Les Dessins Animés Politiques Qui Ont Coûté Des Emplois

par Olivier
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Les Dessins Animés Politiques Qui Ont Coûté Des Emplois
États-Unis, Canada

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Les dessins politiques qui ont fait perdre leur emploi à certains auteurs

Les dessins politiques ont quelque chose d’irrésistible : ils permettent de se moquer du pouvoir avec humour, tout en mettant en valeur le talent de leur auteur. Même ceux qui ne lisent pas toujours l’actualité peuvent s’arrêter sur une caricature bien sentie. Mais ce métier peut aussi se révéler extrêmement risqué. Entre les courriers de protestation, les désaccords parfois absurdes et la question permanente de savoir où se situe la limite, le danger n’est jamais loin.

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Cette sélection rassemble des dessinateurs qui ont perdu leur poste à cause de leurs dessins politiques. Pour eux, la sanction a souvent été relativement légère au regard de ce que vivent d’autres caricaturistes dans des pays où la liberté d’expression est plus sévèrement encadrée. Ailleurs, un dessin satirique peut mener à des agressions, à l’emprisonnement, voire à pire. La satire visuelle reste étroitement surveillée, et l’humiliation d’une figure d’autorité dessinée comme un géant sur une chaise percée laisse rarement indifférent.

« Gargantua », ou l’insolence devenue historique

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Honoré Daumier reste l’un des grands ancêtres des caricaturistes qui ne reculaient devant rien. Lithographe à l’origine, il commence à donner une dimension politique à son travail dans la vingtaine. Son dessin de 1831, Gargantua, l’a définitivement inscrit dans l’histoire de la satire politique.

Le contexte est celui d’une France traversée par de fortes tensions entre les classes sociales. Dans cette caricature, le roi Louis-Philippe apparaît sous les traits d’un géant glouton qui engloutit des sacs d’impôts prélevés sur les paysans. Son appétit semble sans fin. Mais le trône sur lequel il est assis n’en est pas un : c’est une chaise percée. De son arrière-train sortent des faveurs et des contrats que s’empressent de récupérer des personnages au visage officiel.

Le dessin n’a pas été publié dans un journal ; il était proposé directement à la vente aux lecteurs. Le roi tolérait en général plutôt bien les moqueries, mais Daumier fut tout de même emprisonné pendant cinq mois pour cette attaque féroce. Il perdit aussi son poste, le journal ayant fini par disparaître sous l’effet des pressions royales. Malgré cela, il continua à produire des dessins politiques. En parallèle, il réalisait aussi des lithographies pour vivre, tandis que sa véritable passion restait la peinture. Ses toiles, souvent pleines de charme et consacrées aux gens ordinaires, ont d’ailleurs été admirées par des maîtres comme Monet.

Rob Rogers, licencié après vingt-cinq ans de dessins politiques

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La plupart des dessinateurs politiques affichent un engagement clair, et c’est souvent indispensable pour faire ce métier avec force. Rob Rogers n’aurait sans doute pas dit le contraire. Selon CBS News, il a été licencié en juin 2018 après vingt-cinq ans passés au Pittsburgh Post-Gazette comme caricaturiste politique. Ses dessins visaient fréquemment Donald Trump, et l’un des derniers, avant son départ, montrait un partisan de ses politiques transpercé, sans effusion de sang, par une poutrelle d’acier.

Un nouveau directeur éditorial avait pris ses fonctions au mois de mars de la même année. Rogers a affirmé qu’il avait rejeté 19 de ses dessins avant de le congédier. Le Philadelphia Inquirer a confirmé que ce responsable avait été embauché après avoir publié une tribune défendant les propos controversés de Trump. Le malaise était donc bien réel. Même le maire de Pittsburgh, Bill Peduto, autrefois croqué par Rogers, est venu le soutenir publiquement.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Sur son site, Rogers explique que son livre paru en 2018 contient six dessins refusés par le journal durant ses derniers mois de collaboration. Il a aussi raconté sa version des faits dans une bande dessinée publiée par The Nib, avec un humour cinglant qui résume bien l’ironie de la situation.

Au Canada, les dessins politiques sont loin d’être polis

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Michael de Adder a peut-être été inspiré par Rob Rogers lorsqu’il a dessiné Donald Trump en train de jouer au golf, tandis que deux personnes gisaient face contre terre dans ce qui ressemble à un gouffre. Selon CNN, le dessin fait référence à Óscar Alberto Martínez Ramírez et à sa fille Angie Valeria, morts en tentant de franchir la frontière entre le Mexique et les États-Unis.

Les événements semblent s’être enchaînés ainsi : de Adder a d’abord publié le dessin sur Twitter, puis l’a transmis au journal de Halifax, le Chronicle Herald, où il a finalement été publié. Sur Twitter, il a reconnu ne pas l’avoir proposé à son journal d’origine, Brunswick News, par crainte d’être licencié. Il a pourtant fini par quitter le groupe propriétaire du journal après la parution du dessin.

Selon le journal, des négociations étaient déjà en cours concernant son contrat, et le licenciement n’aurait été qu’une coïncidence, l’entreprise ayant choisi un autre caricaturiste. De son côté, de Adder a rapidement souligné que le journal appartenait à des personnes liées à une grande compagnie pétrolière ayant des relations avec les États-Unis. Simple hasard ou décision bien commode ? À chacun d’en juger.

Quand un dessin sur l’agriculture devient explosif

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Changement d’atmosphère avec Rick Friday, qui aimait dessiner des scènes liées aux agriculteurs et à la vie rurale. Il travaillait dans l’Iowa, un État au cœur de l’agriculture, où les rapports entre grandes entreprises agricoles et petits exploitants nourrissent depuis longtemps les tensions du quotidien. Selon KCCI Des Moines, un dessin abordant ce sujet lui a coûté son poste en mai 2016.

La caricature dénonçait la manière dont de grands groupes comme Monsanto profitent du travail des petits agriculteurs. Une entreprise semencière s’est montrée si furieuse qu’elle a retiré toute sa publicité du journal. Des désaccords internes auraient aussi existé au sein de la rédaction. Après vingt et un ans de collaboration, Friday a été licencié et son rédacteur en chef a été sanctionné.

Mais cette histoire se termine plutôt bien. Le journal lui a finalement proposé de revenir après plusieurs manifestations de bonne volonté. D’après ses déclarations, les offres d’emploi ont afflué après son licenciement, et il a dessiné en deux mois l’équivalent de plus de trois ans de production. Il est revenu pour « prouver un point » sur la liberté d’expression, avec un contrat d’un an à la clé.

Des alliés indissociables dans la satire politique

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Les récits autour des dessinateurs politiques oublient parfois les rédacteurs en chef, pourtant essentiels dans bien des conflits. C’est particulièrement vrai pour Dennis Wilen et Lalo Alcaraz, duo au cœur d’une controverse sur le site Patch de Brentwood, en Californie. Pour rappel, Patch était un ensemble de mini-sites consacrés à l’actualité très locale de différentes communautés.

Wilen dirigeait la page Patch de Brentwood et, selon LA Observed, il était enthousiaste à l’idée de publier un dessin de Lalo Alcaraz. La caricature accompagnait un sujet sur le Cinco de Mayo et moquait l’attitude supposée de la région envers cette fête et envers les Américains d’origine latino. Wilen y voyait un trait d’humour pertinent venant d’un dessinateur latino. Le fait que Brentwood soit aussi le lieu de résidence d’Arianna Huffington, alors responsable éditoriale de Patch, donne sans doute du contexte au fait que des rédacteurs basés à New York aient jugé le dessin raciste. Wilen a contesté cette décision. Il a été licencié… puis a fini par travailler avec Alcaraz sur son propre site.

Alcaraz, au passage, est une figure majeure de la caricature, qui a aussi conseillé le film Disney Coco et défendu l’idée que Disney ne s’approprie pas la fête du Día de los Muertos par une marque. C’est le genre d’auteur que beaucoup aimeraient voir dans leur rédaction.

Parfois, le caricaturiste politique finit par s’exiler

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En Venezuela, Rayma Suprani a exercé son métier dans un climat particulièrement difficile. Selon PRI, une série de dessins critiques envers le président Hugo Chávez lui a coûté son emploi. Mais son histoire dépasse largement la simple perte d’un poste. Le moment de son licenciement est d’ailleurs révélateur : Chávez était déjà mort à cette époque. Elle n’avait jamais caché son opposition au dirigeant de son vivant, une audace considérable quand on sait qu’un simple dessin de son visage pouvait entraîner jusqu’à 30 mois de prison, d’après Cartoonists Rights Network International.

Le dessin qui lui a valu son licenciement en 2014 montre un tracé de rythme cardiaque d’abord normal, puis une ligne plate après la signature de Chávez. L’affaire survient alors que le journal passe sous le contrôle de nouveaux propriétaires favorables au président Nicolás Maduro, soutien déclaré du chávérisme.

En temps normal, l’histoire s’arrêterait là. Pourtant, Suprani a ensuite subi des pressions alors qu’elle cherchait un nouvel emploi, notamment de la part de Maduro dans son émission télévisée hebdomadaire. Son image a été diffusée sur les chaînes publiques, une forme d’intimidation très explicite dans ce contexte politique. Malgré une forte notoriété, elle n’a pas retrouvé de travail et a quitté le pays en 2015. Elle dessine désormais depuis les États-Unis.

Un seul dessin peut tout faire basculer

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En juin 2019, le New York Times a décidé de ne plus publier de dessins politiques dans ses éditions internationales. Le monde des médias a aussitôt protesté, jugeant cette décision brutale et incompréhensible. Pourtant, la réalité semble plus nuancée.

Selon WQAD, l’éditeur Patrick Chappatte a essuyé les critiques après la publication, en avril, d’une caricature jugée antisémite par de nombreux lecteurs dans une édition internationale du journal. Le Washington Post a rappelé qu’il avait pourtant été l’un des premiers défenseurs de la présence de dessins politiques dans le Times. La caricature à l’origine de sa mise à l’écart représentait le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sous forme de chien portant une étoile de David au collier et guidant un Donald Trump aveugle coiffé d’une kippa, selon CNN. Mais le dessin n’avait pas été réalisé par un membre de la rédaction : il provenait d’un service d’agence et avait été signé par l’artiste portugais António Moreira Antunes, qui l’a défendu.

Le licenciement de Chappatte a-t-il été déclenché par ce seul dessin ? Tout porte à le croire. Il faut toutefois noter que l’édition américaine du New York Times ne publiait déjà plus de caricatures. Les responsables du journal ont expliqué que l’abandon total de cette pratique était de toute façon déjà envisagé. Pour Chappatte, la perte fut immense, mais elle marquait aussi la fin d’une époque plus large pour les dessins politiques dans la presse écrite.

La caricature, mais à Los Angeles seulement

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Si vous avez vu The People vs. O.J. Simpson, vous savez que Los Angeles entretient une histoire compliquée avec sa police. Ted Rall, dessinateur politique, l’a appris à ses dépens lorsqu’il a été licencié après avoir raconté sa propre arrestation présumée.

Selon l’International Business Times, Rall avait publié dans le Los Angeles Times une chronique décrivant une altercation au cours de laquelle un policier du LAPD l’avait menotté pour avoir traversé hors des clous. Un journaliste qui raconte dans son propre journal une scène presque trop emblématique de Los Angeles pour être inventée : l’ironie était déjà suffisante. Il affirmait en outre avoir enregistré la scène. Mais Rall avait aussi réalisé des dizaines de dessins critiquant le LAPD et sa réputation d’usage excessif de la force. Un syndicat lié à la police avait déjà poussé un journal de San Diego à licencier des auteurs critiques de la police, comme le rappelait le Times lui-même.

Déjà perçu comme un opposant notoire au LAPD, Rall a été renvoyé par le L.A. Times après que la police a affirmé avoir fourni au journal des preuves que l’incident n’avait jamais eu lieu. Était-ce justifié ? Impossible à dire sans voir l’ensemble des éléments. Mais sans ses attaques répétées contre la police, notamment sur l’usage du taser et les passages à tabac de suspects, l’affaire n’aurait sans doute jamais pris cette tournure.

Quand enseigner les dessins politiques devient un piège

teacher, chalkboard

Certains redoutent les mauvais rêves, d’autres les « parents préoccupés ». Les enseignants, eux, connaissent parfaitement ce genre d’angoisse, surtout quand une affaire comme celle-ci éclate.

En 2012, Robert Duncan, enseignant à La Nouvelle-Orléans, a décidé d’initier ses élèves aux dessins politiques. Chaque élève devait créer une caricature sur le climat politique du moment. D’après Nola.com, l’un des dessins représentait alors le président américain Barack Obama avec une marque sur la tempe que certains ont ensuite interprétée comme une balle. Duncan a inclus ce travail dans l’ensemble affiché dans le couloir de l’école. Les dessins y sont restés une semaine, et tout le monde, y compris le principal, savait qu’ils étaient exposés.

Le problème est venu d’un parent qui s’est introduit illégalement dans l’école pour prendre des photos qu’elle a ensuite transmises à la presse. Duncan n’était pas le seul enseignant à parler de dessins politiques, mais il est le seul à avoir été placé en congé administratif pendant six mois avant d’être licencié à cause d’un dessin réalisé par un élève. Le détail le plus ironique ? L’élève à l’origine du supposé « trou de balle » n’avait pas du tout voulu lui donner ce sens : elle avait simplement fait tomber son feutre et n’avait pas pu corriger son travail avant la date limite.

Le caricaturiste qui marchait sur des œufs

two red roses near a book of condolences for cartoonist Sine

Tous les dessinateurs de cette liste ne sont pas des héros irréprochables de la liberté de la presse. Maurice Sinet, dit Siné, n’en était certainement pas un pour tout le monde. Pourtant, il a bien été licencié à cause d’un dessin ; sa place dans cette histoire est donc méritée.

Siné a fait partie de l’équipe du légendaire Charlie Hebdo, un journal visé par une attaque terroriste en 2015. Mais il n’a pas seulement accompagné l’histoire du magazine : d’après RFI, il en a été renvoyé après des propos antisémites visant le fils du président français Nicolas Sarkozy. Selon le site d’actualité BD Actua BD, la direction lui avait demandé de rédiger des excuses pour son dessin. Son refus a conduit à son licenciement.

Ce récit omet toutefois un contexte plus ancien : ses opinions avaient déjà été jugées problématiques après une tirade anti-israélienne à la radio des décennies plus tôt. Il s’était excusé pour cet épisode et avait été relaxé sur l’accusation d’incitation à la haine raciale. Il avait même remporté un procès pour licenciement abusif contre Charlie Hebdo, avec une indemnité de 40 000 à 90 000 euros selon les sources. Malgré cela, Siné a conservé une véritable aura culte grâce à ses dessins moquant le gouvernement français et les figures religieuses.

Un grand talent politique, mais sept ans trop tôt

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Jeremy Nell, connu sous le pseudonyme JERM — et les surnoms de caricaturistes mériteraient presque leur propre catégorie — a probablement été l’un des hommes les moins chanceux d’Afrique du Sud. Selon PRI, il a été licencié en 2012 de son poste au The New Age pour avoir, en somme, fait son travail. Il dessinait des caricatures éditoriales sur l’African National Congress au pouvoir et sur le président Jacob Zuma, qui a dirigé l’Afrique du Sud de 2008 à 2019. Mais, comme souvent dans cette liste, ses cibles étaient un peu trop proches du journal qui l’employait.

Aujourd’hui, Zuma est largement considéré comme une figure controversée. Al Jazeera rappelle que son dossier remontait aux années 1990, avec des accusations allant du trafic d’armes à la corruption. En 2019, il n’avait toujours pas été jugé de façon décisive, multipliant les appels et les demandes de report.

En 2012, le contexte était différent, et les liens de Zuma avec les propriétaires du The New Age ont valu à JERM son éviction. Il a cependant retrouvé un poste au sein du plus grand réseau télévisé d’Afrique, selon BizCommunity. Il a même expliqué publiquement que la presse écrite était en déclin, tout en se disant enthousiaste à l’idée d’entrer dans les médias numériques, qu’il considérait comme l’avenir du dessin politique.

Gado, roi des trolls bienveillants

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L’Afrique produit certains des meilleurs caricaturistes au style mordant, et c’est un compliment assumé. Reuters rapportait en 2016 que Godfrey « Gado » Mwampembwa avait été licencié du Daily Nation après vingt-trois ans de collaboration. La version officielle parlait d’une fin de parcours « naturelle », mais lui et beaucoup d’autres pensaient tout le contraire.

Gado avait déjà la réputation de s’en prendre sans relâche aux puissants avant même ce licenciement. Au moment de son départ, il avait aussi lancé une émission de marionnettes satiriques appelée XYZ. Le président kényan Uhuru Kenyatta avait tenté de poursuivre son journal à cause d’un dessin publié avant même son élection. La caricature, parue dans l’édition sœur du Daily Nation, The East African, puis reprise dans le New York Times Review of Books, montre alors le président tanzanien, allongé comme un dieu grec, nourri par des femmes nommées Corruption, Cronyism et Incompetence. Le journal a même été interdit un temps en Tanzanie, ce qui avait une ironie particulière puisque Gado est originaire de ce pays.

Mais Gado s’en sort très bien. Le Financial Times indiquait en 2017 qu’il continuait à dessiner et qu’il avait volontairement emménagé plus près de la résidence présidentielle après avoir perdu son travail. Le métier de caricaturiste politique n’est jamais vraiment terminé.

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