À Bulford, un « proto-Stonehenge » en bois vieux de 5 000 ans, aligné sur les solstices

À Bulford, un « proto-Stonehenge » en bois vieux de 5 000 ans, aligné sur les solstices

À Bulford, à cinq kilomètres de Stonehenge, deux poteaux en bois datant d'environ 3000 av. J.-C. ont été identifiés comme un possible « prototype » du célèbre monument mégalithique, alignés sur les solstices. Lecture vérifiée.

À cinq kilomètres au nord-est du cercle de pierres de Stonehenge, dans la plaine de Salisbury (Wiltshire), une structure en bois datant d’environ 3000 av. J.-C. pourrait bien avoir servi de « prototype » au célèbre monument mégalithique. La découverte, rendue publique le 18 juin 2026 par Wessex Archaeology à la veille du solstice d’été, est le résultat de fouilles menées entre 2015 et 2017 puis de plusieurs années d’analyses — un calendrier scientifique rappelé par Phil Harding, l’archéologue qui a dirigé les opérations et que les Britanniques connaissent pour ses années passées sur la série télévisée « Time Team ».

Le site se trouve à Bulford. Deux trous de poteaux, espacés de 120 mètres, ont été mis au jour. Alignés à un demi-degré près sur le lever du Soleil au solstice d’été et sur son coucher au solstice d’hiver — tel qu’observé en 2950 av. J.-C. — ils formaient, selon les chercheurs, un repère monumental pour suivre les grands cycles solaires. La profondeur des trous laisse penser que les montants en bois mesuraient entre trois et quatre mètres de haut.

L’alignement, vérifié par un spécialiste des paysages célestes

L’orientation n’a rien d’un hasard. Sur le terrain, Phil Harding raconte avoir relié les deux trous à la règle et au crayon pour s’apercevoir que la ligne « pointait dans la direction du lever du Soleil au solstice d’été ». La confirmation est venue d’une expertise externe : Fabio Silva, archéologue spécialiste des paysages célestes et de la cartographie astronomique ancienne, a passé au crible les mesures et validé l’alignement comme « parfait » au regard de la position du Soleil il y a cinq millénaires.

Cette vérification est d’autant plus importante que la datation au carbone 14 situe la structure à environ 3000 av. J.-C., c’est-à-dire au tout début de la première phase de construction de Stonehenge, dont les premières pierres n’ont été posées qu’après quelques siècles supplémentaires. Pour Wessex Archaeology, Bulford représente donc une « forme primitive » du monument à venir, plus simple dans sa forme (deux poteaux en bois, pas de mégalithe), mais déjà structurée autour du même calendrier solaire.

Ce qui a été retrouvé autour des poteaux

À proximité immédiate des trous de poteaux, les fouilles ont livré un mobilier archéologique cohérent avec un lieu de rassemblement : fragments de poterie, ossements d’animaux travaillés, et surtout un rare couteau en silex de forme discoïde. Harding le qualifie de « pièce maîtresse » de leurs travaux et avance qu’il a pu être taillé ainsi pour évoquer le Soleil — ce qui reste, précise-t-il, une hypothèse de travail, pas une démonstration.

Pour Matt Leivers, responsable de la recherche chez Wessex Archaeology, l’ensemble dessine une image plus large : « Ce que nous observons ici, c’est la religion de l’âge de pierre incarnée dans le sol. […] c’est ainsi qu’ils appréhendaient leur place dans le cosmos. » Leiver ajoute, dans l’entretien au Guardian, qu’il serait « inconcevable » que les communautés venues à Bulford pour les solstices aient ignoré celles qui se rassemblaient cinq kilomètres plus loin, sur le site de Stonehenge. Avec une machine à remonter le temps, dit-il, « je ne serais pas surpris que ce que nous avons trouvé soit […] » la trace des mêmes populations.

« La trouvaille d’une vie » : ce que cela change, ce que cela ne change pas

Phil Harding, 76 ans, parle sans détour d’un sommet de carrière : « Sites like this come along once in a lifetime, sometimes they don’t come along at all » — autrement dit, « une découverte comme celle-ci ne se présente qu’une fois dans une vie, parfois pas du tout ». Pour autant, l’équipe de Wessex Archaeology reste prudente sur l’interprétation : « prototype » n’est pas une promesse de sanctuaire identique réduit à plus petit, et il ne s’agit pas non plus d’affirmer que Bulford est « le » modèle qui a directement inspiré Stonehenge. Les archéologues parlent plutôt d’une parenté d’intention — observer et marquer les solstices — et d’une antériorité chronologique.

Reste une donnée tangible : avant les pierres, il y avait déjà le calendrier. La publication des résultats arrive à un moment symbolique, à la veille du solstice d’été 2026 (prévu précisément à 10 h 24, heure de Paris), au moment où plusieurs milliers de personnes se rassemblent chaque année sur le site principal pour célébrer le jour le plus long de l’hémisphère nord. La découverte de Bulford ne change pas ce que l’on sait du monument mégalithique, mais elle offre, pour la première fois, un point d’ancrage concret à l’idée que Stonehenge s’est inscrit dans une tradition britannique plus ancienne d’observation astronomique — bien avant les mégalithes.

Méthode et limites

Le dossier repose sur deux éléments vérifiables : une datation au carbone 14 et un alignement astronomique recalculé pour 2950 av. J.-C. avec les méthodes modernes de la cartographie céleste. Ces deux vérifications ne suffisent pas à elles seules à prouver une filiation directe entre Bulford et Stonehenge : pour cela, il faudrait des marqueurs d’occupation continue ou des traces d’aménagement intermédiaire sur le site principal, ce qui n’est pas, à ce stade, annoncé. La prudence des chercheurs — Harding lui-même évoquant « une fois dans une vie » sans promettre de filiation mécanique — est cohérente avec l’état du dossier scientifique. Pour replacer la fouille dans un cadre plus large, on peut également relire les Journées européennes de l’archéologie 2026 en France, qui donnent à voir l’état des sites mégalithiques et gallo-romains sur le territoire national la même année.

Ce que l’on ne sait pas encore

Plusieurs questions restent ouvertes, et les sources disponibles ne permettent pas d’y répondre : la durée exacte d’occupation du site de Bulford, la présence ou non de structures complémentaires (fossés, palissades, plateformes) autour des deux poteaux, le nombre de personnes accueillies lors des rassemblements solsticiaux, et l’existence d’autres sites comparables dans un rayon plus large autour de la plaine de Salisbury. Le communiqué de Wessex Archaeology n’apporte pas de réponse sur ces points, et une publication scientifique détaillée reste attendue.

Sources

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