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Histoire

Pour situer le contexte, le Roi Salomon fut souverain du Royaume uni d’Israël et vécu au Xe siècle av. J.-C. En près de trois millénaires, son nom est devenu indissociable de richesse, de pouvoir et, par-dessus tout, de sagesse. Sa réputation de juge et d’homme de savoir attirait des personnages puissants de l’époque, curieux de rencontrer ce souverain légendaire.
Parmi les récits qui entourent sa figure, on retrouve notamment :
- Des visites célèbres, comme celle de la reine de Saba, venue spécialement pour s’entretenir avec lui.
- Des traditions juives et islamiques qui lui attribuent une autorité sur des forces surnaturelles — démons, djinns — ainsi que sur les animaux et les éléments de la terre.
- Une image durable de justice exemplaire, illustrée par des épisodes populaires transmis par la tradition orale et écrite.
Si votre connaissance du Roi Salomon se limite à l’épisode du jugement où il menaça de partager un nourrisson, ou au livre biblique qui porte son nom, vous n’avez qu’effleuré sa légende. Les récits qui ont traversé les siècles dévoilent une figure bien plus complexe et fascinante que ces seuls épisodes.
Pour poursuivre l’exploration de cette personnalité hors norme, montez les marches du trône de Salomon : la suite de l’article dévoile la richesse insoupçonnée de son histoire et de ses légendes, offrant un éclairage à la fois historique et culturel sur le Roi Salomon.
L’ascension de Salomon au trône, digne d’une intrigue médiévale
Poursuivant le récit sur le Roi Salomon, il faut d’abord rappeler ses origines : Salomon était le fils du roi David d’Israël, célèbre pour avoir tué Goliath et pour sa réputation de musicien et de poète. Sa mère, Bethsabée, fut au centre d’un épisode sombre : David la remarqua alors qu’elle prenait un bain, l’appela à lui, commit l’adultère et fit ensuite éliminer son mari pour cacher la faute.
Le premier enfant de cette union mourut, conséquence tragique de ces actions. Le second naquit dans le cadre d’un remariage et fut perçu comme un signe de réconciliation entre David et Dieu. C’est de là que vient le nom de Salomon, issu de l’hébreu shalom, « paix » ; il était aussi appelé Jedediah, « ami de Dieu ».
Ironiquement, l’accès de Salomon au pouvoir fut loin d’être paisible. Le récit du Premier Livre des Rois décrit comment Adonija, héritier présomptif, tenta de s’emparer du trône avec l’appui de chefs militaires, mais sans le soutien des prêtres et des prophètes. Face à cette menace, le prophète Nathan et Bethsabée manœuvèrent pour faire nommer Salomon héritier par David.
- Adonija cherchait à consolider son pouvoir avec des alliés militaires.
- Nathan et Bethsabée intimidèrent la succession en faveur de Salomon.
- Le prêtre Zadok participa à l’opération qui plaça Salomon sur le trône.
- Lorsque la foule acclama le nouveau roi, les partisans d’Adonija prirent la fuite et celui‑ci implora sa vie en se réfugiant près de l’autel.
Salomon, alors adolescent devenu roi, épargna Adonija à la condition expresse qu’il renonce au mal. Cette transition tumultueuse jeta les bases d’un règne où sagesse et pouvoir allaient souvent se mêler de façon dramatique.
D’où vient la sagesse de Salomon

Poursuivant notre enquête sur le Roi Salomon, il est essentiel de distinguer deux traits qui le définissent dans la tradition : une richesse considérable et une réputation de sagesse sans pareille. Si d’autres rois eurent de grands trésors, peu ont été célébrés comme l’homme le plus sage de son temps. Cette singularité fait du Roi Salomon une figure centrale de la culture et de la mémoire collective.
La sagesse de Salomon n’est pas présentée comme un don purement inné. Selon le récit biblique, après un acte de dévotion, il eut un songe où une apparition divine lui proposa d’exaucer n’importe quel souhait. Fidèle à l’exemple paternel de justice et de piété, Salomon demanda non pas la richesse ou la longévité, mais l’intelligence nécessaire pour gouverner équitablement et discerner le bien du mal.
Impressionné par ce choix désintéressé, le divin accorda à Salomon une sagesse exceptionnelle — et, en supplément, la prospérité. Ce cadeau explique à la fois sa renommée morale et son pouvoir matériel, faisant du Roi Salomon un modèle de souverain sage et puissant.
La réputation de Salomon s’illustre par des récits célèbres et des œuvres littéraires qui lui sont attribuées :
- Le jugement du bébé partagé, épisode emblématique de son sens du discernement.
- Des textes sapientiaux et poétiques traditionnellement associés à son nom, tels que Proverbes, Ecclésiastes et Cantique des Cantiques.
- Des ouvrages apocryphes ou pseudépigraphes, comme la Sagesse de Salomon, les Odes de Salomon et les Psaumes de Salomon, auxquels on attribue également son influence.
En reliant ce récit à la figure historique et littéraire, on perçoit comment la légende du Roi Salomon mêle foi, pouvoir et littérature, et prépare la suite de notre exploration des mythes et réalités qui entourent son règne.
Salomon prend le dessus sur le Pharaon

Dans la vaste tradition qui entoure le Roi Salomon, les récits de sagesse abondent et renforcent son image d’homme exceptionnel. Ces légendes mettent en scène des prouesses qui vont bien au‑delà d’un simple jugement célèbre : elles présentent un souverain capable d’apercevoir la vérité là où les autres restent aveugles.
- On lui prête la capacité de comprendre le langage des oiseaux et des animaux.
- Selon la tradition, il pouvait déterminer la culpabilité d’une personne d’un seul regard, sans recourir à un procès.
- Une histoire le montre même arbitrant un conflit d’héritage impliquant un homme à deux têtes qui réclamait deux parts.
Parmi ces récits, l’épisode opposant Salomon au Pharaon d’Égypte illustre particulièrement son habileté à déjouer les ruses. Alors qu’il préparait la construction de son grand temple, Salomon demanda au Pharaon des ouvriers et des architectes pour le chantier.
Le Pharaon tenta de le tromper en n’envoyant que des hommes dont les astrologues avaient prédit la mort dans l’année, espérant ainsi se débarrasser d’une partie de sa main‑d’œuvre. Mais Salomon, discernant le sort de ces hommes d’un simple regard, ne se laissa pas duper.
Plutôt que d’accepter la supercherie, il renvoya les ouvriers au Pharaon, accompagnés de cercueils et de linceuls, et d’une lettre ironique expliquant que si l’Égypte manquait tant de cercueils et de linceuls, il n’était pas nécessaire d’envoyer ces hommes — le Pharaon pouvait tout aussi bien demander directement à Salomon ce dont il avait besoin.
Cette anecdote illustre autant la réputation de sagesse du Roi Salomon que sa capacité à contrer l’orgueil et la tromperie par l’esprit et la mise en scène, une leçon de pouvoir subtilement racontée par la tradition.
Le trône mécanique du Roi Salomon

Pour mieux comprendre la figure du Roi Salomon et la façon dont sa sagesse et sa richesse furent mises en scène, il convient d’évoquer le fameux trône mécanique décrit dans la littérature rabbinique. Ce siège prodigieux est présenté comme un chef-d’œuvre d’ingénierie symbolique, animant une cour d’animaux d’or qui accompagnaient le souverain lors de son ascension vers le pouvoir.
Selon les récits, le dispositif se trouvait au sommet d’un escalier bordé de dizaines d’animaux dorés, parmi lesquels :
- des lions et des aigles,
- des loups et des tigres,
- des chameaux et des paons.
À chaque marche gravie, une créature mécanique s’animait pour aider Salomon : un bœuf robotique tendait la patte au premier palier pour qu’il s’y appuie, et les animaux des marches suivantes faisaient de même. Arrivé au sommet, des aigles automates le soulevaient et l’installèrent sur le siège. Un autre aigle plaça la couronne sur sa tête tandis que des lions et des aigles formaient une ombre protectrice.
La mise en scène se poursuivait : une colombe descendait pour déposer un rouleau de la Torah sur ses genoux, et un marchepied de saphirs — selon la tradition, apporté du ciel par un démon — soutenait ses pieds. Quand des suppliants venaient plaider devant le roi, les animaux émettaient leurs sons caractéristiques, dissuadant ainsi ceux qui cherchaient à témoigner faussement.
Après la mort de Salomon, le trône aurait été emporté par des rois étrangers parmi les trésors pillés. Incapables d’en maîtriser le fonctionnement, plusieurs souverains et mêmes des pharaons se seraient retrouvés blessés ou paralysés par les lions mécaniques qui défendaient le siège.
Source(s) et crédit image : Andreas Brugger / Wikipedia — récit résumé d’après les traditions consignées (voir notamment Jewish Encyclopedia).
Les 1 000 femmes du Roi Salomon

Sebastiano Conca / Wikimedia Commons
Poursuivant l’examen de la vie du Roi Salomon, un trait revient sans cesse dans les récits anciens : l’immense taille de son foyer royal. Cet aspect de sa biographie illustre autant le pouvoir que les dynamiques familiales et politiques de son règne.
Les sources traditionnelles attribuent à Salomon environ 300 épouses et 700 concubines. Dans le contexte de l’Antiquité, les concubines occupaient un statut secondaire — souvent liées au souverain pour des raisons de descendance, d’alliances ou de service domestique — et partageaient avec lui des obligations familiales et sexuelles.
Beaucoup de ces unions avaient une dimension politique. Salomon épousa des princesses issues de peuples étrangers, notamment :
- les Moabites,
- les Ammonites,
- les Édomites,
- les Hittites,
- et la fille du pharaon d’Égypte, alliance manifeste entre royaumes.
Si certaines mariages pouvaient servir des objectifs diplomatiques, d’autres semblent avoir été motivés par l’affection personnelle. Le premier livre des Rois (chapitre 11) souligne que l’introduction de ces épouses étrangères entraîna un choc religieux au palais : elles apportèrent avec elles leurs divinités, ce qui finira par compliquer la situation religieuse et politique du royaume.
Fait notable : parmi la multitude de femmes, une seule est nommée dans les textes anciens — Naama l’Ammonite — connue surtout pour avoir été la mère de Roboam, le fils et successeur de Salomon. Ce détail souligne la manière dont les sources anciennes mêlent chiffres impressionnants et mentions individuelles rares.
Ces mariages et leurs répercussions religieuses et politiques allaient peser sur la suite du règne du Roi Salomon et sur la succession du trône, sujet que la section suivante abordera.
Salomon le bâtisseur

Poursuivant la lignée de son père David, le Roi Salomon est surtout célébré pour l’achèvement du Premier Temple de Jérusalem, édifié pour abriter de façon permanente l’Arche de l’Alliance. Selon les sources historiques et religieuses, Salomon prit en charge la planification, le financement et la réalisation de cet édifice sacré afin de créer une demeure fixe pour la présence divine, telle que décrite dans les textes anciens (Ancient History Encyclopedia).
Le Temple reprenait en grande partie la configuration du Tabernacle utilisé durant l’exode, mais en version amplifiée et pérenne. Parmi ses caractéristiques :
- dimensions doublées par rapport au Tabernacle original ;
- construction en pierre, cèdre et or, avec des sculptures élaborées ;
- colonnes et éléments en bronze ornant l’intérieur.
La tradition rapporte que l’édifice imposant nécessita sept années de travaux, après quoi furent offerts des sacrifices impressionnants — 22 000 bœufs et 120 000 moutons selon le récit biblique — témoignant de l’ampleur et du faste de l’inauguration.
Le Temple ne fut pas l’unique projet de Salomon. À Jérusalem, il fit ériger un vaste complexe palatial comprenant notamment :
- la Maison de la Forêt du Liban ;
- la Salle des Piliers ;
- la Salle de Justice ;
- des résidences séparées pour lui-même et pour la fille du pharaon.
Parallèlement, Salomon entreprit des travaux hors de Jérusalem : il releva et fortifia des cités, reconstruisit des centres urbains comme Palmyre, et fit aménager des ports commerciaux — l’un d’eux, Ezion-Geber, servit à étendre ses flottes et ses échanges maritimes (Biblical Archaeology Review).
Ces réalisations architecturales et urbaines contribuent à l’image du Roi Salomon comme souverain à la fois sage et puissamment actif, mêlant forces religieuses, politiques et économiques.
L’aigle géant du Roi Salomon

Poursuivant l’examen de sa légende, la tradition rabbinique magnifie le règne du Roi Salomon à des degrés presque surnaturels. On raconte que, durant son règne, la lune ne décroissait pas et que le bien triomphait invariablement du mal. Avant sa chute, Salomon était perçu comme le véritable souverain du monde entier, régnant non seulement sur les hommes mais aussi sur le règne animal et les hiérarchies angéliques et démoniaques.
- Des démons lui apportaient des joyaux sans raison apparente.
- Les animaux entraient volontiers dans ses cuisines et se proposaient d’être consommés par lui.
- Il exerçait une autorité singulière sur les forces surnaturelles.
Selon l’Encyclopédie juive (Encyclopédie juive), son compagnon animal le plus fidèle était un aigle gigantesque chargé d’exécuter diverses missions pour le roi. L’une de ces missions consistait à retrouver un ver magique qui avait contribué à la construction du Temple. Mais, bien sûr, si l’on peut parler la langue des aigles et en contrôler un, il est naturel d’en faire aussi une monture.
Salomon plaçait un trône de lumière sur le dos de l’aigle, qui le portait jusqu’aux falaises des montagnes sombres où, selon la tradition, Dieu avait enchaîné les anges déchus Uzza et Azzael. Perché sur ces chaînes, l’aigle servait de plate-forme pendant que Salomon, au moyen de son anneau magique, obligeait ces êtres à révéler les mystères de l’univers, renforçant ainsi sa sagesse. Cette image d’un roi-sorcier et maître des bêtes résume la fascination que suscite encore aujourd’hui le mythe du Roi Salomon.
L’immense tapis volant du Roi Salomon

Poursuivant les épisodes légendaires entourant le Roi Salomon, l’une des images les plus spectaculaires est celle d’un tapis volant colossal sur lequel le souverain parcourait le monde. Ce récit, très présent dans une tradition juive célèbre, est également repris dans le Coran et se déroule notamment dans la vallée des fourmis.
Selon la Jewish Encyclopedia (source), le tapis mesurait soixante miles de long sur soixante miles de large — une surface prodigieuse de 3 600 miles carrés — et était confectionné en soie verte et fils d’or. Des milliers de personnes pouvaient s’y asseoir aux côtés du roi, symbole manifeste de sa puissance et de son faste.
- Matériaux : soie verte et fil d’or, illustrant la richesse attachée au règne.
- Dimensions : 60 miles × 60 miles, une étendue proprement gigantesque.
- Capacité : des milliers de passagers, renforçant l’image d’un souverain entouré d’innombrables sujets.
- Épisode marquant : alors que Salomon se vantait de sa grandeur, une bourrasque déloge 40 000 personnes — un rappel brutal à l’humilité, selon la version traditionnelle.
- Rencontre avec les fourmis : survolant une vallée d’insectes, Salomon entend la reine fourmi recommander à ses sujets de se mettre à l’abri. Interrogée, elle exige d’être traitée d’égal à égal et va jusqu’à se dire supérieure au roi en rappelant ses origines et ses fautes.
Honteux devant cette réprimande, le Roi Salomon ramène alors son tapis magique vers son palais, et cet épisode demeure l’une des scènes les plus paradoxales de sa légende : prodige technologique et humiliation morale se mêlent pour dessiner la complexité du personnage.
Viktor Mikhailovich Vasnetsov / Wikipedia
La bague magique et le Sceau de Salomon

Dans les traditions entourant le Roi Salomon, l’objet le plus célèbre reste sans doute sa bague magique, censée lui permettre de commander aux esprits et démons. Selon certaines versions populaires, cette bague porte le « Sceau de Salomon » orné d’une étoile à six branches, mais un texte plus ancien, le Testament of Solomon, la décrit comme gravée d’un pentalpha — autrement dit, d’un pentagramme.
Le récit veut que Salomon reçoive cet anneau de l’archange Michel après avoir surpris un démon en train d’aspirer la force vitale d’un garçon dont il était proche, utilisant pour cela son pouce. Le démon aurait aussi subtilisé une partie de la nourriture et du salaire du jeune homme, ce qui amène Salomon à découvrir et à s’emparer du pouvoir conféré par l’anneau.
Forts de ce pouvoir, les récits racontent que Salomon convoque les démons un à un pour :
- découvrir leurs pouvoirs et domaines d’influence ;
- identifier les constellations auxquelles ils sont liés ;
- apprendre quel ange exerce autorité sur chacun d’eux.
Une fois cette connaissance acquise, Salomon met ces êtres surnaturels au service d’œuvres humaines, en particulier la construction du Temple. Parmi les épisodes les plus frappants : un démon du vent, capturé dans une outre, place la pierre angulaire jugée trop lourde pour être soulevée, grâce au pouvoir de la bague. Un autre récit évoque un démon de la mer Rouge, qui aurait alimenté les magiciens égyptiens opposés à Moïse, contraint ensuite par Salomon à ériger une colonne miraculeuse.
Ces épisodes, mêlant motifs angéliques, démonologiques et architecturaux, illustrent comment la figure de Salomon a été façonnée à la fois comme souverain sage et comme maître des forces invisibles — un thème qui se retrouve dans de nombreuses traditions historiques et folkloriques.
Le ver magique derrière la construction du Temple

Poursuivant l’examen des traditions entourant le Roi Salomon, une légende fascinante explique comment le Temple aurait été édifié sans recours aux instruments ordinaires. Pour respecter l’idée selon laquelle l’édifice devait être un lieu de paix — fidèle à l’étymologie du nom du souverain — on refusait d’utiliser des outils susceptibles de provoquer des blessures humaines.
La solution légendaire était un être surnaturel appelé le shamir, souvent décrit comme un ver magique capable de tailler la pierre sans scie ni burin. Selon le récit, ses capacités étaient extraordinaires :
- Le shamir pouvait trancher la pierre aussi bien que le fer ou le diamant.
- Il permettait de façonner les blocs sans contact des instruments habituels, évitant ainsi tout effusion de sang.
- Son usage inscrivait la construction du Temple dans une logique symbolique de pureté et de paix.
La tradition relate également que le Roi Salomon usa de pouvoirs sur les démons pour localiser le shamir. On raconte qu’il se trouvait sous la garde d’un oiseau appelé le « coq des montagnes », qui avait juré de le protéger. Lorsque l’oiseau rentra au nid recouvert d’une barrière de verre, il fit venir le shamir pour percer cette protection.
Profitant de l’occasion, Salomon provoqua la chute de la créature magique et s’en empara pour l’employer à la taille des pierres. Cette fable insiste autant sur la sagesse et l’autorité du Roi Salomon que sur l’aura mystérieuse entourant la construction du Temple.
L’affrontement avec le chef des démons

Poursuivant le récit du règne du Roi Salomon, l’un des épisodes les plus marquants met en scène un affrontement avec le chef des démons, Asmodée. Cette histoire, rapportée dans une version talmudique connue sous le titre « King Solomon and Ashmedai », illustre à la fois la puissance et la vulnérabilité du souverain face aux forces surnaturelles.
Selon le récit, Salomon capture Asmodée afin d’obtenir l’emplacement du shamir — ici décrit comme une pierre magique plutôt que comme un ver — et le place ensuite en résidence surveillée. Interrogé sur la nature de l’influence des démons sur les humains, Asmodée demande à voir l’anneau magique du roi pour le démontrer. Pour une raison inexpliquée, Salomon lui remet l’anneau.
Après avoir reçu l’anneau, Asmodée l’avale (ou, dans d’autres versions, le jette à la mer) puis projette Salomon à des centaines, voire des milliers de kilomètres. Privé de ses insignes, le roi est contraint de vivre comme un mendiant tandis qu’Asmodée usurpe le trône d’Israël, se dissimulant derrière les apparences du souverain — seul indice de son identité véritable : des pieds démoniaques soigneusement cachés.
- Variantes du récit : le shamir est tantôt une pierre magique, tantôt un ver.
- Sort de l’anneau : avalé par Asmodée ou lancé à la mer.
- Retour du vrai roi : parfois après avoir retrouvé l’anneau dans le ventre d’un poisson acheté dans une ville lointaine.
- Moyens de reconquête : l’anneau ou une chaîne gravée du nom ineffable de Dieu, utilisés pour chasser Asmodée et reprendre le trône.
Cette péripétie, à la fois fantastique et symbolique, souligne la complexité des traditions entourant le Roi Salomon et la manière dont pouvoir, sagesse et forces obscures s’entrelacent dans les récits anciens. Pour lire la version talmudique citée, on peut consulter le texte original ici : The Story of King Solomon and Ashmedai.
La chute de Salomon : les épouses étrangères et la division du royaume

Poursuivant le récit historique du Roi Salomon, sa grande sagesse, sa richesse et les pouvoirs qui lui étaient attribués dépendaient étroitement de sa fidélité à Dieu. Dès qu’il s’en écarte, il perd la faveur divine et s’expose à la colère de Dieu — un point souligné par des exégèses anciennes (Expositions of Holy Scripture).
Le basculement de Salomon commence, selon ces sources, avec ses nombreuses épouses étrangères. Il ne se contente pas de tolérer des cultes inconnus au sein de son palais : il participe lui‑même à ces pratiques en faisant ériger des sanctuaires pour des divinités telles que « l’abomination de Moab » et le dieu ammonite Moloch, dont les rites traditionnels comportaient des sacrifices d’enfants.
Des traditions ultérieures, comme le Testament of Solomon, rapportent même des récits plus intimes et scandaleux — notamment des sacrifices prétendument offerts à Moloch sous des formes symboliques (évoquant la crushing de sauterelles) en échange de relations avec la Shunammite, personnage central du Cantique des Cantiques.
Les conséquences pour le royaume furent majeures :
- Perte de la sagesse et du prestige royal dont jouissait le Roi Salomon.
- Châtiment divin s’étendant à sa postérité : la plupart des tribus d’Israël sont retirées de l’autorité de la maison de Salomon.
- Désaveu du fils et héritier de Salomon, Roboam (Réhoboam), par dix tribus qui forment le royaume du Nord.
- Installation de Jéroboam comme roi du royaume d’Israël au nord, tandis que Réhoboam règne sur le royaume de Juda au sud.
Ainsi se scella la fin de la monarchie unifiée : après un peu plus d’un siècle d’existence, l’Union ne se reconstitua jamais, et l’histoire du Roi Salomon est à la fois celle d’une sagesse légendaire et d’une chute aux conséquences politiques durables.

