Dans l’histoire de la possession de la Lune, l’être humain a souvent cherché à revendiquer ce qui semblait hors d’atteinte. Des jouets qu’un enfant s’approprie avec insistance aux ressources convoitées de régions reculées de la Terre, notre espèce n’a jamais cessé de vouloir tracer des frontières, même là où elles n’existent pas. Il n’est donc pas surprenant que, face à l’astre lumineux qui domine le ciel nocturne, certains aient fini par se demander s’il pouvait lui aussi être revendiqué, acheté ou exploité.
Le cas le plus célèbre, et sans doute le plus invraisemblable, est celui de Dennis Hope, un vendeur de voitures d’occasion qui affirme techniquement posséder la Lune dans son ensemble. Cette idée repose sur un texte juridique adopté en 1967, le Traité de l’espace extra-atmosphérique, ou traité de l’espace, aujourd’hui ratifié par plus d’une centaine de pays. Ce traité encadre l’usage légitime des corps célestes et précise qu’aucun État ne peut revendiquer de souveraineté sur un objet spatial. Hope a vu dans cette nuance une opportunité : puisqu’il n’était pas un pays, il a adressé une lettre aux Nations Unies pour déclarer qu’il s’arrogeait la propriété de tout le système solaire, en excluant modestement la Terre, qu’il reconnaissait déjà attribuée.
À la suite de cette démarche, il a mis en place une activité commerciale consistant à vendre des actes de propriété pour des parcelles lunaires et même pour des planètes du système solaire. Selon National Geographic, il proposait encore en 2009 vingt acres de terrain lunaire pour une somme d’environ vingt-cinq dollars. Malgré cette initiative, les Nations Unies ont rejeté sa revendication comme dénuée de fondement. Cette anecdote prête à sourire, mais elle met en lumière une réalité juridique plus sérieuse : le cadre établi en 1967 est aujourd’hui largement dépassé face aux ambitions de l’ère spatiale.

Du point de vue de la science et du droit spatial, certaines entreprises commerciales pourraient tenter de profiter de cette zone grise pour revendiquer une forme de propriété économique sur la Lune ou d’autres corps célestes. Cette ambiguïté a été renforcée par le US Commercial Space Launch Competitiveness Act de 2015, qui autorise les sociétés américaines à vendre les matériaux extraits lors d’activités minières réalisées au-delà de la Terre. Sans établir un nouveau régime complet pour la propriété publique ou privée de la Lune, cette loi encourage clairement les acteurs du secteur spatial à tester les limites du système actuel.
Au fond, la réponse la plus honnête à la question « qui peut posséder la Lune ? » demeure simple : pour l’instant, personne ne le sait vraiment. L’humanité continue de débattre pour savoir qui, s’il y en a un, pourra un jour revendiquer ce titre symbolique de maître lunaire, ainsi que les richesses cosmiques qui l’accompagneraient. Quelle que soit l’issue, elle pourrait avoir des conséquences profondes sur l’avenir de l’exploration spatiale, du droit international et de notre rapport aux corps célestes.
