie. Malgré cela, plusieurs centaines de corps étaient déjà conservés de cette manière à la fin des années 2010, preuve que l’attrait pour une vie après la mort scientifique reste puissant.
Une autre approche, encore plus radicale, est la promession. Imaginée par la biologiste suédoise Susanne Wiigh-Mäsak, cette méthode part d’un constat simple : les corps embaumés nuisent aux sols. Son idée consiste à congeler le corps à l’azote liquide, puis à le faire vibrer jusqu’à ce qu’il se brise en minuscules fragments. Le tout est ensuite lyophilisé, débarrassé de ses éléments métalliques, puis placé dans un contenant biodégradable enterré peu profondément.
Le principe est de rendre au sol une matière organique легко assimilable. À ce jour, la promession n’est pas légale partout et certains doutent même de sa faisabilité, mais des entreprises continuent d’y travailler. Si elle aboutit, elle pourrait devenir une solution funéraire respectueuse de l’environnement.
La resomation, aussi appelée crémation à l’eau ou hydrolyse alcaline, propose une autre manière de traiter un corps sans recourir au feu. Le défunt est placé dans une chambre étanche remplie d’eau et de soude, chauffée à haute température. Après plusieurs heures, tout ce qui reste hors des os devient un liquide brun évacué, tandis que les os sont réduits en poudre puis remis à la famille.
Loin d’être une invention récente, ce procédé a été breveté dès 1888. Utilisé d’abord pour traiter des carcasses animales, puis pour certains animaux de compagnie, il a fini par intéresser le grand public. Aujourd’hui, plusieurs États américains l’autorisent, et certaines institutions médicales y ont recours régulièrement.

La plastination, enfin, transforme le corps en support d’étude, parfois même en œuvre visuelle. Elle consiste à remplacer l’eau et les graisses des tissus par un polymère réactif, comme du silicone, de l’époxy ou des résines polyester. Ce procédé long et complexe peut demander environ 1 500 heures de travail, mais il produit des spécimens durables, utilisés dans de nombreuses institutions médicales.
À l’origine, l’objectif était d’améliorer l’enseignement de l’anatomie. Mais la plastination a aussi séduit le grand public, notamment à travers de célèbres expositions de corps plastinés. Le résultat a déplacé cette technique du strict domaine scientifique vers celui de la culture visuelle, au point que certains y voient une forme de sculpture anatomique.
Dans le même esprit, le don du corps à la science joue un rôle crucial dans la recherche médicale. Contrairement au don d’organes, il s’agit d’un geste distinct, essentiel à la formation des médecins et à l’étude du corps humain. De nombreux mythes circulent à son sujet, mais il est possible de donner son corps même si l’on a été malade, tatoué, piercé ou porteur d’un stimulateur cardiaque.
À l’autre extrémité du spectre, certaines pratiques funéraires invitent à sortir totalement du modèle terrestre. L’inhumation en mer, par exemple, reste une tradition ancienne, associée aux marins, aux pêcheurs et à certaines branches militaires. Elle obéit toutefois à des règles strictes, notamment en matière de distance au large, de profondeur et d’autorisation administrative.
Dans les cultures de haute montagne, les funérailles célestes occupent une place tout aussi singulière. Chez les bouddhistes tibétains, le corps est offert aux vautours, considérés comme des messagers spirituels. Le ritual est conduit par un spécialiste qui prépare la dépouille, puis les oiseaux viennent consommer les restes jusqu’aux os, lesquels sont ensuite écrasés et mélangés à d’autres matières avant d’être à leur tour donnés aux oiseaux.
Enfin, si les usages contemporains préfèrent généralement éviter les comparaisons trop directes, l’histoire humaine rappelle que certaines sociétés ont pratiqué l’endocannibalisme, c’est-à-dire la consommation rituelle des membres morts du groupe. Dans plusieurs cas, il s’agissait d’un acte de respect envers les défunts, d’un signe de deuil et d’un moyen symbolique d’accompagner leur passage.
Qu’il s’agisse de compostage humain, de cryonie, de resomation, de plastination ou de dons à la recherche, la réflexion sur les corps non enterrés montre à quel point les sciences funéraires évoluent. Entre écologie, médecine légale et culture, les choix que l’on fait pour les morts dessinent déjà les pratiques funéraires de demain.










