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La cohabitation entre les citadins et les pigeons franchit une nouvelle étape à Rennes. Dans le quartier de Villejean, la municipalité a récemment installé un pigeonnier d’un genre nouveau pour répondre aux plaintes des riverains et des commerçants concernant les nuisances et les déjections. Ce dispositif, qui ressemble à une grande cabane en bois, vise à stabiliser la population de volatiles sans passer par des méthodes radicales comme l’euthanasie.
Le rôle des « pigeons influenceurs »
Le concept repose sur une stratégie de séduction aviaire. À l’intérieur de ces structures, les oiseaux trouvent tout le confort nécessaire : de l’eau, des graines et des espaces de nidification sécurisés. Pour attirer les colonies sauvages, les techniciens utilisent des oiseaux dits « appelants », surnommés avec humour « pigeons influenceurs ». Ces derniers incitent leurs congénères à s’installer dans ce nouvel habitat plutôt que sur les balcons ou les rebords de fenêtres des immeubles environnants.
Cette approche s’inscrit dans une charte de bien-être animal adoptée par la ville. L’objectif n’est pas d’exterminer les oiseaux, mais de créer une niche écologique contrôlée où les pigeons peuvent s’épanouir tout en restant à l’écart des zones les plus denses de l’espace public, comme la dalle Kennedy où ils se comptent par centaines.
Une régulation par la contraception
Pour limiter la prolifération, le pigeonnier fonctionne comme un centre de contrôle des naissances. Tous les quatorze jours, un technicien de la société Sogepi Servibois intervient pour entretenir les lieux. Son rôle consiste également à percer discrètement les œufs à l’aide d’une aiguille fine. Cette manipulation crée une petite bille d’air qui stoppe le développement de l’embryon sans que les parents ne s’en aperçoivent, permettant de limiter la descendance à un seul pigeonneau par couple et par an.
Sans cette intervention, la croissance démographique peut être fulgurante. Un seul couple de pigeons est capable de générer jusqu’à 22 descendants en une année, car les petits atteignent leur maturité sexuelle dès l’âge de trois mois. La méthode contraceptive permet donc de maintenir un équilibre durable au sein de la ville de manière éthique.
Un investissement pour la biodiversité urbaine
L’installation de ce pigeonnier, capable d’accueillir 72 couples, représente un investissement d’environ 20 000 euros pour la ville de Rennes, incluant la maintenance régulière. Si le coût peut paraître élevé, l’engouement pour cette solution douce est réel. Plus de 500 communes françaises ont déjà adopté ce système, privilégiant désormais le respect de l’animal aux anciennes méthodes de capture.
Historiquement, le pigeon n’a pas toujours été perçu comme une nuisance. Avant la Révolution française de 1789, posséder un pigeonnier était un symbole de richesse et de prestige. La destruction massive de ces structures après la chute de la monarchie a poussé les oiseaux à se réfugier dans les centres urbains, créant les défis de cohabitation que les municipalités tentent aujourd’hui de résoudre avec modernité.
