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Histoire
Pour appréhender l’histoire de l’ukulélé, il faut d’abord reconnaître sa nature insaisissable : petit, léger et vif, il réapparaît sans cesse dans la culture populaire. Souvent associé à sa forme soprano, l’ukulélé existe cependant en plusieurs tailles, et beaucoup pensent à tort qu’il est né à Hawaii il y a des siècles.

Le véritable point de départ se situe au XIXe siècle, dans un contexte de difficultés économiques mondiales — et tout particulièrement sur l’île de Madère. Cette île portugaise, réputée pour son climat presque tropical et son vignoble, a traversé des décennies de mauvaises récoltes qui ont poussé de nombreux habitants à chercher du travail à l’étranger.
À la même époque, le royaume d’Hawaii, encore appelé Sandwich Islands, connaissait un essor agricole mais manquait de main-d’œuvre. Des recruteurs européens firent venir des travailleurs de Madère pour cultiver les champs hawaïens, et ces ouvriers apportèrent avec eux des objets du quotidien — et un instrument à cordes qui allait transformer la scène musicale locale.
Un instrument venu d’ailleurs

Les immigrants apportèrent une petite guitare populaire à Madère, souvent appelée « machete » — un instrument quatre cordes, proche du guitarre mais plus compact. Les habitants d’Hawaii adoptèrent rapidement cet instrument, lui donnant un nouveau nom : ukulélé, que l’on peut traduire par « puce qui saute » ou « danseuse de puce » selon les interprétations.
Des témoignages historiques et des recherches montrent que le machete — ancêtre direct de l’ukulélé — s’est diffusé à Hawaii vers 1879 avec l’arrivée des travailleurs portugais. La popularité de l’instrument se consolida notamment grâce au soutien du roi David Kalakaua, qui intégra des musiciens accompagnés d’ukulélés dans sa cour et apprit lui‑même à en jouer.
Rayonnement et popularité

Au début du XXe siècle, l’ukulélé connut un véritable âge d’or sur la côte Ouest des États‑Unis, notamment à San Francisco, où il devint un élément marquant de l’ère du jazz. Des artistes comme Cliff Edwards, alias « Ukulele Ike », contribuèrent à son image populaire.
Depuis, l’ukulélé a connu plusieurs vagues de redécouverte — des années 1920 aux mouvements contemporains — et séduit par sa facilité d’apprentissage et son faible coût par rapport à la guitare. On le trouve aujourd’hui dans de nombreuses tailles :
- sopranino
- soprano
- concert
- ténor
- baryton
- basse
Des figures singulières, comme Herbert Butros Khaury (connu sous le nom de scène Tiny Tim), ont marqué l’imaginaire collectif avec des interprétations mémorables. Mais au‑delà des anecdotes, l’essentiel reste la trajectoire étonnante de cet instrument : né d’une tradition portugaise insulaire, adopté et transformé à Hawaii, puis diffusé mondialement.
Ce récit historique éclaire autant les mouvements migratoires du XIXe siècle que les échanges culturels qui façonnent les instruments et les musiques populaires — une suite naturelle pour qui s’intéresse à l’histoire, à la science sociale et à la culture.
