Agbogbloshie : l’endroit le plus toxique au monde, pire que Tchernobyl

par Olivier
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Agbogbloshie : l'endroit le plus toxique au monde, pire que Tchernobyl
Ghana

Science : pourquoi Agbogbloshie dépasse Tchernobyl parmi les lieux les plus toxiques du monde

Lorsqu’on évoque les grandes catastrophes environnementales, Tchernobyl vient souvent immédiatement à l’esprit. Pendant des années, son nom a presque servi de synonyme aux dérives de la science et aux ravages de la contamination. Pourtant, un autre lieu a été classé encore plus dramatique sur le plan de la pollution : Agbogbloshie, à Accra, au Ghana.

Le Blacksmith Institute, une organisation à but non lucratif spécialisée dans les problématiques de pollution, a désigné Agbogbloshie Dumpsite comme l’endroit le plus toxique et le plus pollué de la planète, reléguant Tchernobyl à la deuxième place. Cette distinction s’explique notamment par le rôle du site : Agbogbloshie est l’un des plus grands centres de traitement des déchets électroniques en Afrique de l’Ouest. Les déchets électroniques, ou e-waste, regroupent tous ces appareils usagés ou cassés — téléviseurs, micro-ondes, réfrigérateurs, ordinateurs — dont le démantèlement exige un tri minutieux des matériaux et des composants.

Agbogbloshie, Ghana, Accra, site toxique

Ce qui rend Agbogbloshie si inquiétant, c’est l’ampleur du site et surtout les méthodes employées pour récupérer les matières premières. Selon le rapport, le Ghana importe chaque année environ 215 000 tonnes d’équipements électroniques d’occasion, principalement depuis l’Europe de l’Ouest, et produit en plus près de 129 000 tonnes de déchets électroniques par an. Cette accumulation alimente un système où la récupération de métaux précieux se fait au prix d’une contamination massive.

Le principal danger sanitaire vient de la combustion des câbles gainés, brûlés pour extraire le cuivre qu’ils renferment. Pour attiser ces feux, on utilise souvent du polystyrène, ce qui libère dans l’air des métaux lourds toxiques, dont le plomb. Ces substances se dispersent ensuite dans l’air, le sol et l’eau, contaminant directement la vie quotidienne de dizaines de milliers de personnes. Dans les environs immédiats, au moins 50 000 Ghanéens pauvres vivent au contact de cet environnement dégradé.

Les analyses de sol sont particulièrement alarmantes. Alors que l’Agence américaine de protection de l’environnement considère 400 ppm comme le seuil de référence pour le plomb dans les sols, des échantillons prélevés à Agbogbloshie ont révélé des concentrations supérieures à 18 000 ppm, soit environ 45 fois le niveau jugé toxique. D’autres prélèvements ont également mis en évidence des taux dangereux d’aluminium, de cuivre et de fer.

À cela s’ajoute une autre conséquence préoccupante pour la santé publique : selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, un tiers des vendeurs de nourriture de rue d’Accra s’approvisionnent dans un marché d’Agbogbloshie. Cela signifie qu’une grande partie des 2,5 millions d’habitants de la ville peut être exposée, indirectement, à des aliments fortement contaminés. Agbogbloshie ne se limite donc pas à un simple site de déchets ; il incarne un problème majeur de pollution environnementale, de santé et de gestion des déchets électroniques à l’échelle mondiale.

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