Les plans secrets d’Hitler pour les États-Unis en cas de victoire

par Olivier
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Les plans secrets d'Hitler pour les États-Unis en cas de victoire
Histoire

Avec le recul, la victoire des Alliés lors de la Seconde Guerre mondiale peut sembler avoir été une évidence. Pourtant, durant les premières années du conflit, l’issue était loin d’être certaine. Adolf Hitler, dont l’ascension fulgurante et les discours sur la pureté raciale avaient galvanisé une partie de l’Europe, étendait son emprise de manière inquiétante. Après avoir dominé ses voisins et orchestré l’horreur de l’Holocauste, une question hantait les esprits outre-Atlantique : le Führer avait-il des vues sur les États-Unis ?

Une invasion de l’Amérique aurait représenté une tâche titanesque. Cependant, des indices historiques suggèrent qu’Hitler et son état-major n’écartaient pas l’idée d’un affrontement futur. Pourquoi commander des navires de guerre gigantesques et des bombardiers à très long rayon d’action si ce n’est pour préparer un duel transatlantique ? Voici ce que l’histoire nous apprend sur les projets, parfois délirants, qu’Hitler réservait aux États-Unis en cas de victoire.

Une rivalité identifiée très tôt

Carte des années 1930 montrant les ressources agricoles et industrielles des États-Unis
Les ressources américaines étaient perçues comme une menace à long terme pour l’hégémonie allemande.

Bien qu’il ne l’ait jamais pleinement admis en public, les écrits d’Hitler révèlent qu’il percevait les États-Unis comme un rival potentiel dès les années 1920. Dans un second livre non publié, écrit après « Mein Kampf », il soutenait que l’Amérique nourrissait des ambitions impérialistes. Le but des nazis était alors de créer une union européenne sous domination allemande pour contrer l’hégémonie nord-américaine. Cette lutte s’inscrivait dans sa quête du Lebensraum, l’espace vital.

En 1941, lors d’une rencontre avec l’ambassadeur japonais, le général Hiroshi Oshima, Hitler a réitéré cette position, prônant une alliance avec le Japon pour « anéantir conjointement » la menace américaine. Il reconnaissait la puissance industrielle des États-Unis et l’avantage technologique qu’elle représentait, même après leur entrée en guerre.

L’Amérique : entre modèle racial et dégénérescence

La vision d’Hitler sur la société américaine était complexe et changeante. Au départ, il voyait dans les États-Unis les germes d’une société idéale, louant les éléments « nordiques » qui y avaient émigré et réussi. Il admirait particulièrement les lois américaines sur l’immigration restrictive et la ségrégation, y voyant un moyen de préserver la « pureté » de la nation. Ironiquement, il estimait que l’Allemagne s’affaiblissait en laissant partir ses meilleurs éléments vers le Nouveau Monde.

Adolf Hitler et l'architecte Albert Speer avant le rassemblement de Nuremberg en 1935
Hitler s’est un temps inspiré de certaines lois américaines pour façonner sa politique raciale.

Cependant, sa perception a évolué vers le mépris dans les années 1930. Il a fini par considérer les États-Unis comme une nation affaiblie par le métissage racial, qu’il qualifiait de « dégénérée ». Pour Hitler, cette diversité, aujourd’hui considérée comme une force, était synonyme de faiblesse économique et culturelle, rendant le pays plus facile à vaincre à l’avenir. Il n’en restait pas moins conscient de la résilience économique américaine face aux crises, contrairement aux nations européennes.

Le « Stufenplan » et le rêve de bombarder New York

Les historiens débattent encore de l’existence d’un plan formel de domination mondiale, souvent désigné sous le nom de Stufenplan (plan par étapes). L’idée était de consolider l’empire en Europe avant de se tourner vers une confrontation inévitable avec les États-Unis. La géographie restait cependant un obstacle majeur : l’océan Atlantique.

Bombardier Messerschmitt Me 264 en vol
Le projet de bombardier à longue portée visait à frapper le sol américain.

Malgré ses dénégations publiques — il a affirmé à un journaliste du magazine LIFE en 1941 qu’une invasion de l’Amérique était aussi probable qu’une expédition sur la Lune — Hitler préparait secrètement des moyens d’attaque. Le programme « Amerikabomber » visait à développer des avions à très long rayon d’action, comme le Messerschmitt Me 264, capables d’atteindre la côte Est. Albert Speer, l’architecte du Reich, a rapporté qu’Hitler rêvait de voir les gratte-ciels de New York transformés en torches géantes s’effondrant les uns sur les autres.

Des super-cuirassés pour défier l’US Navy

Un destroyer allemand sur l'eau pendant la Seconde Guerre mondiale
L’Allemagne développait des navires colossaux pour rivaliser avec la flotte américaine.

Parallèlement aux bombardiers, l’Allemagne nazie travaillait sur la classe H, une série de cuirassés titanesques. Le modèle H-44, le plus imposant, aurait pesé environ 140 000 tonnes et aurait été équipé de canons de 508 mm, surpassant tout ce que les marines américaine ou japonaise possédaient. Bien que la construction de certains navires de classe H ait débuté, le projet a été abandonné face aux réalités de la guerre, les ressources étant redirigées vers des besoins plus immédiats.

Un Holocauste nord-américain ?

Si les nazis avaient pris le contrôle de l’Amérique du Nord, il est fort probable qu’ils y auraient étendu leur politique génocidaire. Un livre en langue allemande, conservé par Bibliothèque et Archives Canada, intitulé « Statistiques, presse et organisations de la juiverie aux États-Unis et au Canada », recense de manière détaillée les populations juives des grandes villes nord-américaines.

Hitler lisant des dossiers assis à l'extérieur
La machine bureaucratique nazie avait déjà commencé à recenser les populations juives d’Amérique du Nord.

Ce document, commandé par le parti nazi, ne contient pas d’ordre explicite d’extermination, mais il s’apparente aux travaux de recensement qui ont précédé la Shoah en Europe. Cela suggère que l’Holocauste n’était pas conçu comme un événement purement européen, mais comme un projet mondial en attente d’opportunité.

Collaborateurs et influence culturelle

Hitler espérait également compter sur des soutiens internes. Il admirait des figures comme Henry Ford, connu pour son antisémitisme virulent, et Charles Lindbergh, porte-étendard du mouvement isolationniste « America First ». Le Führer imaginait aussi, de manière assez surréaliste, une alliance future avec la Grande-Bretagne vaincue pour combattre les États-Unis.

Sur le plan culturel, Hitler portait un grand intérêt à Hollywood. Bien qu’il critiquât la culture américaine, il comprenait la puissance du cinéma de propagande. Des recherches ont montré que certains studios hollywoodiens, avant l’entrée en guerre des États-Unis, avaient parfois cédé aux pressions allemandes pour ne pas perdre le marché du Reich. En cas de victoire, l’industrie du film américaine aurait sans doute été transformée en un outil de propagande nazie.

L’absence d’un plan d’occupation concret

Malgré ces ambitions, les développements technologiques et les fantasmes idéologiques, il n’existe aucune preuve qu’Hitler ait jamais élaboré un plan d’occupation militaire concret et détaillé des États-Unis. La logistique d’une telle opération dépassait les capacités allemandes de l’époque.

Hitler assis à son bureau écoutant une grande radio
Au-delà de la rhétorique, aucun plan d’invasion réaliste n’a jamais été formalisé.

Il semble que la stratégie nazie reposait davantage sur l’espoir d’un effondrement interne de l’Amérique, alimenté par les tensions raciales et politiques, ou sur une domination économique et diplomatique après une victoire totale en Europe. L’invasion physique restait, même pour l’esprit mégalomane d’Hitler, une perspective lointaine et floue.

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