Les Personnages Célèbres Prochainement Dans le Domaine Public

par Olivier
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Les Personnages Célèbres Prochainement Dans le Domaine Public
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Divertissement

Depuis près d’un siècle, le droit d’auteur règne en maître sur la culture populaire. Il est aujourd’hui impossible de reprendre librement certains héros ou mascottes nés au XXe siècle sans tenir compte des marques et des protections juridiques qui les entourent. En revanche, des figures plus anciennes comme Robin des Bois, Hercule, Anansi ou le roi Arthur appartiennent déjà à l’imaginaire collectif et peuvent être réinventées à l’infini. Le domaine public, lui, redessine peu à peu les contours du divertissement moderne.

Pour les personnages plus récents, la situation est bien différente. Une nouvelle ère s’annonce pourtant : dans la prochaine décennie, plusieurs icônes majeures de la pop culture vont voir leurs droits expirer. Cela ouvrira la voie à de nouvelles créations, à des adaptations indépendantes et à des réinterprétations inattendues. Voici quelques-uns des personnages célèbres qui entreront bientôt dans le domaine public.

Mickey Mouse s’apprête à entrer dans le monde du domaine public

Quand on retrace l’histoire du droit d’auteur aux États-Unis, Mickey Mouse revient presque toujours au centre du débat. Le célèbre personnage apparaît dans le dessin animé Steamboat Willie en 1928, et, selon les règles de l’époque, sa protection aurait dû prendre fin en 1984. Mais à mesure que Disney devenait une puissance mondiale, la société a cherché à prolonger la durée de protection de sa mascotte la plus précieuse. La fin des années 1970 a ainsi vu un premier lobbying auprès du Congrès, qui a allongé les termes du copyright, repoussant l’échéance à 2003.

La question est revenue sur le devant de la scène à la fin des années 1990, et le législateur a une nouvelle fois accepté d’étendre la durée de protection. En pratique, Mickey a donc été maintenu dans le coffre-fort de Disney jusqu’au 1er janvier 2024, date à laquelle le court-métrage original entre enfin dans le domaine public. Attention toutefois : cette libération ne concerne que la version de Steamboat Willie. Les ajouts apparus plus tard, y compris certains détails devenus emblématiques comme les gants blancs, restent encore protégés.

Original Mickey Mouse Steamboat Willie

Les droits de Superman connaissent une nouvelle bataille

L’Homme d’Acier incarne la vérité, la justice et l’idéal américain, mais son histoire juridique est, elle, beaucoup moins héroïque. Jerry Siegel et Joe Shuster ont créé Superman dans les années 1930 avant de vendre ses droits à DC Comics pour 130 dollars seulement. Par la suite, les auteurs ont intenté une action en justice, puis leurs familles ont relancé la bataille des décennies plus tard, estimant que les évolutions du droit d’auteur auraient dû leur accorder davantage de contrôle sur le personnage.

Après de longues années de procédure, DC et Warner Bros. ont fini par l’emporter. Mais cette victoire sera de courte durée : selon plusieurs analyses juridiques, Superman doit entrer dans le domaine public en 2033. Là encore, il faut distinguer le Superman initial de la version moderne. Dans ses premières apparitions, il ne volait pas encore ; il pouvait seulement « sauter par-dessus des immeubles d’un seul bond ». Son blason thoracique était aussi bien plus simple, avec un triangle jaune plutôt qu’un symbole kryptonien stylisé. Enfin, Lex Luthor n’apparaissant qu’en 1940, il ne ferait pas partie des éléments libres au même moment.

action comics 1 siegel shuster first superman

Le numéro de James Bond approche

Le cas de James Bond est plus complexe que celui de nombreux autres personnages. Contrairement aux héros nés en bande dessinée ou au cinéma, 007 est d’abord apparu dans les romans d’Ian Fleming. L’auteur est mort en 1964, un an seulement après la sortie de Dr. No avec Sean Connery. Dans certains pays comme le Canada, Bond est déjà considéré comme relevant du domaine public ; aux États-Unis, en revanche, son entrée officielle n’interviendra qu’en 2034.

Il faut néanmoins être précis : ce qui tombera dans le domaine public sera le Bond littéraire, et non la version façonnée par la saga cinématographique. Les romans présentent un 007 plus rude, plus froid et plus dangereux que le séducteur élégant du grand écran. Toute adaptation libre devra donc se limiter aux éléments issus des livres de Fleming et éviter ce qui provient des films, comme la célèbre séquence du canon du pistolet.

gun barrel james bond 007

Winnie l’ourson : un cas unique dans le domaine public

La plupart des personnages Disney sont soit des créations originales, soit des adaptations libres de contes anciens. Winnie l’ourson fait figure d’exception. L’ours en peluche a réellement existé : il appartenait à Christopher Robin, le fils de l’écrivain A. A. Milne, qui s’en est inspiré pour écrire ses livres. L’histoire des droits est ensuite devenue particulièrement complexe, puisque les premiers droits n’ont pas été cédés directement à Disney. Ils ont d’abord été achetés par Stephen Slesinger, figure pionnière du comic book, avant que la licence ne soit ensuite transmise à Disney en 1953.

Un litige autour des redevances a donné lieu, en 1991, à une longue bataille judiciaire. Aujourd’hui, les œuvres Disney autour de Winnie l’ourson ne rejoindront pas le domaine public avant longtemps, mais les romans originaux de Milne, eux, approchent de cette échéance. Cela permettra bientôt de réimprimer les textes, de réaliser des œuvres originales ou de créer ses propres dessins animés, à condition d’éviter les éléments introduits par Disney. Dans les livres, par exemple, Winnie ne porte pas de tee-shirt rouge, et Bourriquet ne rebondit pas sur sa queue comme Tigrou ; en matière de droit d’auteur, ces détails comptent énormément.

winnie the pooh rabbit piglet original versions milne

Conan le Barbare est déjà dans le domaine public en Europe

Aux États-Unis, Conan le Barbare n’appartient évidemment pas encore au domaine public. Marvel a récemment récupéré le droit de publier des bandes dessinées autour du guerrier cimmérien, ce qui n’a rien d’étonnant puisque l’éditeur a largement contribué à faire connaître le personnage. Toute tentative de film indépendant sur Conan en Californie exposerait donc immédiatement à un procès.

En Europe, en revanche, l’histoire est différente. Robert E. Howard, créateur de Conan, étant mort en 1936, ses œuvres sont entrées dans le domaine public européen dès 2006. Des éditeurs peuvent donc y proposer leurs propres versions du héros, tant qu’ils restent dans le cadre de la législation locale. L’éditeur français Glénat, par exemple, a publié en 2018 un comic book Conan le Barbare en 12 numéros. Aux États-Unis, les œuvres non autorisées ne deviendront pas licites avant 2031, en raison de l’extension votée en 1998.

Cette nuance est essentielle, car les condamnations pour violation du droit d’auteur peuvent être lourdes. Un artiste a ainsi reçu près de 21 000 dollars de dommages et intérêts pour avoir voulu vendre des sculptures inspirées de Conan, de Kull ou d’Ironhand sans autorisation.

arnold schwarzenegger conan the barbarian

Bientôt, tout le monde pourra faire un film Batman

Chaque décennie semble avoir son Batman : le justicier facétieux d’Adam West, le chevalier sombre de Michael Keaton ou encore le vigilante tourmenté de Christian Bale. Pourtant, une nouvelle génération de Batmen pourrait bientôt voir le jour. Le personnage apparaît pour la première fois dans Detective Comics n°27 en 1939, ce qui signifie qu’il suivra Superman et entrera dans le domaine public en 2034.

Mais, comme toujours, les détails comptent. Les premières versions de Batman le montraient parfois comme un tueur armé, capable de pendre des criminels depuis la Batplane ou de les précipiter dans des cuves d’acide. Un film indépendant sur Batman, prévu pour 2034, devrait donc éviter de reprendre des éléments apparus plus tard, comme la règle désormais célèbre du « pas d’armes, pas de mise à mort ». Le Joker, absent jusqu’en 1940, ne pourrait pas non plus être utilisé librement à ce stade. Même les gants violets des premières apparitions du héros, ou encore la Batmobile, pose représentée comme une création protégée à part entière, restent des éléments sensibles en matière de domaine public.

batman cosplay adam west

Les Looney Tunes brisent peu à peu leurs chaînes

Mickey Mouse ne sera pas le seul animal de dessin animé emblématique à se libérer progressivement du droit d’auteur. Selon certaines analyses, Bugs Bunny devrait rejoindre le mouvement presque en même temps. Au cours des années 2030, Daffy Duck, Porky Pig, Elmer Fudd et plusieurs autres personnages entreront eux aussi dans le domaine public. Si YouTube existe encore à ce moment-là, il faut s’attendre à une avalanche de vidéos insolites, de parodies et d’adaptations inattendues.

Là encore, les prolongations de copyright votées dans les années 1990 ont repoussé de plusieurs années l’échéance. Et si les avocats de Warner Bros. sont déjà prêts à défendre Superman, toute personne lançant trop vite des produits dérivés autour de Bugs Bunny devra avancer avec une extrême prudence. Une version très proche du personnage est apparue dès 1939 dans le court métrage Porky’s Hare Hunt, mais le vrai Bugs, tel qu’on le connaît aujourd’hui, ne commence à manger des carottes qu’en 1940.

Bugs Bunny statue

Allons voir le Magicien, dans le merveilleux monde du domaine public

L. Frank Baum a publié The Wonderful Wizard of Oz en 1900, ce qui place le roman dans le domaine public depuis longtemps. On peut donc s’étonner qu’il existe relativement peu d’adaptations d’Oz, hormis Wicked ou une suite semi-horrifique de 1985. La raison tient sans doute au fait que le film The Wizard of Oz reste tellement ancré dans l’imaginaire collectif qu’une adaptation plus fidèle au roman serait perçue comme une « déformation » de l’histoire, alors même qu’elle s’approcherait davantage du texte d’origine.

Le long-métrage de 1939 n’ayant pas encore expiré, ses éléments visuels et musicaux demeurent protégés pendant de longues années. D’après les calculs évoqués dans les sources, cette situation évoluera en 2034 : le film, les célèbres pantoufles rouges, le Kansas en noir et blanc et d’autres éléments associés deviendront alors utilisables dans le domaine public. La chanson « Over the Rainbow » rejoindra elle aussi cet ensemble la même année, ce qui promet encore de nombreuses reprises dans le paysage du divertissement.

Judy Garland 1939 Wizard of Oz

The Shadow sait qu’il approche du domaine public

Bien avant que Batman ne comprenne que les méchants étaient superstitieux et lâches, le héros pulp connu sous le nom de Shadow faisait déjà trembler les criminels. Avec son identité secrète, son costume et ses pouvoirs — il pouvait notamment devenir invisible —, il a clairement ouvert la voie au super-héros moderne. Sa notoriété vient en partie de l’émission radiophonique portée par Orson Welles, mais il a aussi connu une existence en magazine pulp dès 1931, avant d’être adapté au cinéma en 1994 avec Alec Baldwin.

Depuis, The Shadow est resté dans l’ombre, au sens propre comme au figuré. Ses droits sont encore liés à l’éditeur Condé Nast, qui autorise parfois des licences pour d’autres œuvres. Pourtant, comme le personnage est apparu bien avant les super-héros de DC, il est logique de penser qu’il rejoindra bientôt le domaine public. Une nouvelle adaptation pourrait bien lui redonner sa place dans l’histoire du divertissement.

Shadow Alec Baldwin

Wonder Woman publique, très bientôt

Il peut sembler surprenant que de nombreux personnages secondaires, ennemis et figures associées à Wonder Woman soient déjà dans le domaine public. Cela s’explique par le fait que son univers puise profondément dans la mythologie grecque antique, bien trop ancienne pour être soumise aux mêmes contraintes que les créations modernes. Zeus ou Hippolyta ne vont certainement pas s’inquiéter de droits d’auteur détenus par une société de production.

Diana, en revanche, est une création DC, soigneusement protégée depuis près d’un siècle. Si Warner Bros. s’en félicite encore aujourd’hui, notamment grâce au succès de la Wonder Woman incarnée par Gal Gadot, cette situation ne durera pas éternellement. L’Amazone est apparue dans les comics en 1941, quelques années après Superman et Batman, et elle rejoindra donc elle aussi le domaine public dans un avenir proche.

wonder woman gal gadot dc

Le casse-tête juridique autour de Buck Rogers

L’histoire de Buck Rogers montre à quel point l’entrée d’un personnage dans le domaine public peut encore soulever d’innombrables complications. Même lorsqu’un titre semble libre, il faut rester extrêmement vigilant pour ne pas empiéter sur des éléments plus récents ou sur des marques encore protégées. En 2015, Don Murphy, producteur connu notamment pour Transformers, a annoncé vouloir développer une adaptation de Armageddon 2419 A.D., nouvelle de 1929 qui a présenté Buck Rogers au public.

Pensant que le texte était déjà libre de droits, il n’imaginait pas déclencher une bataille judiciaire de grande ampleur. L’un des points les plus déroutants concernait même le prénom du héros : dans le texte de 1929, le personnage est nommé « Anthony » Rogers, tandis que « Buck » aurait été ajouté plus tard. Juridiquement, cela peut suffire à séparer deux versions distinctes d’un même personnage. Les affaires de droits d’auteur deviennent vite un labyrinthe.

Buck Rogers 25th Century

Madeline entrera dans le domaine public dans les années 2030

La petite écolière française Madeline, personnage phare de la littérature jeunesse créé par Ludwig Bemelmans, a été inspirée par plusieurs personnes de son entourage, notamment sa mère, sa femme, sa fille et un peu de lui-même. Bemelmans avait prévu le succès de cette héroïne attachante, mais il n’a pas vécu assez longtemps pour mesurer l’ampleur du phénomène. À sa mort en 1962, la valeur de sa succession était relativement modeste, alors que la franchise est devenue par la suite une véritable entreprise familiale.

La gestion de cet héritage demeure complexe, d’autant que la famille n’a jamais déposé de marque pour le personnage ou ses récits. En 2034, le copyright des livres originaux de Bemelmans expirera, ce qui fera entrer Madeline dans le domaine public.

Madeline cartoon

Bonus : le feuilleton juridique autour de Spider-Man aurait presque pu être évité

Rassurez-vous : Spider-Man n’entrera pas dans le domaine public de sitôt. L’homme-araignée est apparu pour la première fois dans Amazing Fantasy n°15 en 1962, et, si la loi actuelle reste inchangée, ses droits ne s’éteindront pas avant les années 2050. Mais le plus ironique, dans cette affaire, est ailleurs : au moment même où Sony et Disney s’affrontaient pour savoir si Tom Holland devait continuer à appartenir à l’univers cinématographique Marvel, la société en partie responsable de l’impossibilité pour Disney d’utiliser Peter Parker comme elle l’entend… c’est justement Disney.

Pourquoi ? Parce que Disney a soutenu à plusieurs reprises l’allongement des durées de copyright, dans les années 1970 puis dans les années 1990. Sans ces extensions, le copyright de Spider-Man aurait expiré le 1er janvier 2019, soit précisément au moment où le bras de fer Sony/Disney a explosé. Au fond, le véritable adversaire de Spider-Man n’a peut-être été ni le Docteur Octopus, ni Venom, ni le Bouffon Vert, mais Mickey Mouse lui-même.

spider-man spider-men cosplay marvel

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