Sommaire
Quarante ans après l’explosion du réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl, la zone d’exclusion de 30 kilomètres reste un laboratoire à ciel ouvert pour la communauté scientifique. Au cœur de ce périmètre où toute activité humaine est interdite, une population particulière attire l’attention des chercheurs : les chiens errants. Ces animaux, pour la plupart descendants des compagnons domestiques abandonnés lors de l’évacuation précipitée d’avril 1986, offrent des indices précieux sur les effets à long terme des radiations sur les organismes vivants.
Une population canine sous haute surveillance
Aujourd’hui, on estime qu’environ 200 chiens vivent encore dans la zone, contre un millier en 2017. Une équipe vétérinaire mène régulièrement des missions pour vacciner, nourrir et stériliser ces animaux souvent sauvages qui se déplacent en meutes. Le biologiste Timothy Mousseau, professeur à l’université de Caroline du Sud et coordinateur scientifique du projet Chiens de Tchernobyl, suit de près l’évolution de ces populations. Malgré le contexte géopolitique actuel, les prélèvements sanguins se poursuivent pour analyser l’ADN de ces canidés exposés au césium-137.
Le mystère des mutations génétiques
En 2023, une étude publiée dans Science Advances avait mis en lumière des variations génétiques plus marquées chez les chiens vivant à proximité immédiate de la centrale. Cependant, des recherches plus récentes publiées fin 2024 dans la revue PLOS One viennent nuancer certaines hypothèses. Les scientifiques se sont particulièrement penchés sur les mutations dites de novo, celles qui apparaissent spontanément dans les cellules germinales (spermatozoïdes ou ovules) et peuvent être transmises à la descendance.
À ce jour, aucun résultat statistiquement significatif ne suggère une augmentation massive de ces taux de mutation de l’ADN chez les chiens des zones les plus radioactives. Ce constat rejoint des observations similaires faites sur d’autres espèces, comme les vers, et même chez les humains dont les parents ont été exposés aux rayonnements après la catastrophe. Cette apparente absence de transmission héréditaire de mutations génétiques accrues reste un sujet d’étude complexe pour les biologistes.
Des impacts physiques bien réels
Si les mutations ne semblent pas se transmettre systématiquement d’une génération à l’autre, les effets de la radioactivité sur les individus directement exposés sont pourtant incontestables. Les chercheurs observent de nombreux dommages dans les tissus somatiques, se manifestant par plusieurs pathologies :
- Le développement de tumeurs et de cataractes.
- Des cas de stérilité ou d’infertilité.
- Une espérance de vie significativement réduite.
- Diverses anomalies du développement physique.
La science doit encore déterminer pourquoi il existe une telle différence entre les effets des rayonnements sur le corps de l’individu et l’intégrité du matériel génétique transmis à sa progéniture. Ces découvertes ouvrent de nouvelles pistes sur les capacités de réparation de l’ADN et sur la résistance des organismes face à un environnement durablement contaminé.
