La vérité cachée sur l’objet interstellaire ‘Oumuamua

par Olivier
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La vérité cachée sur l'objet interstellaire 'Oumuamua
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L’espace. Le dernier frontière. Un territoire si vaste, si étrange et si difficile à concevoir pour l’esprit humain que, dès que les terriens les plus assurés croient l’avoir compris, il faut réécrire les règles. Il suffit de penser à Pluton, cette petite pierre céleste qui a été reléguée au rang de « planète naine » dans les années 2000.

De temps à autre, pourtant, un objet si bizarre apparaît dans le cosmos que les explications les plus rationnelles semblent soudain insuffisantes. C’est ce qui s’est produit en 2017, lorsqu’un corps allongé baptisé ‘Oumuamua a surgi d’un autre système solaire, s’est invité dans les actualités et a déclenché une tempête de questions. Des années plus tard, certains y voient encore une soucoupe volante, d’autres envisagent même des missions pour l’atteindre, tandis que l’objet poursuit sa route au loin. Voici ce que l’on sait de cet étrange objet interstellaire qui a autant excité la communauté scientifique que les amateurs de mystères extraterrestres.

Oui, ‘Oumuamua est bien le « cigare spatial » dont on a tant parlé

Vous avez sans doute vu passer cette curiosité sur les réseaux sociaux à l’automne 2017, et non, il ne s’agissait pas d’un article satirique. À l’époque, la forme inhabituelle de ‘Oumuamua a conduit beaucoup de personnes à le surnommer « cigare spatial », une image facile à retenir, même si l’objet ne se fume pas et ne ressemble pas vraiment à un véritable cigare vue de près.

Ce qui rendait cette découverte importante, c’est qu’elle marquait la toute première observation visuelle d’un objet interstellaire venu de l’extérieur du système solaire. Autrement dit, il s’agissait d’un corps céleste originaire des régions lointaines de l’espace intersidéral. Dans une superproduction de science-fiction, on aurait imaginé des sons menaçants et des créatures monstrueuses. Dans la réalité, la communauté scientifique s’est surtout passionnée pour son étrangeté : ‘Oumuamua ne présentait pas de coma, cette enveloppe de poussière et de gaz typique des comètes près du Soleil, tout en affichant une forme de planche, une teinte rougeâtre et possiblement une composition riche en glace.

Le résultat est un objet scientifique majeur, encore discuté aujourd’hui, qui continue de défier les catégories habituelles de l’astronomie.

‘Oumuamua a été découvert par hasard

Le découvreur de cet objet insolite est Robert Weryk, chercheur postdoctoral à l’Université d’Hawaï. Aussi surprenant que cela puisse paraître, la découverte de ce « cigare spatial » releva du pur hasard. Le 19 octobre 2017, Weryk observait le ciel depuis le télescope Pan-STARRS, à Maui, à la recherche d’astéroïdes susceptibles de s’approcher de la Terre. Il est alors tombé sur ce qui allait devenir l’un des objets les plus intrigants de l’astronomie contemporaine.

En examinant deux images prises la veille, il s’est avéré que l’objet était encore plus déroutant qu’il n’y paraissait. Sa forme longue et très aplatie lui fait effectuer une rotation sur lui-même en environ huit heures, si bien qu’il semble se retourner dans l’espace comme un nageur maladroit. Mais ce qui a surtout captivé les scientifiques, c’est son origine extérieure au système solaire : ‘Oumuamua était exactement le type de « visiteur interstellaire » que les chercheurs espéraient observer depuis des décennies.

Comment ‘Oumuamua a-t-il reçu un nom aussi remarquable ?

Son nom ne lui a certainement pas été attribué au hasard. Il a été donné par l’équipe hawaïenne de Pan-STARRS qui l’a repéré en premier. Le mot vient de la langue hawaïenne et peut se traduire approximativement par « éclaireur », « messager venu de loin » ou encore « premier messager arrivant d’ailleurs ». Un nom particulièrement approprié pour un objet venu d’un autre système stellaire.

Pour respecter la forme correcte, il faut aussi tenir compte de l’ʻokina, le petit signe de ponctuation hawaïen placé avant le premier O. En d’autres termes, on écrit ‘Oumuamua, et non Oumuamua. Comme souvent en astronomie, l’objet possède également une désignation plus technique : il a reçu la lettre I, réservée aux objets interstellaires, ce qui donne le nom scientifique 1I/2017 U1. Précis, certes, mais bien moins mémorable que son nom hawaïen.

Le casse-tête scientifique autour de cet étrange objet

Lorsque ‘Oumuamua est apparu sur les écrans des télescopes, il a immédiatement mis la communauté scientifique en ébullition. Pourquoi ? Parce que personne ne parvenait à s’accorder sur sa nature exacte. Certains chercheurs ont d’abord envisagé qu’il puisse s’agir d’une « comète zombie », c’est-à-dire d’un noyau cométaire dont le Soleil aurait détruit la partie active, ne laissant qu’un résidu poussiéreux. D’autres ont proposé l’idée d’un planétésimal, fragment rocheux détaché d’une planète plus grande. D’autres encore ont avancé qu’il pouvait s’agir d’une nouvelle classe d’objet cosmique.

Avec le recul, la plupart des spécialistes le considèrent aujourd’hui comme une comète très atypique. Cette hypothèse repose sur sa vitesse élevée, qui suggère un mouvement entretenu par un dégazage, c’est-à-dire la libération de substances piégées à l’intérieur de l’objet. Ce mécanisme est typique des comètes. Mais une question demeure : et si ‘Oumuamua n’était pas simplement une roche ? Et s’il était un peu plus… extraterrestre ?

Alors, ‘Oumuamua serait-il lié aux extraterrestres ?

Admettons-le : c’est probablement la première idée qui a traversé l’esprit de beaucoup de gens. Dès son apparition, ‘Oumuamua a nourri les fantasmes d’un vaisseau venu d’ailleurs. La communauté scientifique a d’abord rejeté ces spéculations, puis Avi Loeb, à la tête du département d’astronomie de l’université Harvard, a relancé le débat. Sans affirmer que l’objet était artificiel, il a estimé que les chercheurs devaient au moins rester ouverts à cette possibilité.

Loeb a publié un article sur le sujet, et sa prise de position a encouragé d’autres scientifiques à examiner sérieusement la question des extraterrestres sans réduire le débat à une plaisanterie. Comme il l’a dit lui-même : « Le but de la science n’est pas d’avoir des préjugés. » Une fois la discussion lancée, il devenait logique de rechercher d’éventuels signaux radio. Les observations menées dans le cadre du projet Breakthrough Listen n’ont toutefois détecté aucun indice de technologie, du moins avec les moyens de détection disponibles à ce jour.

Quand il s’agit de ‘Oumuamua, mieux vaut ne pas exclure totalement l’idée de voiles lumineuses

La première règle concernant les phénomènes étranges ? Ce n’est généralement pas des extraterrestres. La seconde ? Il faut rester ouvert à toutes les hypothèses. Certains chercheurs, comme Ray Norris de la Western Sydney University, rappellent que les preuves en faveur d’une origine artificielle sont minces, mais qu’il serait prématuré d’écarter entièrement l’idée d’un vaisseau abandonné depuis des temps immenses.

Dans cette perspective, une théorie proposée par Avi Loeb et Shmuel Bialy suggère que ‘Oumuamua pourrait être une « voile lumineuse », c’est-à-dire un type de propulsion utilisant la pression du rayonnement. Si un tel vaisseau avait traversé le système solaire sans émettre de signaux radio, cela pourrait s’expliquer soit par son ancienneté extrême, soit par le fait qu’il s’agirait encore d’une technologie active envoyée en exploration. À ce stade, il ne s’agit pas d’affirmer que l’objet est artificiel, mais simplement qu’une telle possibilité ne peut pas être totalement balayée.

Les microbes sur ‘Oumuamua ? Voilà une autre hypothèse

Si des extraterrestres voyageaient effectivement à bord de ‘Oumuamua, il y a fort à parier qu’il ne s’agirait pas d’êtres humanoïdes ou de créatures spectaculaires. L’hypothèse la plus prudente concerne des organismes bien plus minuscules : des bactéries. C’est ici qu’entre en jeu la théorie de la panspermie galactique, selon laquelle les briques chimiques de la vie pourraient se disséminer à travers l’univers à bord d’objets spatiaux comme les astéroïdes, les météoroïdes ou d’autres corps interstellaires.

Certains chercheurs estiment que ‘Oumuamua pourrait très bien transporter, abritées sous sa surface, des quantités immenses de micro-organismes. Son extérieur dur et sec, riche en carbone, pourrait protéger un noyau plus froid et plus riche en eau, ce qui offrirait de bonnes conditions à une survie prolongée. Dans le bon environnement, des bactéries peuvent survivre pendant des millions d’années. Si cette idée était correcte, d’innombrables objets interstellaires pourraient semer la vie en voyageant de monde en monde. Selon la sensibilité de chacun, cette image relève soit d’une merveille cosmique, soit d’un horreur vertigineuse à la Lovecraft.

Il faut toutefois rester prudent : rien ne prouve que ‘Oumuamua soit fait de glace. Même son comportement en s’approchant du Soleil n’a pas été celui d’un objet glacé classique, ce qui affaiblit cette hypothèse. Dans le doute, mieux vaut donc garder une certaine distance avec sa croûte.

D’où vient ‘Oumuamua ?

‘Oumuamua et Luke Skywalker ont plus en commun qu’on ne le croit. Tous deux ont parcouru l’univers avec des intentions pacifiques. Tous deux ont aussi bousculé l’ordre établi à leur manière. Selon une étude publiée dans les Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, ‘Oumuamua vient lui aussi d’un système stellaire binaire, c’est-à-dire un système autour de deux soleils, à la manière de Tatooine.

Depuis qu’il a quitté ces deux étoiles, ce solitaire du cosmos a parcouru des distances immenses, pour la plupart antérieures à l’existence de l’humanité. Il y a plus de trois millions d’années, il serait passé près d’une naine jaune nommée HD 292249 ; il y a environ un million d’années, il aurait croisé la route de la naine rouge HIP 3757. Lorsque les télescopes terrestres l’ont localisé, il avait la constellation de la Lyre dans son sillage et se dirigeait vers Pégase. Son passage à travers notre système solaire n’aura été qu’une brève visite avant un nouveau voyage vers l’espace profond.

Quelle est la taille réelle de ‘Oumuamua ?

Si vous imaginez dessiner ‘Oumuamua percutant la Terre, peut-être pour la pochette d’un album de metal, il faut savoir que l’objet est bien plus grand qu’on ne l’imagine souvent. D’après les estimations, il est suffisamment imposant pour que sa comparaison avec l’Empire State Building soit presque crédible en termes d’échelle.

Comparaison de taille entre l'Empire State Building et Oumuamua
Comparaison visuelle de la taille de ‘Oumuamua avec l’Empire State Building.

Avant de s’alarmer du fait qu’un tel objet ait pu se rapprocher de notre petite planète, gardons à l’esprit que des astéroïdes de taille comparable à l’Empire State Building passent régulièrement près de la Terre. Certains sont même beaucoup plus grands. La différence, c’est que peu d’entre eux ont l’aspect aussi étrange que ‘Oumuamua, ce qui explique pourquoi il a tant fasciné les astronomes et le grand public.

Y a-t-il d’autres objets interstellaires comme celui-ci ?

Oui, sans aucun doute. Pas nécessairement des cigares spatiaux, certes, mais des objets interstellaires comme ‘Oumuamua croiseraient l’orbite terrestre plusieurs fois par an selon les estimations de la NASA. Les anciens télescopes n’étaient pas assez performants pour les repérer, mais les progrès rapides de la technologie vont multiplier les découvertes à venir.

Les scientifiques pensent même que des milliers de milliards d’objets interstellaires traversent la Voie lactée à chaque instant, sans avoir encore été observés. En 2019, la découverte de la deuxième comète interstellaire, 2I/Borisov, a renforcé cette idée. Plus classique dans sa forme, sa taille et sa chevelure que ‘Oumuamua, elle a paradoxalement rendu ce dernier encore plus unique. Autrement dit, ‘Oumuamua reste l’objet qui a ouvert la voie à toute une nouvelle science des visiteurs venus d’ailleurs.

Projet Lyra, ou la seule façon de savoir avec certitude si des extraterrestres se cachent sur ‘Oumuamua

‘Oumuamua est étrange. Il ne correspond à aucune case simple, les théories se multiplient, et pendant ce temps l’objet s’éloigne de jour en jour. Dans ce genre de situation, la question devient presque cinématographique : que ferait un explorateur spatial ?

C’est précisément l’esprit du Projet Lyra, un plan théorique visant à envoyer un vaisseau vers ‘Oumuamua afin de l’étudier de près. Au-delà des débats sur les extraterrestres, son origine et sa vitesse en font un sujet scientifique d’exception, susceptible d’apporter de nouvelles connaissances en astronomie et en exploration spatiale. Selon les études liées à ce projet, une telle mission serait même techniquement envisageable avec les technologies actuelles ou proches de l’être. La principale difficulté est que les calculs reposent sur la vitesse initiale de l’objet, soit environ 95 000 kilomètres par heure, une vitesse qu’il n’atteint plus aujourd’hui et qu’il ne retrouvera pas avant plusieurs années.

Malgré tout, envoyer une sonde ou un vaisseau à la rencontre de ‘Oumuamua — ou du prochain objet interstellaire à passer — pourrait conduire à l’une des plus grandes découvertes de l’histoire de la science. Et, en prime, cela donnerait une belle matière à tous les écrivains de science-fiction.

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