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Un héritage complexe

Dans l’ombre de la légende criminelle d’Al Capone, Albert Francis « Sonny » Capone incarne un héritage contrasté : il fut à la fois l’enfant chéri d’un homme redouté et la victime des conséquences biologiques et sociales de cette filiation. Le lien entre père et fils est attesté par des lettres émouvantes écrites depuis Alcatraz, où Alphonse Capone signait affectueusement « Love & Kisses, Your Dear Dad Alphonse Capone #85 ». Ces mots révèlent une intimité étonnante, au regard de la réputation publique du patriarche.

Albert est né le 4 décembre 1918, peu avant l’entrée en vigueur du 18e amendement qui transforma durablement le paysage du crime organisé aux États‑Unis. Bien qu’initialement en bonne santé, il héritera d’une forme de syphilis congénitale qui fragilisera son système immunitaire. À huit ans, une grave infection mastoïdienne nécessita une opération qui lui coûta l’ouïe. Pour aider son fils, Al alla jusqu’à proposer des sommes importantes à des praticiens, se rendant à New York pour une intervention médicale — un déplacement qui mêla, selon les récits, préoccupations familiales et affaires.
Conflits publics et tentatives d’émancipation

La notoriété familiale affecta durablement la vie privée de Sonny. Dans les années 1950, lui et sa mère intentèrent un procès contre la société de production qui diffusait une série dramatisant la lutte du Trésor américain contre Al Capone. Ils estimaient que la représentation publique nuisait à sa carrière et à sa famille, provoquant moqueries et brimades pour ses enfants à l’école. La procédure, toutefois, tourna en faveur des producteurs et n’apporta pas la réparation souhaitée.
Une vie professionnelle plurielle en Floride

Sonny passa l’essentiel de sa vie adulte en Floride, État que son père affectionnait particulièrement. Après des études entamées à l’université de Notre Dame, il obtint finalement son diplôme à l’University of Miami en 1941. Cherchant à se constituer une existence loin de l’ombre paternelle, il multiplia les métiers :
- vendeur de voitures d’occasion — poste qu’il quitta lorsqu’il découvrit des fraudes sur les compteurs kilométriques ;
- apprenti dans l’imprimerie ;
- distributeur de pneus ;
- gérant d’un restaurant tenu en association avec sa mère, projet pour lequel il tenta en vain d’obtenir un prêt auprès de figures connues de l’époque.
Ces tentatives révèlent le dilemme permanent de Sonny : construire une vie normale tout en étant confronté aux réalités et aux connexions héritées de son nom.
Incidents publics et démêlés judiciaires

La figure de Sonny fut ponctuée d’incidents qui entretenaient l’intérêt médiatique. En juin 1968, peu après l’assassinat de Robert Kennedy, un appel intercepté aurait laissé entendre une menace de Sonny envers Ted Kennedy. La rumeur alimenta les documents d’enquête, même si le contexte historique — période d’extrême tension — doit être pris en compte.

Plus tard, en 1965, une affaire plus prosaïque fit les gros titres : Sonny fut arrêté pour avoir prétendument dérobé deux flacons d’aspirine et un paquet de piles pour une valeur modeste. Il plaida « nolo contendere » et écopa de deux ans de probation. Après cet épisode, il chercha à rompre définitivement avec l’étiquette familiale en modifiant légalement son nom, abandonnant le patronyme Capone au profit d’Albert Francis — parfois également connu sous le nom d’Albert Francis Brown.
Repères chronologiques
Pour résumer les étapes clefs :
- 4 décembre 1918 : naissance d’Albert Francis « Sonny » Capone.
- Enfance : perte partielle ou totale de l’audition après une infection mastoïdienne.
- 1941 : diplôme de l’University of Miami.
- Années 1950–1960 : démarches judiciaires et profession variée en Floride.
- 1965 : arrestation pour vol à l’étalage, probation.
- 1968 : mention dans des fichiers faisant état d’une menace téléphonique visant Ted Kennedy.
- 2004 : décès à l’âge de 85 ans.
Ces éléments dressent le portrait d’un homme tiraillé entre l’empreinte d’une lignée illustre et la quête d’une identité propre — un cas d’étude saisissant pour qui s’intéresse aux dynamiques familiales dans l’histoire du crime et à leurs répercussions sociales.
