Le nombre réel d’enfants de Genghis Khan

Poursuivant l’examen historique de la dynastie mongole, il convient de s’interroger : combien d’enfants Genghis Khan a-t-il réellement eus ? Né vers 1162 et mort en 1227, Temüjin — futur Genghis Khan — imposa son pouvoir en unifiant des tribus rivales. Sa stratégie matrimoniale, héritée partiellement de son père, contribua autant à son pouvoir qu’à sa renommée familiale : plusieurs épouses légitimes, des concubines nombreuses et des alliances politiques façonnèrent une descendance considérable.

Une étude de génétique historique publiée en 2003 a mis en lumière un phénomène frappant : environ 1 homme sur 200 dans une vaste zone d’Eurasie portait un marqueur du chromosome Y indiquant une ascendance commune remontant à près de mille ans. Ce « père‑fondateur » génétique pourrait bien être lié à Genghis Khan, ce qui laisse penser qu’il a engendré un grand nombre de fils non reconnus officiellement.
- Reconnaissance légale : selon les lois mongoles de l’époque, seuls les héritiers issus de la lignée dorée étaient véritablement légitimes. Ainsi, Genghis reconnut principalement les quatre fils nés de sa première épouse, Börte — Jochi, Chagatai, Ogedei et Tolu — comme successeurs officiels.
- Descendance biologique : malgré cette reconnaissance limitée, les données génétiques suggèrent des centaines de descendants mâles non enregistrés.

Les filles n’étaient pas négligées pour autant. Börte, la grande épouse, eut un rôle politique important : certaines de ses filles gouvernèrent des territoires et furent investies de responsabilités stratégiques. L’historien Jack Weatherford mentionne six filles éminentes — Khojin, Alaqai, Al‑Altun, Checheyigen, Tumelun et Tolai — sans que toutes ne soient nécessairement de Börte.
- Effectif de Börte : au maximum six filles et quatre fils, soit dix enfants reconnus de la principale épouse.
- Influence féminine : plusieurs filles et épouses furent placées à des postes clés pour administrer l’empire et protéger des intérêts tribaux.

Parmi les autres épouses, Qulan, princesse Merkit, occupa une place singulière. Son fils Kölgen fut traité presque comme les héritiers de Börte : il mena des troupes et prit part aux campagnes, bien que sa position inférieure l’empêchât d’hériter d’un territoire souverain.

Les sœurs tatares Yesugen et Yesui (Yisügen et Yisüi) illustrent une autre stratégie : après la défaite de leur père, elles furent intégrées comme épouses pour protéger les survivants de leur peuple. Leur union produisit notamment Cha’ur, fils de Yesugen, dont le statut resta secondaire.

D’autres épouses et concubines — Ibaqa, Moga, Chaqa, la princesse Qiguo, la reine des Naimans Gürbesü, entre autres — jouèrent des rôles politiques ou symboliques. Toutefois, peu d’enfants issus de ces unions sont attestés de façon sûre dans les sources ; seuls quelques noms supplémentaires apparaissent parfois, comme Orchan ou Jürchedei.

Face aux récits médiévaux et aux enquêtes modernes, il est difficile d’établir un chiffre précis pour la descendance biologique de Genghis Khan. Quelques éléments synthétiques :
- Sources contemporaines et postérieures évoquent des centaines de concubines (un chiffre souvent cité est 500), ce qui ouvre la possibilité d’un très grand nombre d’enfants biologiques.
- Les historiens estiment qu’une concubine donnait en moyenne un à deux enfants ; beaucoup n’en eurent aucun. Par conséquent, la descendance plausible se compte en centaines plutôt qu’en dizaines de milliers.
- Plafond théorique : certaines estimations suggèrent que le nombre total d’enfants biologiques n’a probablement pas dépassé mille, même si un chiffre plus modeste — quelques centaines — paraît plausible.
Ainsi, l’expression « Genghis Khan enfants » renvoie à deux réalités complémentaires : la lignée officielle, concentrée autour des héritiers de Börte, et une vaste descendance biologique diffuse, attestée indirectement par la génétique et les récits historiques.
Pour enchaîner avec l’analyse génétique et l’impact de ces descendants sur l’histoire de l’Eurasie, la section suivante explore les preuves scientifiques et leurs implications.
