Que s’est-il réellement passé avec l’oreille de Van Gogh ?
Pour prolonger notre enquête historique, revenons au récit le plus célèbre entourant Vincent Van Gogh : la coupe de son oreille et l’envoi de celle-ci à une femme. Le mythe a nourri des générations d’interprétations romantiques et macabres, mais la réalité reste plus nuancée.

Le récit traditionnel raconte un peintre néerlandais, en proie à de vives émotions, qui aurait littéralement tranché une partie de lui-même par amour non partagé. Cette version spectaculaire est sans doute celle qui a le plus marqué l’imaginaire. Toutefois, les historiens s’accordent à dire que plusieurs explications plausibles existent.
Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer l’acte posé la nuit du 23 décembre 1888 :
- Une violente dispute avec Paul Gauguin, son compagnon de travail et de logement. Selon certains récits, la querelle se serait terminée par le départ de Gauguin, après quoi Van Gogh aurait pris un rasoir et, n’ayant pas rejoint Gauguin, se serait infligé la mutilation.
- La théorie—plus ancienne—selon laquelle Gauguin aurait lui-même tranché l’oreille à l’aide d’une arme blanche. Si cela s’est produit, aucun élément matériel n’a jamais confirmé cette version et les deux hommes gardèrent le silence.
- Une interprétation récente, exposée dans un ouvrage sur la période provençale de Van Gogh, suggère que l’annonce du mariage imminent de son frère (son principal soutien) aurait déclenché chez Vincent une crise liée à sa propre instabilité psychologique et au besoin d’attirer l’attention. Voir l’analyse ici : CNN — Studio of the South: Van Gogh in Provence.

Quoi qu’il en soit, la suite des événements est également documentée avec des nuances. Van Gogh aurait fait porter l’appendice à une jeune femme employée dans un établissement local. Les recherches identifient cette personne comme Gabrielle Berlatier, qui, selon The Guardian, travaillait là pour régler des dettes médicales résultant d’une morsure de chien ; elle avait 18 ans à l’époque.

Les conséquences humaines de cet épisode sont tout aussi sombres que la scène elle-même : la femme aurait perdu connaissance puis évité Van Gogh, qui, deux ans plus tard, trouva la mort en 1890 — suicide selon la version communément admise, bien que d’autres hypothèses, comme un tir accidentel par un jeune, aient été proposées. Des interprétations plus fantaisistes existent aussi, mais elles relèvent davantage de la légende que de l’histoire vérifiable.
La fascination moderne pour cet épisode a même conduit, en 2015, à des tentatives scientifiques de recréer une oreille à partir d’ADN attribué au peintre, illustrant combien le mélange d’art, de médecine et de mystère continue d’alimenter l’intérêt pour Van Gogh : Smithsonian — reconstitution à partir d’ADN.
En somme, l’histoire de l’oreille de Van Gogh se situe au carrefour du mythe et du documenté : plusieurs récits coexistent, et chacun participe à la construction de l’image publique de l’artiste. La suite de l’article poursuit l’exploration des implications de cet épisode pour la compréhension de son œuvre et de sa vie.
